‹ Études d'histoire du Moyen Âge, dédiées a Gabriel MonodChapitre 5 sur 340 · Ibid., VI, 37, éd. Anidt, p · texte numérisé non relu

Ibid., VI, 37, éd. Anidt, p

que l'abbé n'était pas coupable du crime de lèse-majesté [de crimine majestatis), et il reçut l'ordre de se retirer ».

On nous opposera que les fils de Magnachaire ont été misa mort sans forme de procès. Grégoire de Tours, en effet, ne parle pas de leur comparution devant le tribunal royal. Son silence permet-il cependant d'affirmer qu'il n'y ait pas eu de débats publics ? Grégoire de Tours est un chroniqueur qui relève les faits divers, qui ne voit que le côté externe des choses, le résultat, et qui n'a guère souci des détails juridiques. Dans le fait spécial qui nous occupe, ce qui l'a frappé, c'est que le roi, après avoir mis à mort deux jeunes hommes, les deux fils d'un de ses sujets, a lui-même perdu ses deux fils. Car, aussitôt après avoir rapporté l'exécution des fils de Magnachaire il ajoute: « Le roi lui aussi perdit ses deux fils qui tombèrent subitement malades». Pour un esprit superstitieux le rapprochement s'imposait. Le roi avait agi légalement; mais peut-être eût-il mieux fait de se conduire en chrétien et d'accorder leur grâce aux coupables. On sait la répugnance de l'Église du vi^ siècle pour la peine de mort et ses efforts incessants pour sauver les condamnés.

A l'appui de son assertion que les rois mettaient à mort les hommes qui leur déplaisaient, Fustel deCoulanges cite spécialement le meurtre de Boantus: « Le roi' (Gontran) de retour à Chalon, ordonna de frapper du glaive Boantus, qui lui avait toujours été infidèle. Celui-ci fut cerné dans sa maison et mis à mort par les hommes du roi ; ses biens furent dévolus au fisc w. Là encore il n'y a rien que de légal, car tout manquement à la fidélité due au roi entraînait la peine de mort et la confiscation des biens. Le titre LXIX de la Loi Ripuaire' porte : « Si quis homo régi infidelis exsteterit, de vita conponat, et (' omnes res suas fisco censeantur ». Ainsi, le mot infidelis inscrit dans la loi est celui-là même dont se sert Grégoire de Tours pour exprimer la position prise par Boantus à l'égard du roi. Tout homme infidèle doit payer son crime de sa vie-', et ses biens sont confisqués. On ne s'étonnera pas que le roi ait fait cerner le coupable dans sa maison. Boantus était sans doute un grand personnage, entouré de toute une famille de serviteurs prêts à le défendre. Il fallait s'emparer de lui par ruse. Et d'ailleurs n'est-ce pas là un procédé auquel la justice contemporaine a encore recours pour s'emparer d'un accusé

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