‹ Etudes d'histoire du moyen ageChapitre 12 sur 326 · Ibid., VI, 3a, p. a 7 a · texte numérisé non relu

Ibid., VI, 3a, p. a 7 a

cela avec l'aide de son époux qui n'agissait plus comme roi, mais comme défenseur de sa femme.

Mais voici une affaire où il semble qu'un roi ait fait mettre à mort un de ses sujets sans aucune forme de procès, même sans aucun motif légal. «Chez le roi Childebert 1 , Magnovald, pour des raisons qui ne sont pas connues, est tué par ordre du roi, de la manière suivante : Pendant que le roi, dans son palais assiste à des jeux et regarde un animal que poursuit une troupe de chiens, il fait appeler Magnovald. Celui-ci vient et, ne sachant pourquoi on l'a mandé, il se met à rire avec les autres en regardant la bête poursuivie. Mais un homme, apposté par ordre du roi, dès qu'il le vit attentif au spectacle, lui fendit la tète d'un coup de hache. Magnovald tomba mort; son corps fut jeté par la fenêtre et enseveli par les siens. Ses biens furent aussitôt saisis et tout ce qu'on trouva chez lui apporté au trésor public. Quelques-uns pensaient qu'il avait ité mis à mort parce qu'après la mort de son frère, il avait infligé à sa propre femme toutes sortes de mauvais traitements et l'avait tuée, après quoi il avait fait entrer dans son lit la femme de son frère. » Quand même Magnovald aurait commis un crime entraînant la peine capitale, quand même il y aurait eu un motif légal à son exécution, il faut reconnaître que cette exécution a été irrégulière, et le coupable, attiré dans un guet-apens et mis à mort de piano, sans aucune forme de procès, véritablement assassiné. Magnovald n'était sous le coup d'aucune sentence, sans quoi il ne serait pas venu avec tant d'insouciance se livrer à son juge et à son bourreau. Mais que peut-on inférer de là sinon que le roi Childebert a commis un abus de pouvoir?

Avec l'affaire de Chundo a , nous rentrons dans le domaine de la légalité. « La quinzième année du règne de Childebert, qui est la vingt-oeuvième de celui de Gontran, celui-ci, chassant dans la forêt des Vosges, découvre les restes d'un buffle qu'on avait tué. Il fait saisir le gardien de la forêt qui, sommé de nommer la personne qui avait osé commettre cet acte dans une forêt royale, dénonce Chundo, cubiculaire royal. Là-dessus, le roi ordonne d'appréhender l'accusé, de l'enchaîner et de le conduire à Chalon, afin qu'en la présence du roi, accusateur et accusé discutassent. Chundo affirmait n'avoir jamais commis l'acte dont on l'accusait. Le roi ordonne donc le duel. Le cubiculaire présente son neveu comme champion ; les deux adversaires entrent dans le champ-clos. Le jeune homme frappe de la lance

i. Histor. Franco/*., VIII, 36, éd. Arndt, p. 3 S i • 2. Ibid., X, io, éd. Arndt, p. 418.

le gardien de la forêt et lui transperce le pied ; le gardien tombe sur le dos et le jeune homme, tirant son couteau, s'apprête à lui trancher le cou, lorsque lui-même est blessé au ventre par son adversaire. Tous deux roulèrent à terre ; ils étaient morts. Ce que voyant, Chundo court se réfugier dans la basilique de Saint-Marcel. Le roi crie qu'on le poursuive et qu'on le saisisse. On l'atteignit avant qu'il eût atteint le seuil du sanctuaire ; attaché à un poteau, il fut lapidé. Plus tard, le roi se repentit d'avoir cédé avec tant de précipitation à la colère, regrettant d'avoir fait périr si promptement un homme fidèle et qui lui rendait des services. » Nous sommes donc en présence d'une affaire qui a eu un développement régulier, et où toutes les règles de la procédure ont été respectées. Le débat a été public. Les deux adversaires s'obstinant dans leurs affirmations contradictoires, on a eu recours au jugement de Dieu pour faire la preuve. Le champion de Chundo a succombé; Chundo est donc coupable. Pourquoi, s'il ne s'était pas senti menacé de la peine de mort, aurait-il cherché un asile dans une église? D'ailleurs, Fustel de Coulanges, qui avait d'abord vu dans ce fait une preuve que le roi pouvait mettre à mort les hommes qui lui déplaisaient 1 , le cite ensuite à titre d'exemple de l'emploi légitime du duel comme moyen de preuve 2 . « Une autre fois, dit-il, un délit de chasse ayant été commis, Chundo, l'un des grands du palais, est traduit en jugement devant le roi. Il nie. Le roi ordonne par jugement le combat. Chundo donne un champion qui combat à sa place, en présence du roi, et qui est tué. Sur cela le roi est convaincu de la culpabilité de Chundo, qu'il aimait pourtant, et il le fait mettre à mort. » On peut tirer de ce récit que le roi Gontran avait édicté la peine capitale contre ceux qui chasseraient dans les forêts royales. Il est vrai que le roi se repentit d'avoir ordonné la lapidation d'un serviteur fidèle. C'est qu'il lui était loisible de faire' grâce au coupable. Chundo comptait sur cette clémence, et c'est pourquoi il avait couru à la basilique de Saint-Marcel, espérant y demeurer jusqu'à ce que la colère du roi fût tombée.

Voici un autre fait 3 . Childéric, un saxon r avait commis des meurtres et des crimes de toutes sortes, fomenté des séditions. Il gagna la ville d'Auch où sa femme possédait une terre. Le roi ayant eu connaissance de ses crimes, ordonna de le tuer. Le coupable échappa à la justice royale car il trouva dans ses déportements mêmes le châtiment de ses crimes. Une nuit il s'enivra tellement qu'au matin on le

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