‹ Études d'histoire du Moyen Âge, dédiées a Gabriel MonodChapitre 315 sur 340 · Ms. fr, 19477^ fol. i · texte numérisé non relu

Ms. fr, 19477^ fol. i

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conséquent, pour obtenir la date à laquelle écrivait notre auteur, qu^à ajouter 162 à ii65 ou 992 à 335 : ii65 -|- 162=1327; 335 4- 992 = 1327. Notre chroniqueur nous apprend ainsi qu'après avoir commencé sa compilation vers i 326 il y travaillait encore en 1327.

Ce second passage est, peut-être, plus intéressant que le premier. Il a été, en effet, moins remarqué par les copistes, étant donné ses termes peu explicites, et a eu la bonne fortune d'échapper aux rajeunissements'. Il est à peine besoin d'ajouter que ce passage — comme le précédent d'ailleurs — se trouve dans tous les manuscrits, qu'ils appartiennent à la première rédaction ou à la seconde".

On peut donc considérer comme acquis que notre chroniqueur se mit au travail vers i326. La date à laquelle il termina sa première édition est d'une détermination plus difficile ; nous ne croyons pas, cependant, qu'on puisse la reculer au delà de i328. Si cette rédaction n'avait pas été à peu près finie en i328, il n'aurait pas manqué de corriger son prologue et de dire que son travail lui avait été demandé non par un simple « baron » mais par le roi de France.

Nous avons constaté, d'un autre côté, que les manuscrits de la première rédaction étaient plus nombreux que ceux de la seconde. Cette particularité n'est-elle pas due à ce fait que cette première rédac-

1. Mss. fr. 693, foL i33^», i368, fol. i54''o, 1405, fol. 160, 1406, fol. m, 4930, fol. 119™. 4939, fol. 87, 4940, fol. io5, 4947, fol. 154^,4957, fol. 71, 19477, f°'i63^°, Nouv. acq. fr. 1410, fol. 140. — Les Mss. 4940, fol. io5,, 4948, fol. 80, 24910, fol. 67''° et Nouv. acq. fr. 1 139, fol. 78, ne donnent pas les deux derniers nombres. — Le Ms. fr. 1410, fol. 76, est le seul qui contienne des indications différentes et certainement erronnées : « En celle année furent accomplis viii'^ et xxx ans que les Angloiz vindrent. . . Et (( qui y en mettra 1111'^ xxvni ce seront xii'^ Lviti ans qu'il y a aujourd'uy que les Angloys « vindrent de Saxonie en Angleterre, en comptant selonc le temps que ce livre fut escript et u non pas fait. »

2. Le passage suivant du nis. Nouv. acq. fr. 11 69, fol. 82, a permis de tirer, au sujet de la date de composition de notre chronique, une conclusion qui n'est pas exacte : « ...Et lors ic le règne du royaume [fut] translaté a Hue Capet, qui fut conte de Paris, la lignée duquel a « régné jusques à l'an de N. S. mil iiii'^ et xxi courant, quant cestui présent livre fut escript, « combien que ou livre, dont cestui a esté extraict, ne soit mis que jusques à l'an mil me et lxxiii, « en quel temps cellui [ivrefut fait. Et pour ce que j'ay regardé, en escrivant cestui présent livre, « que, depuis cellui temps de mil ccc soixante et treze dessus dit, jusques au dit an mil cccc et i< vingt et ung, n'a point eu ou dit royaume mutation de seigneurie, et pour ce ay ge cy mis « devant et près de cestuy feillet le nombre courant et pour cause. » La dE(te donnée par ce copiste est évidemment erronée, si on l'applique à notre chronique, mais il n'en est pas ainsi si on admet — et c'est ainsi, croyons-nous, qu'il faut expliquer son erreur — que le livre, dont il s'est servij est un manuscrit, aujourd'hui perdu, de la première rédaction de notre chronique, qui av-it été copié en 1373 et auquel on avait ajouté une liste des rois de France qui se terminait par la note suivante : « Geste ligniée a duré jusques cy l'an mil ccc lxxiii. » Ce type de ms. est représenté par les Mss. fr. 4940 et 4948, dans lesquels on trouve, en effet, à ces deux endroits (4940, fol. 109 et i 25^" et 4948, fol. 83 et 98) la date de 1373. — 11 y a bien : « mil cccLxxiiii », aux fol. 109 et 83, mais il semble que ce soit une faute de copie. — Cf. L. Delisle, Mélanges de paléographie, Paris, 1880, p. 343-344. Les trois mss. : Nouv. acq. fr. I 159, Fr. 4940 et 4948, sont les seuls dans lesquels on trouve une daie à cet endroit. 11 y a simplement dans les autres : « . . .Hue appelé Chapet, conte de Paris, la lignée duquel règne depuis et régnera tant comme il plaira a Dieu » ^Ms. fr. 19477, fol. 167).

tien était terminée lorsque Philippe de Valois monta sur le trône et qu'on mit un empressement facile à comprendre à copier une chronique composée sur la demande d'un grand « baron « devenu roi ?

Enfin, nous allons montrer que la seconde rédaction a été exécutée vers i33o; la première ne peut pas, par suite, ne pas être antérieure^ cette date. On est ainsi reporté vers l'année i328. Cette année i328 marque à la fois, par conséquent, le point d'arrêt primitif de la chronique et le moment où notre chroniqueur interrompit son premier travail.

La date des additions de la seconde rédaction se tire, comme la date de la composition, du texte même de la chronique. On rencontre, en effet, dans celle de ces additions qui est relative à la « généalogie » des rois de France de Pharamond à Philippe de Valois, les deux passages suivants qui sont aussi explicites que possible. Le premier se trouve dans le titre même de l'addition : « Ce sont les noms de touz les roys qui ont régné sur les François, dès le premier roy jusques au jour d'ui, c'est assavoir l'an N. S. MCCCXXX. » Le second est, un peu plus loin, dans le paragraphe consacré à Charles le Chauve. Après avoir dit que ce roi alla à Rome se faire couronner empereur, le chroniqueur ajoute : « [Charles le Chauve] mort, Testât des François dechei moult de sa force et noblesce, nonques puis jusquesau jourd'ui, nuls rois des François ne fu emperieres, c'est assavoir jusques à l'an de N. S. mil CCCXXX, que ce fu escript '. »

La date de i33o, comme date de la seconde rédaction, n'est donc pas moins solidement établie que les dates de 1 326-1 327 comme dates de la première". On comprend après cela que la chronique ne dépasse pas les premiers mois de i328 (n. s.) et ne fasse que mentionner l'avènement de Philippe VL

La composition de notre chronique étant ainsi connue et ses dates fixées, nous pouvons utilement chercher pour qui elle a été faite. Nous avons dit que c'était pour Philippe de Valois, mais nous n'avons pas expliqué comment se justifiait cette affirmation. Il nous reste,

1 . Ms. fr. 19477, fol. I I I et i i S'">, 6g3 fol. 80, 1 368, fol. 94 et 4947, fol. 98 et io3. — Les Mss. 693, fol. 85 et i368, fol. 99^° mettent, le premier i333 et le second i323 (sic) « . . .que ce fu transcript ».

2. S'il fallait un nouvel argument, on le tiouverait dans le passage suivant du chapiire consacré à Jean XXII (Fr. 19477, fol. 91^°) : 0 Jean XXIl" tient encore le siège et l'aja tenu par l'espace de près de tv ans. » Jean XXII ayant été élu pape, le 7 août i3i6, la i5* année de son pontificat doit être comptée du 7 août 1 3 3o au 7 août i 3 3 1 .

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par conséquent, à exposer comment nous sommes arrivé à cette conclusion que personne n'avait encore soupçonnée.

Notre ciironiqueur donne, dans le premier de ses prologues', un renseignement qui est de nature à égarer :

« La cause de faire ceste compillacion, déclare-t-il, fu la gratit instance d'un grant baron de France, lequel comme il eust désir de savoir en quels temps avoient esté li prophète Nostre Seigneur et li philosophe des paians, il pria le compileour qui li feist aucune œvre la plus brieve que il pourroit, par laquele il pourroit avoir aucune cognoissance des choses dessus dites, ensurquetout la succession des temps et la nessance des royaumes et les faiz plus merveillieus qui sont avenu en divers lieus, dès le commencement du monde jusques au temps de maintenant. »

Quel fut donc ce grand baron de France qui s'intéressa assez vivement à l'histoire universelle pour en faire faire un abrégé? Notre chroniqueur, dont nous avons parcouru le texte assez attentivement, ne dit rien à ce sujet ; il ne donne aucun détail qui permette sûrement d'identifier ce personnage. Le seul passage que nous ayons remarqué est relatif à Charles de Valois, frère de Philippe le Bel. Ce prince fameux, qui courut après tant de couronnes sans jamais réussir à en poser une sur sa tête, y est l'objet d'un éloge pompeux tout-à-fait en disproportion avec le rôle qu'il a joué en France et la place qu'il aurait dû occuper dans un pareil abrégé. Cet éloge, d'ailleurs, a été écrit dans des termes assez particuliers et avec un accent personnel qui trahit l'obligé ; on en chercherait vainement un autre exemple dans la chronique :

« En celé année x jours devant Noël, après longue maladie, ainsi comme il avoit a Dieu requis, morut le noble prince Charles, comte de Valois et d'Enjou, lequel ne lessa son per que on ceust, ne quant à largesse et libéralité ne quant à proesse et biauté de corps. Dévot estoit-il a Dieu et à sainte Eglise plus que home que on ceust de son estât, et comment il morut dévotement et reçut touz ces sacremens, dur cuer auroit qui l'oroit et ne pourroit se tenir de plorer. Et combien que il ne fust roys, il fut plus amez et doubtez en touz les royaumes de crestianté que prince ne roys que on sceust en nule terre". »

Le grand baron de France du prologue ne pouvait cependant être identifié avec Charles de Valois, puisque celui-ci était mort le i6 décembre i325 et que notre chroniqueur ne s'était mis vraisemblablement au travail qu'en 1 326, mais il était indiqué de chercher autour

I. Publié, en entier, par P. Paris, Manuscrits français, t. V, p. 348-9, par les auteurs du catalogue des manuscrits de Chartres, p. 3 5 5, et par E. Langlois, Notices et extraits des manuscrits français et provençaux de Rome, dans Notices et extraits, t. XXXIII (1889), p. 24.

i. Ms. fr. 19477, fol. 177. — Historiens de France, t. XXI(i855], p. i56.

de lui. On pouvait croire, cependant — le passage que nous venons de rapporter donne à cette hypothèse la plus grande vraisemblance — que Charles de Valois avait eu d'abord l'idée de cette chronique et que l'expression de « grant baron » s'était adressée à lui avant de s'adresser à son fils; elle n'avait pas été changée parce qu'au moment de l'apparition de l'œuvre, elle convenait aussi bien à ce dernier qu'à son père.

Nous pensions, en effet, à celui qui touchait de plus près à Charles de Valois, à son fils aîné Philippe, qui, en 1827, pouvait déjà se considérer comme l'héritier présomptif de la couronne de France. A quel autre qu'à lui était-il plus naturel d'adresser un pareil éloge? Son cousin germain Charles le Bel qui régnait alors, et dont il était le plus proche parent, n'avait encore réussi à procréer que des filles, malgré trois mariages. A défaut d'héritier mâle, Philippe de Valois devait donc lui succéder. On comprenait qu'il se fût préoccupé de compléter ses connaissances historiques et de leur donner toute l'étendue nécessaire à sa situation éventuelle. C'était pour lui un moyen de se préparer à son métier de roi.

Nous nous trouvions, par suite, amené à remarquer le passage suivant de l'une des additions de la seconde rédaction et à y trouver une confirmation de notre hypothèse :

« Le xxxviii>^ roy... fu Philippe li vu'' de ce non... liquiels Philippe legne au jour d'ui et régnera tant comme il plaira à Dieu. Et Dieus li doint si bien régner ou royaume des hommes que du royaume de terre il puisse venir au royaume du ciel. La Royne sa famé fu Jehane fillie au duc de Bourgoigne, de laquele il ot un fîlz appelé Jehan^ liquiels on esperoit que il deust régner après le père, Diex veille que il soit ainsi'. »

Tout cela nous paraissait bien raisonné, mais nous étions, néanmoins, obligé de reconnaître que ce raisonnement n'était pas absolument probant, et nous l'aurions probablement gardé pour nous, si nous n'avions eu la bonne fortune de faire une de ces petites trouvailles qui dédommagent bien vite des recherches inutiles et des dépouillements fastidieux. Un heureux hasard nous a conduit devant le manuscrit 5042 du fonds latin de la Bibliothèque Nationale. Ce manuscrit contient une chronique, en latin, dont le titre nous a immédiatement intrigué, par suite de sa ressemblance avec celui de notre manuel : a Summa isloriarum, cronicarum et gestonim antiquorum ab inicio mundi usque ad tempus Johannis pape xxii , redacta in hoc opusculum coinpendiosiim. 1) Son auteur se fait connaître, dans Vexplicit , en même

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