EDOUARD FAVRE
Dans notre étude sur Eudes nous avons déclaré son origine inconnue ; les Annales de Saint-Vaast font de lui un « consobrinus » de Baudoin II, comte de Flandre '. Or, Rodolphe abbé de Cysoing et Baudoin II étaient cousins, puisqu'ils étaient l'un petit-fils, l'autre arrière-petit-fils de Louis le Pieux. Rodolphe abbé de Cysoing et Rodolphe abbé de Saint-Vaast et de Saint-Bertin ne sont donc qu'un seul personnage 2 . Il n'est pas hasardé, nous semble-t-il, d'identifier deux hommes portant le même nom, tous deux abbés, tous deux possessionnés dans les mêmes contrées» morts à la même époque, ayant la même parenté avec le comte de Flandre et entretenant les mêmes relations amicales avec l'archevêque de Reims. On ne s'étonnera pas de voir Rodolphe abbé de Cysoing en possession de l'abbaye de Saint- Bertin si l'on se rappelle qu'Unroch son grand-père l'avait richement dotée et y avait pris l'habit monastique, et qu'Adalard son oncle en avait été abbé.
On ne s'étonnera pas davantage de trouver ce Rodolphe, petit-fils de Louis le Pieux, attaché à la cause carolingienne et entretenant avec Foulques, archevêque de Reims, les mêmes rapports d'amitié que son père Evrard avait entretenus avec Hincmar.
Enfin, Rodolphe avait hérité de son père le goût des choses de l'esprit, car, sur la recommandation de Gauzlin, évêque de Paris, il fit venir de Saint-Amand auprès de lui, pour l'instruire, le moine Hucbald \
La succession de Rodolphe souleva de grandes luttes : Baudoin, son cousin, élevait des prétentions sur les abbayes de Saint-Vaast et de Saint-Bertin, celles-ci ne voulaient pas d'un abbé laïque; de là discorde entre Baudoin et Foulques le métropolitain.
De plus, Rodolphe avait légué le domaine et l'abbaye de Cysoing à l'église de Reims ; mais un nommé Hucbald s'opposait à cette donation. Cet Hucbald était comte, il avait épousé une des trois filles d'Evrard 4 , marquis de Frioul, il était donc le beau-frère de Rodolphe;
i. Afin. Vtdast. y ann. 892 : « Balduinus cornes légat os dirigit ad Odonem regem, mandant « cum sua gratia velle tenere abbatias sui consobrini. »
2. M. de Kalckstein (Gcschichtc des franzœsischen Kœnigthums unter den ersten Capttingern, Leipzig, 1877, in-8, p. 87 n. 1) a eu l'idée de cette identité, mais il ne Ta appuyée d'aucun argument.
3. Folquin, ouvr. cité, p. 1 3 1 : « Dilectus confrater noster Hucbaldus, ex cenobio al mi « pontifias Chrisii Amandi confessons, ad erudiendum dotnnum abbatem Rodulfum seniorem « nostrum. » Adalard, l'oncle de Rodolphe, avait été abbé de Saint-Amand.
4. Flodoard, 1. IV, c. I, Mon. Gtrm., SS., t. XIII, p. 558 : « [Rodulfus] de seculo mi- « graturus easdem [res] cum monasterio et corpore sacro Remensi sanctae Dei geniiricit ecclesiac « delegaverit eandemque rerum suarum heredem instituent. Tune vero Hucboldus quidam, « sororit huius Rodulfi maritus, munus eiusdem abbatis calumpniabatur et ab ecclesie Dei ge- « nitricis iure conabatur auferre. »