‹ Études d'histoire du Moyen Âge, dédiées a Gabriel MonodChapitre 97 sur 340 · Voy. Boutiot, Dict. topogr. du dép. de l'Aube · texte numérisé non relu

Voy. Boutiot, Dict. topogr. du dép. de l'Aube

5. Annales Bertin., a. 86i : <• Dani.., negotiarores quoque per Sequanam navigio sursum « versus fugienies insecuntur et capiunt. >. — Cette note était imprimée lorsque M. Longnon

VILLA RESTIS,

Le 5 janvier 845, Charles-Ie-Chauve, se trouvant à Saint-Martin-de- Tours, confirma un diplôme de Louis-Ie-Pieux en faveur de l'abbaye, diplôme que nous ne connaissons que par cette confirmation. Ce document contient entre autres une disposition dont voici le texte tel qu'on le lit dans le Recueil des historiens de la France (t. VIII, p. 452) :

. . . hoc nostrae aiictoiitatis praeceptum fieri ac dari decrevimus, per qiiod constituimus perenniterque firmum decernimus villam Cruciacum, cum omni

integiitate suisque adjacentiis, sitam in pago Pictavo, et in villa Restia-

dica deponenda quae exierint de Cruciaco villa, eisdem fratribus, quam olim genitor noster piae recordationis dominus Ludovicus ad habendum cappas concesseiat.

Dom Bouquet avait emprunté le texte de ce diplôme à D. Martène [AmpHss. coll., t. I, col. io5),qui lui-même l'avait publié d'après un cartulaire du xiii^ siècle, aujourd'hui perdu, désigné sous le nom de Pancarte blanche de Saint-Martin de Tours.

Le passage que j'ai plar.é sous les yeux du lecteur présente, outre une petite lacune, une incorrection qui en rend la fin tout à fait inintelligible.

Il est facile de reconnaître dans la villam Cruciacum en Poitou, Curçay, commune du département de la Vienne, canton de Trois- Moutiers, localité située dans un pays où l'élevage des moutons s'est longtemps maintenu, ce qui explique pourquoi Louis-le-Pieux en avait destiné les produits à fournir des chapes aux religieux. Mais c'est vainement qu'on chercherait à identifier la villa Restiadica ; et

m'a signalé un mémoire où Bonamy, dès 1743, avait déjà indiqué l'interprétation du passage de Loup de Ferrières que je propose ici (Mémoire sur les incursions que les Normans firent dans la Neustrie par la Seine dans Mémoires de l'Académie des inscriptions, t. XVII, lySi, p. 288). Son opinion avait été combattue par Lévesque de la Ravalière [Sur la proposition d'un lieu mentionné dans la 12 5* lettre de Loup, abbé de Perrière, dans Hist. de l'Acad. des inscr., t. XXI, 17^4, p. 17S) qui, tout en convenant que Cappas était un nom de lieu, repoussait, par des raisons insuffisantes, son identification avecChappes et proposait d'y voir Cepoy (Loiret), entre Ferrières et Montargis. Il est inutile de démontrer que Cepoy ne peut philologiquement dériver de Cappas.

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l'on ne sait comment interpréter le mot deponenda, qui vient ensuite ; ce qui laisse interrompu tout le sens de la phrase.

Heureusement qu'un texte meilleur s'est conservé qui permet de faire disparaître les imperfections de celui qui est publié. Baluze a copié d'après l'original, depuis détruit, notre diplôme, comme la plupart de ceux qui se trouvaient de son temps dans les archives de Saint-Martin-de-Tours, et sa copie', au lieu de Resiiadica, porte Kestiadea, qu'il suffira de diviser en trois mots pour y retrouver la villa Restis^ et, avec quelques autres menues corrections, rétablir tout le passage ainsi qu'il suit' :

. . Hoc nostrae auctoritatis praeceptum fieri ac dari decievimus, per quod constituimus pereniteique firmum decernimus villam Curciacum, cum omni integritate suisque adjacentiis, sitam in pago Pictavo, et médium faclum in villa Kestl, ad ea deponenda quae exieient de Curciaco villa, eisdem fiatribus, quam olim genitor meus piae lecordationis domnus Hludowicus ad habendum capas concesseiat.

M, Célestin Port nous a appris -'' que ce nom de Kestis désignait une ancienne villa romaine dont l'emplacement est compris aujourd'hui dans la ville de Montsoreau, et qu'il y avait là, de toute antiquité, un passage de la Loire, mentionné assez fréquemment dans les documents. Toute difficulté disparaît ainsi de notre texte et l'on conçoit comment Louis-le-Pieux ayant concédé aux religieux de Saint-Martin le domaine de Curçay, destiné à les approvisionner de ces chapes, qui étaient au ix" siècle encore le vêtement ecclésiastique d'usage commun, on a pu ajouter à cette concession celle d'un terrain sur le port de Rest, destiné à servir d'entrepôt aux produits du domaine de Curçay, situé a environ 2 5 kilomètres au sud. De là ces produits pouvaient facilement être transportés par la Loire jusqu'au monastère.

Ce diplôme de Charles-le-Chauve prend ainsi place parmi les trop rares documents qui fournissent quelques renseignements sur les conditions de la production et les voies commerciales de la Gaule carolingienne.

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