DE QUELQ^UES PASSAGES DE GREGOIRE DE TOURS
guerrier. Celui-ci n'excède pas les limites de la légalité en exigeant que le butin soit tiré au sort conformément à la coutume. Clovis n'ose pas violer une règle de droit privé. S'il avait eu un droit de vie et de mort sur ses sujets, aurait-il attendu jusqu'au Champ-de-Mars pour exécuter le guerrier orgueilleux et jaloux de ses droits ; aurait-il eu besoin d'un nouveau prétexte pour satisfaire sa rancune et venger l'offense reçue? Au Champ-de-Mars, la situation est diiïérente. Le roi a convoqué ses guerriers; il leur a enjoint de venir équipés et par conséquent bien équipés. L'un d'eux a des armes en mauvais état, ce dont le chef de l'armée est seul juge. 11 est désobéissant, il a manqué à la discipline : le roi le punit. Il n'agit pas autrement qu'un général, qui, de nos jours, en temps de guerre, ferait fusiller un soldat rebelle. Donc rien ici qui ressemble à un abus de pouvoir. Tout au moins conviendra-t-on que Clovis avait cherché à donner à sa vengeance une couleur légale, tant il était persuadé qu'il ne pouvait, sans crime, disposer de la vie d'un Franc. On pourrait encore remarquer que lors du partage du butin, le Franc cesse d'être un guerrier pour redevenir un citoyen qui défend ses droits de propriété, tandis qu'à la revue du Champ-de-Mars il est un soldat qui doit à son chef une obéissance passive.
Comme preuve du droit des souverains mérovingiens à disposer de la vie de leurs sujets, on cite encore le fait suivant : « Le roi Contran tua par le glaive deux fils de feu Magnachaire, parce qu'ils proféraient contre la reine Austrechilde et ses enfants beaucoup d'injures détestables et exécrables, et il confisqua leurs biens' ». Mais Grégoire de Tours donne la raison de cette mise à mort. Les fils de Magnachaire calomniaient la reine ou, si l'on veut, en médisaient. Plus d'une fois des citoyens romains coupables de pareils faits avaient été traités sous l'empire comme des criminels de lèsemajesté.
Que les rois mérovingiens aient retenu de la tradition romaine le crime de lèse-majesté et que la médisance contre les personnes royales ait été considérée comme tel, ce n'est pas une simple conjecture. Qu'on se souvienne plutôt de ce passage de Grégoire de Tours': « Lupence, abbé de Saint-Privat, martyr de la ville du Gévaudan, mandé par la reine Brunehaut se présenta devant elle. Il avait été accusé, dit-on, par Innocent, comte de la cité, d'avoir tenu sur la reine un propos grossier. Mais, la cause ayant été discutée, on trouva