‹ Études d'histoire du Moyen Âge, dédiées a Gabriel MonodChapitre 286 sur 340 · FO · texte numérisé non relu

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3. « Attendamus, queso, ad juris peritos tam ecclesie quam regni, et videbimus quod iota die false et nequiter coguntur homines perdere bona sua, faise et etiam injuste compellunlur emendas facere ubi non deliquerunt, et nichilominus omnia ista fîunt, ut dicitur, per processum legis que nomen racionis habet. In curia etiam Christiana falsa fiant multociens matrimonia, falsa devorcia, et alie injurie multe, que non possunt facile numerari, et hec omnia per processum juris, et sic per viam racionis ut dicetur. Videmus etiam quod hodie homo per legem expellitur de domo sua et aliis bonis suis, et que hodie per legem perdidit, forte cras slbi restitue[n]tur per eandem legem. In curia ecclesie hodie copulantur duo in matrimonio, et cras per eandem legem separabuntur, , . . Hodie probatur unum per jura et die proximo probabitur contrarium per eamdem legem, et sic sol humane mentis obtenebratus est, et luna, que est voluntas, conversa est in sanguinem. »> (.F° 149.;

LES PREDICATIONS POPULAIRES 58;

montre pas moins quelle hardiesse déployaient en chaire certains j)rédicateurs anglais de ce temps. En écoutant des sermons pareils, les malheureux ne pouvaient guère oublier leurs malheurs, ni s'endormir dans une résignation muette.

Ainsi le clergé anglais, pendant les événements de i38i, n'a pas tout entier joué le rôle passif d'une victime. On a vu non seulement des irréguliers comme Grindecob, mais des curés en fonctions comme celui de Puttenham, se mettre à la tête des rebelles. De plus, des documents assez rares et dispersés, mais précis et concordants, nous prouvent que certaines prédications ont contribué singulièrement à échauffer les esprits et à allumer l'insurrection. Des prêcheurs nomades excitaient les passions populaires. Le document qui signale leurs menées avec le plus de netteté, le statut de 1882, ne s'applique pas aux franciscains, mais aux pauvres prêtres de WyclilTe. Les tournées des pauvres prêtres avaient évidemment commencé antérieurement à la révolte. Wycliffe a désapprouvé hautement les excès des rebelles, mais il est bien probable que ses disciples doivent endosser une part des responsabilités; d'ailleurs Wycliffe lui-même avait attaqué violemment le clergé anglais, et les insurgés se sont souvenus de ses théories sur la confiscation des biens de l'Eglise. Enfin des recueils de sermons conservés dans les fonds de manuscrits d'Oxford et de Cambridge, nous permettent d'affirmer que des orateurs sacrés de ce temps, orthodoxes, et réputés pour leur éloquence dans les universités, prenaient souvent un ton très agressif pour parler de la haute société et des pouvoirs établis.

Je ne prétends pas, bien entendu, que ce dernier fait soit absolument exceptionnel et extraordinaire. Quand on étudie les œuvres de nos prédicateurs du xiii*^ siècle, ou bien celles de Maillard, de Jean Raulin, de Pépin, de Jean Geiler, et des autres orateurs sacrés, français ou allemands, du xv-' siècle et du commencement du xvi*-', voire même les sermons anglais plus anciens que ceux-ci ou plus récents ', on y retrouve bon nombre d'attaques du même genre, contre les vices du

I. Par exemple les sermons recueillis dans les manuscrits suivants: Cambridge, Bibliothèque de Caius Collège, ms. i5i, fol. 109 et suiv. (commenc. du xiii'' sièclej. Cambridge, Bibl. de S' John's Collège, E. 2 i , fol. 21 et suiv. (commenc. du xiv"^ s.; curieuses diatribes contre les nobles et les gens de loi). Bodléieiiiie d'Oxford, mss. Tanner 4, fol. 189 et suiv., et Bodiey 144 (sermons prononcés par Fitz Ralph au milieu du xiv" siècle, soit à Avignon, soit en Angleterre ou en Irlande . Bodiéieiine, Ms. Rawlinson C. 900 (sermons de la fin du xiv« s. ou du commencement du xv-;. — Bodl., Lat. Th., d. i (sermons du milieu du xvo siècle, dus au Franciscain Niciiolas Pliillip ; c'est principalement de cet intéressant recueil qu'André Réville s'est occupé dans la seule page où il ait mis en œuvre lui-même les notes qu'il avait prises dans les sermonnaires ; Paysans au Moyen Age, p. 60).

clergé, l'égoïsme des riches, l'avidité des légistes'. Seulement les misères de la nation anglaise pendant les premières années de Richard II avaient donné à des satires assez habituelles un ton nouveau d'âpre passion et de menace directe.

Un orateur socialiste a dit récemment que l'Eglise avait su longtemps bercer Thumaine misère par les promesses de l'au delà. Que ce soit un reproche ou un éloge, on ne saurait l'adresser à l'Eglise du Moyen Age. Elle n'a point dissimulé aux malheureux leurs infortunes d'ici-bas, et elle ne leur a pas toujours prêché la résignation. On a vu non seulement ses enfants hérétiques, mais ses fils les plus dévoués protester tout haut contre les injustices du monde, et se faire ainsi plus ou moins consciemment les apôtres de représailles terribles, dont elle a été parfois, comme en i38i, la principale victime.

1. Cf. la biographie très intéressante de Jean Geiier par fabbé Dacheux. En 1481, pendant une famine, Jean Geiier, indigné de l'égoïsme des accapareurs, excita littéralement le peuple au pillage. (Dacheux, Un réformateur catholique de la fin du xv^ siècle, Jean Geiier de Kaysersberg, p. 527-529. Paris, 1876).

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