MESSE GRECQUE DE SAINT DENYS
AU MOYEN-AGE
Par H. OMONT
L'origine de la célébration, dès le moyen âge, d'un office grec en l'honneur de saint Denys, dans l'abbaye de Saint-Denys-en-France, n'a point encore été suffisamment éclaircie. Dans une Note sur la messe grecque, qui se chantait autrefois à l'abbaye royale de Saint- Denis 1 , A.-J.-H. Vincent a déjà montré, en s'appuyant surtout sur des arguments musicaux, que cette messe, telle au moins qu'elle était chantée aux xvn e et xvin c siècles, n'avait aucun caractère ancien. On ne pouvait songer un instant du reste à la rattacher à la liturgie grecque proprement dite. Si l'on en devait croire, d'un autre côté, l'éditeur au siècle dernier de la Messe greque, en l'honneur de S. Denys % il faudrait placer l'origine de cette messe « entre le ix e et le xm e siècle ». Rechercher et suivre pendant tout le moyen âge, depuis le IX e jusqu'au xvn e siècle, l'emploi de la langue grecque, sous l'influence peut-être de TAréopagitisme, dans la célébration de l'office de saint Denys et préciser, autant qu'il sera possible, la date récente de la confection de cette messe grecque, calquée simplement sur l'office latin, tel est le but de la présente étude.
Dès le ix c siècle, on trouve copiés de première main au début d'un Sacramentaire, qui a été très anciennement à l'usage de l'abbaye de Saint-Denys et est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale
i. Rtv ut archéologique, 1864, nouv. série, t. IX» p. 268-281.
a. Paris, Lottin, 1777 et 1779, in-Ia ; *oir l'avertissement, p. v et iv.
sous le n° 2290 du fonds latin 1 , le Gloria in excelsis, le Credo, le Sanctus, et VAgnus Dei en grec, mais transcrits" en lettres latines et avec le texte latin en interligne :
Fol. 7 v°. « Ymnum angelicum.
« Gloria in excelsis Deo et super terram pax in hominibus bonae voluntatis. . .
« Doxa in ypsistis Théo ke epi gis irini, en antropis cudokia... »
Ibid. Credo in unum Deum pat rem omnipotentem... « Pistcugo is ena Thcon paiera pantocratora... »
Fol. 8 v°. « Sanctus, sanctus, sanctus, Dominus... « Agios, agios } agios, Kyrios... »
Ibid. « O amnos tu Theu, eron tas amartias tu ko s mu, eleison imas. a
En tète d'un autre Sacramentaire, exécuté pour l'abbaye de Saint- Denys au xi e siècle et conservé aussi à la Bibliothèque nationale sous le n°94Î6 du fonds latin 2 , on remarque les mêmes textes liturgiques, accompagnés d'une notation musicale en neumes :
Fol. 1 v°. « Kyrrie eleyson, Christe elcyson...*
Ibid. « Gloria in excelsis Deo et super terra pax in hominibus bon» voluntatis... « Doxa in ipsistis Théo ke epi gis irini, en antropis eudochia... »
Ibid. a Itemlatine. Gloria in excelsis Deo... — Aliae. Gloria in excelsis Deo... — Item. Gloria in excelsis Deo... » (Notation neumatique différente.)
Fol. 2. « Fides catholica.
« Credo in unum Deum patrem omnipotentem...
« Pysteugo ys ena Theon patera pantokratora... »
Ibid. « Laudes angelorum. Sanctus, sanctus, sanctus... — Item. Sanctus... — Al Sanctus... » (Notation neumatique différente; texte latin seul.)
Fol. 2 v°. « Agnus Dei, qui tollis peccata mundi... » (Trois fois répété; texte latin seul.)
Faut-il voir dans les textes transcrits en tète de ces deux Sacramentaires les premières traces d'un emploi de la langue grecque dans la liturgie de l'abbaye de Saint-Denys? Assurément non ; ce ne sont pas les seuls en effet dans lesquels ils aient été copiés. On retrouve le Gloria et le Credo, en grec, dans des Sacramentaires à l'usage des abbayes de Saint-Amand 3 et de Saint-Gall 4 , aux ix e et xi c siècles, et
1. Voir L. Deliile, Mémoire sur d'anc'uns Sacramentaires (1886), n° XVIII, p. 101-106 du tirage à part des Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XXXU, 1 r0 partie.