‹ Études d'histoire du Moyen Âge, dédiées a Gabriel MonodChapitre 94 sur 340 · Ibid., n" 141, art. 7, p · texte numérisé non relu

Ibid., n" 141, art. 7, p

reprise, mais sous une forme assez différente, dans les canons du concile réuni àMeàux en 845 :

Ut canonici in claustiis horis congiiiis clegant... Qui vero episcopo-

rum loci convenientiam aut facultatem non habuerit ut hoc peificeie et ordinare possit, princeps, secunduin conslilutionem clomni imperatoris Hluduwici, annuat : idest, si vicina episcopio terra de eadem eçclesia esse reperta fuerit et ab alio possidetur, ecclesiae rectori ad claustra clericorum vel alia quaelibet ecclesiae commoda facienda reddatur; si autem de fisco fuerit, regia liberalitas eandem terram ad servorum Dei habitacula construenda largiri dignetur; si autem de alia casa Dei aut de cujuslibet proprio fuerit, ex convenientia comniutandi licentia tribuatur. Et si paupertas loci ad aedificandas domos necessarias non sufficerit, eos ad adjutorium aedificandi potestas regia cogat, qui res de eadem eçclesia in beneficiis retinent'.

Il me semble résulter avec évidence des termes mêmes de l'art. 14 : cité ci-dessus du Capitulaire ecclésiastique que ce ne peut être cette unique disposition qui y est visée. On sait que les Copitularia missorum contenaient fréquemment la notification aux missi de dispositions extraites d'autres capitulaires, et je ne crois pas qu'un acte de cette nature ait pu être désigné par l'expression Constitutio imperatoris dans un canon de concile à peu près contemporain'.

Ces trois textes se réfèrent donc à un autre document, qui doit être le même que celui dont une disposition est citée par la charte de l'evêque de Chartres Aimery, de 889, par le privilège claustral des chanoines de Paris de 911, et auquel il paraît être aussi fait allusion dans le diplôme de Louis-le-Pieux en faveur de l'archevêque de Rouen.

En résumé, on peut, me semble-t-il, conclure de cette discussion :

1° que Louis-le~Pieux, à la suite du concile d'Aix-la-Chapelle de 816, a promulgué, parallèlement au grand Capitulaire ecclésiastique de 818 ou 819, un autre capitulaire {edictiim, constitutio imperatoris, capitula), aujourd'hui perdu, dont l'objet ou l'un des objets était de régler l'organisation des cloîtres de chanoines [qualiter constitui et ordinari nobis placuerit), et dont deux dispositions seulement nous sont connues : l'une réglant le mode d'acquisition par les églises, des terrains qui doivent former les cloîtres; l'autre déclarant ces cloîtres affranchis de l'impôt du cens.

2° que Charles-le-Chauve, à une date indéterminée mais avant son avènement à l'empire, a confirmé au moins la seconde de ces dispo-

t. Capitularia, éd. Boretius, t. I, n" 141,9. 289, note K. 2. Ibid., t. 11, n° 293, art. 53, p. 411.

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sitions par un acte, également perdu aujourd'hui, rédigé en forme de diplôme {auctoritatis praeceptum, regale praeceptuin) expression qui me paraît indiquer non plus un acte législatif, mais un privilège rendu sur requête et dans des circonstances spéciales; et que ce diplôme reconnaissait en outre aux chanoines, sous certaines conditions, la propriété de leurs maisons canoniales, disposition qui se trouvait peut-être déjà dans le capitulaire perdu de Louis-le-Pieux.

DATE DE l'aBBATIAT DE LOUP DE FERRIÈRES.

On sait, sans qu'il soit nécessaire d'y insister, quelle est la valeur exceptionnelle de la correspondance de Loup, abbé de Ferrières, au milieu du ix^ siècle '. Ce recueil de cent trente lettres est peut-être le document qui nous donne sur la renaissance carolingienne et sur les misères où elle sombra les renseignements les plus directs et les plus sûrs. Sans lui, il manquerait certainement à la connaissance que nous pouvons avoir de cette époque, un certain nombre de détails essentiels dont l'équivalent ne se retrouve pas ailleurs. Ce moine, auquel l'enseignement de ses maîtres et ses lectures avaient fait une âme d'humaniste^, qui était enflammé de l'ardeur de s'instruire, et qui proclamait, en plein ix^ siècle, que l'amour de la science doit être désintéressé -\ nous montre pour ainsi dire a chaque page de sa correspondance à quelles recherches persévérantes, à quels soins assidus nous devons la conservation du trésor de la littérature latine.

Ces lettres nous livrent l'image fidèle de toute une civilisation, avec les détails précis et caractéristiques qui, seuls, peuvent donner l'impression vivante de l'époque et du milieu; elles renseignent avec abon-

1. Je n'ai à parler ici ni des manuscrits ni des éditions; je me borne donc à prévenir que mes citations sont faites d'après la 2*^ édition de Baiuze, B. Servati Lupi... Opéra, Anvers, 1710, 8", parce que je la considère comme la meilleure. Elle a notamment, sur la plus récente édition, l'avantage d'avoir respecté l'ordre des lettres donné par le manuscrit.

2. C'est le mot qui se présente tout naturellement à l'esprit lorsqu'on parcourt les lettres de Loup. J.-J. Ampère disait de lui : « C'était un véritable humaniste, à la manière des humanistes du xv" et du xvi^ siècle. » (Histoire littéraire de la France avant le xiii= siècle, t. III, '840, ch. XII, p. 237), et Manitius intitule l'article, du reste insuffisant, qu'il a consacré aux renseignements fournis par Loup sur les auteurs anciens : Ein Humanist des IX. Jahrdls. [Rheinisches Muséum fur Philologie, t. XLVII, 1893, pp. 3i3-32o).

3. Lettre I à Einhard (juin 836) : « Mihi satis apparet propter seipsam appetenda sapien- » tia. » — Lettre 62, à Allsig, abbé d'York (847-854) : « Quia vero vos amore sapientiae, ucujus et ego sum avidus, flagrare comperi, »

dance, non seulement sur la vie monastique, sur les affaires de l'Église et de l'Etat, mais sur tout ce qui occupait et préoccupait alors les hommes. A côté de débats théologiques et philosophiques, de discussions grammaticales et littéraires, on y trouve de menus faits de la vie de tous les jours, on y surprend de petites intrigues de palais ou de couvent, on note des détails sur la misère du temps, ou des mentions curieuses au point de vue archéologique.

L'histoire proprement dite n'y trouve pas moins son compte. Loup, familier et parfois conseiller de Charles-le-Chauve, assidu au palais, ami du chancelier du royaume, obligé par sa charge de conduire ou d'envoyer à l'armée les hommes de son abbaye, deux fois revêtu des fonctions de missiis et chargé une fois d'une mission auprès du pape, correspondait avec les personnages qui tenaient alors les premiers rôles, et les entretenait des affaires auxquelles il était mêlé.

Mais s'il suffit d'une date approximative pour qu'un texte ait de l'intérêt au point de vue de l'histoire de la civilisation, il n'en est plus de même lorsqu'on y cherche des renseignements sur les faits même et sur leur enchaînement : une date de la plus extrême précision est alors nécessaire pour que les détails aient toute leur valeur et souvent même pour qu'ils soient intelligibles. Or, les lettres de Loup sont dépourvues de toute indication de date et ne nous sont pas parvenues classées en ordre chronologique \ Aussi, les érudits se sont ils évertués depuis longtemps à tenter de rétablir cet ordre et à fixer la date de chaque lettre.

Dans ces recherches, ils ont été naturellement amenés à prendre pour base de leur classement l'élévation de Loup à la dignité d'abbé de Ferrières, mais, comme iiS se sont trompés sur cette date, tous les résultats qui sont la conséquence de ce point de départ erroné se sont trouvés faussés.

Loup, dont la nomination paraît avoir été le résultat d'une intrigue, et dont la conduite à l'égard de l'abbé Odon, son prédécesseur, disgracié par Charles-le-Chauve, semble avoir été assez peu correcte, écrivit à l'évêque d'Orléans, Jonas, une longue lettre pour se disculper des reproches dont il était l'objet. Il y raconte qu'envoyé à Ferrières par le roi le 3o novembre, il a dû procéder à l'expulsion de l'abbé Odon, mais assure qu'il y a mis les formes et a pris soin de ne

I. Je n'ai pas à étudier ici la composition du recueil des lettres, tel qu'il nous est parvenu ; il me suffira de dire qu'il n'y règne pas le désordre qu'on lui a attribué, qu'on y distingue les linéaments d'un ordre chronologique général qui n'a été troublé que par places, que les lettres l'y présentent en quelque sorte par groupes chronologiques, et que c'a été une grande imprudence du dernier éditeur de bouleverser complètement cet ordre et de se priver, ainsi que les lecteurs, d'une base certainement très solide de classification.

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faire son entrée dans l'abbaye qu'après le départ d'Odon, le i3 décembre '. Dans une lettre postérieure, adressée à Hraban Maur, qui venait de se démettre de l'abbaye de Fulda, il donne la date précise de sa nomination, le 22 novembre, en se bornant à dire qu'il la doit au consentement de ses frères ".

De ces faits, que la disgrâce de l'abbé Odon était due à ce qu'il était suspect à Charles-le-Chauve à cause de ses relations avec Lothaire, que révêque Jonas est mort en 848, que Hraban Maur s'est démis de l'abbaye de Fulda en 842 (probablement au mois de mars), les historiens ont conclu que les événements dont il est question dans ces lettres sont de l'année 842, que toutes deux ont été écrites à l'extrême fin de cette année ou au début de 848, et conséquemment, que la date de la nomination de Loup à l'abbaye de Ferrières doit être fixée au 22 novembre 842.

Ce raisonnement, accepté jusqu'ici par tout le monde sans conteste -\ n'est pas toutefois rigoureux. Il admet que les deux lettres doivent être à peu près de même date, ce qui n'est pas du tout démontré : celle qui est adressée a Hraban débute par des excuses du long retard apporté par Loup à lui écrire, retard motivé par la guerre entre Charles-le-Chauve et Lothaire qui rendait difficiles les communications entre les royaumes des deux souverains; et l'on peut penser de plus que Loup, comblé de bienfaits par Charles-le-Chauve, devait apporter quelque discrétion à correspondre avec Hraban, dont le dévouement à Lothaire est bien connu. Il faut observer encore que la lettre à Jonas est séparée par dix-huit autres lettres, de la lettre à Hraban, dans le recueil, où cependant les lettres de même date sont généralement réunies. On doit tenir compte enfin de ce que, la lutte entre les fils de Louis-le-Pieux ayant commencé presqu'aussitôt après la mort de leur père, la disgrâce de l'abbé Odon ne date pas nécessairement de la période finale.

La date du 22 novembre 842 donnée comme certaine pour l'abbatiat de Loup de Ferrières, est donc une simple conjecture. Elle est

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