‹ Études d'histoire du Moyen Âge, dédiées a Gabriel MonodChapitre 86 sur 340 · Ep. 86, col · texte numérisé non relu

Ep. 86, col

est empreinte d'une raison, d'une grandeur et d'une noblesse qui s'allient admirablement à la simplicité évangélique; mais jamais il n'a mieux dit ce qu'il est, ce qu'il pense de son caractère. Tout en méprisant les injures personnelles, tout en s'attachant à ce que Michel a dit contre le Saint-Siège et les Pères, il relève fièrement tout ce que l'empereur avait écrit dans l'intention de l'humilier et de lui faire sentir son infériorité vis-à-vis de Constantinople; il ne peut tolérer que Michel ait osé lui donner un ordre et il l'en blâme en opposant cette expression à celles de ses lettres précédentes, sa conduite à celle des empereurs qui ont régné avant lui ; il le raille finement d'avoir traité la langue latine de barbare, prétendant qu'il est ridicule de se nommer empereur des Romains, s'il ne connaît pas leur langue. Enfin, après plusieurs autres passages d'une rare intrépidité, il affirme de nouveau son indépendance dans des termes qui lui sont très familiers : « Il est assez évidemment prouvé que la puissance séculière ne peut ni lier ni délier le pontife romain, lui qu'il est certain que le pieux empereur Constantin a appelé Dieu, ainsi que nous venons de le rappeler longuement ; et il est manifeste que Dieu ne peut être jugé par les hommes'. »

Toutes les lettres adressées à Constantinople ne sont pas aussi vives que celle-ci, mais toutes ont la même liberté d'allure, respirent la même indépendance aussi bien dans les expressions que dans les idées. Plus Nicolas avait à cœur de reconquérir l'Orient qu'il sentait lui échapper, plus il affectait de manifester sa supériorité, de montrer combien il se croyait au-dessus du pouvoir temporel.

Il le dit aussi aux Occidentaux, et entre plusieurs passages, je prends ce significatif canon du concile de Rome :

(( Si quelqu'un ose disputer aux évêques, aux principaux du peuple et à tout le clergé de l'Eglise romaine le droit d'élire le Souverain- Pontife, qu'il soit anathème, conformément aux décisions du concile tenu par le bienheureux Etienne". »

N'était-ce pas suffisamment avertir les empereurs que la papauté ne dépendait plus d'eux, et qu'à l'avenir ils feraient bien de ne plus intervenir dans les élections des papes ?

1. « Satis evidenter osteiiditur a saeculari potestate nec ligari piorsus nec solvi posse ponti- « ficem, quem constat a pio principe Constantino, quod longe siiperius memoravimus, Deum « appellatum, nec posse Deum ab hominibus judicaii manifestum est. » Ep. 86, col. 960.

2. « Si quis sacerdotibus, seu piimatibus, nobilibus, seu cunclo clero ejus sanias Romanae « Ecclesiae electionem Romani pontificis contradicere piassumpserit sicut in concilie bealissimi « Stephani staïutum est, anathema sit. » Ep. XIV, col. 79S. — Cf. Muratori, in nota ad supplementa concilii romani, an. 863. Migne. Ep. Nicolai, col. 795, notes b et c. C'est au concile de 862 que Nicolas I rappela la décrétale du concile tenu par le pape Etienne. Elle avait été promulguée au concile tenu à Rome en 816 par le pape Etienne IV.

PRINCIPES DU PAPE NICOLAS 1er

Mais rien ne saurait mieux montrer l'indépendance et la puissance de la papauté dans Nicolas que la domination réelle qu'il exerça en intervenant dans toutes les affaires des rois, même dans les affaires temporelles.

Tirons d'abord sur ce point un enseignement du procès de Lothaire ; c'est bien l'un des événements dans lesquels Nicolas déploya le plus solennellement sa puissance. Jamais pareille lutte ne s'était encore élevée entre un pape et un roi ; jamais pontife n'avait parlé à un prince un langage aussi ferme et aussi dominateur, et jamais la royauté n'avait été à ce point écrasée par la puissance religieuse. Ce seul fait éleva d'année en année l'autorité papale, si bien que nous en mesurons le développement successif dans la longue correspondance que Nicolas entretint à ce sujet avec les évèques et les rois, et qu'arrivés à la fin, nous nous demandons s'il n'y a pas eu plusieurs siècles entre Charlemagne et Lothaire. Dans les derniers temps du règne du grand empereur, le palais impérial n'avait-il pas été le théâtre de bien des scandales ? Le vieux souverain ne s'adonnait-il pas avec fureur à des désordres de tout genre ' ? Ses filles ne menaient-elles pas la vie la plus déréglée ' .f* Et qu'avait fait la papauté-f* Etait-elle intervenue? Avait-elle menacé l'empereur de l'excommunication ? Avait-elle frappé d'anathème les femmes coupables ? Avait-elle convoqué des conciles, envoyé des légats pour réformer cette cour : L'heure de sa puissance n'était pas venue ; Charlemagne Tavait enchaînée; mais laquelle des deux puissances domine quarante ans après? Nous allons le voir.

Lothaire ravit les biens d'Hellétrude, veuve du comte Boson ; à la demande de la victime, Nicolas écrit en 866 à Charles le Chauve et à Louis, son frère, pour les inviter à presser Lothaire de rendre ces biens. Remarquons cette phrase dans sa lettre : « Il convient que vous réprimiez sa coupable convoitise, soit au moyen d'un envoyé, soit par une lettre; vous lui ordonnerez, en vertu de notre décision, de rendre ce qu'il a pris; vous l'en prierez en votre nom, ou vous l'avertirez en invoquant l'autorité des lois \ »

En 865, il réprimande sévèrement Bernard, comte de Barcelone, qui a ravagé le territoire de Charles le Chauve ^

Louis et Charles, fils de Charles le Chauve, se sont révoltés contre

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