F. Lot, lbid. t Pp. 6 (1023) et 8 (i 109, n
2.' P. 11 (1224) « per judicium pari u m suorum Francie, baronum nostrorum ».
3. P. i3 (1224) « J. de Nigella pares habebat in Flandria per quos debebat judicari in curia comitisse ».
4. P. 12 (juillet 12 16) « a paribus regni nostri, videlicet A. Remensi archiepiscopo, « W. Lingonensi, W. Cathalaunensi, Ph. Belvacensi, Stephano Noviomensi episcopis et O. duce « Burgundie et a multis aliis episcopis et baronibus nostris videlicet ».
5. Le fait que, dès leur apparition, les 12 pairs, quand ils siègent, prennent toujours séance dans la Curia régis et que la Curia régis ne peut être appelée la Cour des 1 2 pairs parce qu'ils
véritablement à remarquer, en 1 2 1 6, c'est que les pairs sont réduits à douze et qu'ils reçoivent la dénomination de pairs de France, dès 1224.
Ce sont, on le sait :
l'archevêque duc de Reims, le duc de Normandie,
Tévêque duc de Laon, le duc de Guyenne,
l'évêque duc de Lan grès, le duc de Bourgogne,
Tévêque comte de Châlons, le comte de Flandre,
l'évêque comte de Beau vais, le comte de Toulouse,
Tévêque comte de Noyon, le comte de Champagne.
D'une part six clercs, de l'autre six laïcs : cette égalité de nombre, dès 12 16, entre les deux ordres ecclésiastique et laïque frappe immédiatement ; de même que la parité des titres, dès 1275.
Cette parité n'est pas fortuite, mais voulue ; car, si ces évoques avaient pu, depuis longtemps, recevoir le comté de leur cité en fief direct du roi, le titre de duc attribué tardivement aux trois premiers d'entre eux est une anomalie qui ne peut s'expliquer autrement que parce qu'ils l'ont pris ou reçu à l'imitation des trois premiers pairs laïques. C'est une recherche ou une concession évidente d'égalité honorifique.
Dès lors, en ce qui concerne le nombre des pairs ecclésiastiques, rien n'empêche, jusqu'à plus ample informé, de supposer que déjà auparavant, il avait été calqué, comme plus tard le titre, sur celui des laïques.
Donc, en résumé, pour rechercher l'origine des douze pairs de France, il convient bien, les évêques mis à part, de déterminer préalablement ce qu'étaient les six pairs laïques et la raison d'être de leur nombre.
Ainsi, en 12 16, le roi avait, dans Tordre laïque, deux classes de vassaux directs : six d'entre eux étaient pairs de France, les autres ne l'étaient pas. Constater que les premiers se trouvaient être les plus puissants et les plus anciens des vassaux du roi, cela ne suffit pas : la cause qui leur avait fait attribuer la pairie est indépendante de cette simple constatation de fait et il faut s'efforcer de la mettre en lumière. Or, la pairie, comme toutes les anciennes fonctions publiques antérieures à la féodalité, se trouvant maintenant attachée à la possession de certains
n'y siègent jamais seuls, n'empêcherait pas la Curia rtglt d'avoir été auparavant une véritable Cour des pain s'il était prouvé qu'elle se composât alors de tous les vassaux directs du roi et d'eux seulement.
fiefs héréditaires, la nécessité amène à analyser la formation territoriale du royaume. Si la division spirituelle de la France en diocèses a pour base la division politique en cités de la Gaule impériale telle qu'elle existait, lors de l'arrivée des barbares, de même, il est facile de voir que la division politique de la France en provinces, au moyen âge, a pour base l'établissement de ces barbares.
Les Gaules avaient été successivement occupées par un certain nombre de peuples nouveaux 1 ; au v e siècle par les Wisigoths, les Burgondes, les Francs, les Alamans, les Thuringiens, au vi e siècle par les Ostrogoths, les Gascons et les Bretons, au x e siècle par les Normands. Chacun d'eux s'y était fixé séparément dans une région distincte et voisine des autres parmi les Gallo-Romains. Depuis que les Francs avaient groupé ces peuples sous leur domination, ils formaient tous ensemble le regnum Francorum, avec Paris comme capitale 2 . Dès sa constitution définitive, cet état se divise donc naturellement en autant de pays qu'il comprend de peuples récemment établis et d'origine différente. Il débordait de l'ancienne Gaule impériale sur la Germanie, il débordera, plus tard, sur l'Espagne ; mais, à ne le considérer que dans les limites du Rhin, des Alpes et des Pyrénées, il comprend jusqu'en 843, trois pays principaux :
i° La France divisée d'abord en Neustrie et en Austrasie, puis, à partir de Charlemagne, en Neustrie, France proprement dite et Austrasie : c'est le pays occupé par les Francs.
Sous les Capétiens, par extension, on donnera peu à peu le nom de Francia à tout le regnum Francorum ; la France atteindra les limites du royaume.
2 La Bourgogne qui est le pays occupé par les Burgondes (soumise en 534 par les Francs).
3° La Guyenne, qui est le pays occupée par les Wisigoths (soumise en 5o6).
En second lieu, quatre pays moins considérables :
i° La Septimanie ou Gothie, occupée par les Wisigoths et les Ostrogoths (soumise en 737).
2 La Provence, occupée également par ces deux peuples (soumise en 539).
3° L'Alsace, envahie par les Alamans (soumise en 496).
4 La Toxandrie, par les Thuringiens (soumise en 490).
1. On peut suivre tout le développement qui suit à l'aide des cartes de MM. Paul Guiraud et Longnon, insérées dans V Atlas de géographie historique de M. Schrader (Paris, Haéhette, 1896, cartes n oa 14, i5, 17, 19, 20, 21, 22 et 25).
2. ce Igitur Parisius venit ibique cathedram regni constituit. . . » (Greg. Tur., Histor.
Francorum, lib. II, îj xxviu, a. 509, Ed. Omont, p. 68).
Il faut ajouter trois démembrements : la Bretagne et la Normandie, qui diminuent la France, la Gascogne qui diminue la Guyenne, et qui répondent à l'établissement des Bretons, des Normands, des Gascons.
Cette division politique du royaume, basée sur l'occupation des barbares, est fondamentale.
Lorsque le regnum Francorum devenu l'empire carolingien se sépare, à partir de 843, en trois tronçons : Regnum Lotharii, Regnum Francorum occidentalium et Regnum Francorum orientalium, le premier prend non seulement l'Italie avec Rome, mais une part de Tancienne Gaule avec Aix-la-Chapelle qui, depuis Charlemagne, était devenu la capitale de la Francia et, par conséquent du regnum Francorum '. Celte part, qui devient étrangère, comprend la Toxandrie, la moitié orientale de la France proprement dite, l'Alsace, la moitié orientale de la Bourgogne et la Provence.
Le second royaume, qui est le seul dont il y ait lieu désormais de s'occuper, restera, depuis cette époque, toujours moindre que l'ancienne Gaule.
Il conserve la moitié occidentale de la France proprement dite, la Neustrie, la moitié occidentale de la Bourgogne, la Guyenne, la Gascogne, la Septimanie, dont dépend, au delà des Pyrénées, la Marche d'Espagne, enfin la Bretagne tant qu'elle n'est pas indépendante. Au début du X e siècle, il faut y joindre la Normandie. Ces huit grands pays composent le royaume encore au xm e siècle, quand apparaissent les pairs de France; au premier rang sont toujours la Guyenne et la Bourgogne, sous l'hégémonie de la France. A la fin du ix e siècle, le titre des souverains ne spécifie pas les peuples sur lesquels ils régnent, mais, à partir du X e siècle, comme à l'époque des mérovingiens et des premiers carolingiens, de nouveau le roi se dit « roi de France » et même, par exception, « roi de France, de Guyenne et de Bourgogne 2 », ce qui est intéressant à noter. Par suite de l'hégémonie persistante de la France proprement dite, la capitale de ce pays sera celle du royaume tout entier. Or, à défaut d'Aix-la-Chapelle qui est devenu étranger et de Paris qui est en Neustrie, le choix se porte naturellement sur Reims, la cité de Saint -Rémy le patron des Francs 3 , en attendant que les
1. « Aquis palatium quod tune sedes prima Franlix erat. » (Nithardi historiarum, lib. 4, §1, en 842).
s. Octobre 908 « régnante Karlo rege Francorum vel Aquitanorum » (Chartes de Cluny, éd. Bruel, n° 100, t. 1, pp. 1 11- 112).
i3 décembre 933. « Rodulfus gratia Dei Francorum et Aquitanorum atque Burgundionum rex, pius, invictus ac semper Augustus ». (Gall. christ., t. II, instr. col. 2o3-2o5).
3. 10 février 968 « locum sancti Remigii magnifie i doctoris Francorum apostoii... locui « . . . qui semper ab antiquo regiis donationibus, utpote caput Francia», fuerat honoratus. » Précepte de la reine Gerberge (D. Bouquet, IX, p. 666).
capétiens de Neustrie lui substituent Saint-Martin. Reims a donc été la capitale de la France pendant environ trois siècles, du milieu du ix* au milieu environ du xn c . D'ailleurs, l'existence d'une capitale est compatible avec celle de résidences royales différentes; cela n'empêche donc pas Laon d'avoir été la résidence des derniers carolingiens au x e siècle 1 , et Paris celle des premiers capétiens au xi e2 . Mais, peu à peu, cette dernière cité, grandissant avec la puissance de la nouvelle dynastie, a pu reprendre son rang d'ancienne capitale 3 : Reims n'a plus été que la ville traditionnelle du sacre et son archevêque est devenu le premier pair de France ecclésiastique.
Le nombre des provinces et la capitale du royaume étant connus , il reste à passer en revue son organisation générale après l'établissement du régime féodal.
Au milieu du x e siècle, l'existence des fiefs héréditaires est partout un fait accompli : la dynastie carolingienne, qui représente la prépondérance de la France proprement dite dans le royaume, lutte sans succès contre le particularisme croissant des autres pays qu'elle avait soumis, les nationalités diverses qui s'étaient partagé la Gaule revivent dans leur nouveau milieu et prennent une conscience de plus en plus nette d'elles-mêmes. Abbon note déjà fort bien que les Francs différaient des Neustriens et ceux-ci des Bourguignons par leurs sentiments 4 ; quant aux Aquitains, jamais ils n'avaient été bien assimilés.
i. 962. « Actum Lauduno urbe regali » Précepte de Lothaire (Gall. christ., t. II, instr. col. 36 1-3 62.) — « Lotharius. . . rex creatur in basilica sancti Remigii. . . creatusque rex. . . « Laudunum ubi ex antiquo regia esse sedes dinoscitur. . . deducitur. m (Richeri Historiarum, Hb. III, § 1).
2. Août 1 137. « Indeque Parisius, tanquam ad propriam remeans sedem, — ea enim, sicot « in antiquis legitur gestis, reges Francorum vîtam de g ère consueverunt . . . » (Historia de glorioso rege Ludovico Ludovici fllio, par Suger, § 1 , éd. Aug. Molinier, dans la Vie de Louis le Gros, p. 147. Paris, coll. Picard. 1887).
3. 18 septembre 1180. « Obiit Ludovicus piissimus Francorum rex in cmtate que nunc « Parisius dicitur et est caput regni Francorum » (Gtsta Philippi régis, Rigordi liber, § 11, éd. de M. De la borde, t. I, p. 22. Soc. de l'Hist. de France). Rigord écrivait dans les dernières années du xu e siècle. « Regni caput et sedes regia » (Gesta Ludovici VII. Bouquet, XII, 197). Ce dernier texte n'est que du xiv e siècle et non du xiie comme le croit M. Petit-Dùtaillis (Etude sur la vie et le règne de Louis VIII, p. 329. note 2. 1894.) Voir à ce sujet l'avis de M. A. Molinier (Vie de Louis le Gros, par Suger, suivie de Vhist. du roi Louis Vil, introd, p. xxxii, Paris, 1887).