lbid. t cf. n°* 6SO-6S
Une seule difficulté se présente, c'est celle de la date. Nous avons dit plusieurs fois que cette bulle est du 24 mai 1 1 16; elle porte cependant cette souscription : « dat. apud Transtiberim. . ., IX kalendas junii, indictiont IX* , incarnationis dominice anno M°C°VI° 9 pontificatus autcm domini Passchalis pape anno XVII. » Mais il est facile de voir que le copiste s'est trompé sur le millésime; il a oublié un X et il faut lire M°C°XVI°. En effet, l'année 1 1 16 est la 17 e du pontificat; la 9 e indiction tombait alors ; tandis qu'en 1 106, c'était la 14 e indiction et la 7 e année du pontificat. Enfin, dans cette bulle, le pape fait allusion à des faits postérieurs à 1 106, comme par exemple à l'invention des reliques (sanctorum multorum illic inventa corpora) qui eut lieu en juin un. L'inadvertance du copiste est donc facile à réparer, et il est de toute évidence que cette bulle est du 24 mai 1 1 16.
Pascal II avait fort à faire pour rendre son ancienne splendeur à l'église des Saints Quatre Couronnés. Elle semblait même perdre de plus en plus sa dignité de titre cardinalice. A partir de l'an 1 100, aucun cardinal de ce titre ne figure dans les actes pontificaux du xu e et du xiu siècles ' ; et il paraît bien difficile d'attribuer cette lacune persistante au hasard qui a égaré certains actes pontificaux et conservé les autres. Elle avait de plus perdu sa paroisse. Jamais, il est vrai, ses paroissiens n'avaient été bien nombreux; car déjà depuis longtemps, le Cœlius n'avait plus qu'une population très clairsemée, et l'église des Saints Quatre Couronnés était bien rapprochée des paroisses voisines de Saint Clément et du Latran. Mais, en l'année 11 16, les guerres et les dévastations de toutes sortes qu'elle avait subies, l'avaient complètement anéantie. L'ancien territoire de la paroisse n'était plus qu'une immense solitude, d'après le témoignage de Pascal II lui-même : « locus idem, habitatoribus circumquaque perehuntibus, versus in solitudinem fuerat. » Enfin les biens même de l'église avaient été dissipés ou détruits : « res ad eam pertinentes multa bellorum diuturnitate pessundatas. » Ainsi, une fois reconstruite, l'église n'avait ni cardinal titulaire, ni prêtres, ni revenus. Pour y assurer le culte, le pape Pascal II allait lui donner tout d'abord un clergé, puis lui constituer une dotation.
Pour lui trouver un clergé, il eut recours aux moines ; ainsi faisaiton le plus souvent à Rome quand il s'agissait de desservir un sanc-
1. Ce ne Tut pas particulier au titre des Saints Quatre Couronnés. Piazza (Gtrarchla Cardlnalizia, p. 358) fait remarquer, après Onofrio Panvinio (De septem Urbit ecc Utils, VU, 1), que pendant le xn° et le xrn* siècles, les papes négligèrent de pourvoir aux vacances du Sacré- Collège, que plusieurs églises cardinalices restèrent longtemps sans titulaire, à tel point qu'à la mort d'Alexandre IV (1161), et à celle d'Urbain IV (1264) il n'y avait plus que deux titres prasbytéraux occupés*
tuaire sans ministère paroissial. Le pape y établit donc une communauté de bénédictins qui avaient pour mission non de veiller au soin des âmes, mais de célébrer l'office quotidien devant les saintes reliques : « Oportunum duximus^ ad cotidiana sanctorum exequia pcragenda, monachorum illic congregationem, Domino prestante, stat itère. » Dans la suite, cette communauté fut soumise à l'abbaye de Sassovivo, mais, en 1116, quand elle fut fondée, elle était et devait rester autonome. Les religieux devaient se choisir l'abbé qui serait à la tète de leur monastère \ Or, si dès l'origine ils avaient été sous la dépendance d'une autre abbaye, ils auraient été dirigés par un prieur et non par un abbé. L'union avec Sassovivo n'avait pas encore été prononcée.
En même temps, Pascal II assurait à la nouvelle communauté des moyens d'existence pour suppléer aux droits paroissiaux qui faisaient défaut et aux anciens revenus qui n'existaient plus. Il unissait au monastère des Saints Quatre l'église de Sainte-Marie in Michaele. Cette église était sans doute à Rome ; autrement, le pape aurait précisé le diocèse auquel elle appartenait. Mais il est impossible de dire dans quel quartier de la ville elle se trouvait. M. l'abbé Duchesne déclare ne la point connaître 2 ; M. Armellini n'est pas plus heureux et dans sa première édition des Chiese di Roma 3 , il ajoute à la mention que fait le Liber pontificalis de S. Marie « in monasterio Michaelis », cette simple supposition « il quale monastero credo che existesse nel Vaticano. » Enfin, avant ces deux érudits, Lonigo avait en vain cherché, lui aussi, l'emplacement de cette église mystérieuse 4 . Nous ne saurions prétendre résoudre un problème où de plus grands savants ont jusqu'ici échoué ; mais il est permis de formuler quelque hypothèse. Ce vocable, S. Maria in Michaele, semble indiquer qu'elle était consacrée à la fois à la Vierge et à saint Michel, de même que Saint-Laurent in Damaso l'est en même temps à saint Laurent et à saint Damase. Or, non loin des Saints Quatre, sur le Cœlius, se trouvait l'église de Saint Michel Archange 3 plus connue dans la suite sous le nom de Saint Thomas in formis ; peut-être faut-il voir dans cette église celle de Sainte Marie in Michaele. A Sainte Marie, vivaient aussi des moines mais ils devaient obéissance à l'abbé des Saints Quatre, auquel ils étaient soumis 6 .
1. «...quem apud SS. Coronatorum coenobium in abbatem preeste conligerit, ..»