LA SEIGNEURIE DE SAINT-SEURIN-LÈS-BORDEAUX
de la juridiction dans le Tinement général. L'une et l'autre partie se réclamaient de la possession immémoriale, ce qui paraît indiquer qu'elles manquaient de titres positifs. Le sénéchal, pris pour arbitre, attribua au corps de ville la haute justice au-dessus de 65 sous et le droit de mutilation et de pilori, au chapitre la basse justice.
La paix ne fut d'ailleurs pas de longue durée, quelque soin et quelque précision que le sénéchal eût apportés à délimiter les pouvoirs respectifs des deux justiciers. Mais les démêlés portèrent uniquement sur l'interprétation de la sentence de 1347, dont les dispositions essentielles restèrent en vigueur jusqu'à la veille de la Révolution \
La mainmise sur la seigneurie foncière lésait des intérêts nombreux et considérables ; elle devait nécessairement provoquer de redoutables oppositions. Si le chapitre revendiquait la directe sur des fonds, ce n'était point par vanité pure ; cette prétention se traduisait en cas de mutation par la perception de lods et ventes d'un taux fort élevé. On pense bien que les riches bourgeois de Bordeaux ne se laissèrent pas imposer sans protester des servitudes aussi onéreuses : ils saisirent les tribunaux, et les chanoines eurent, de ce chef, d'incalculables procès.
Il leur arriva de faire remonter leurs droits à une date fabuleuse : leur église, disaient-ils, avait été bâtie par saint Martial, venu à Bordeaux en l'an 56 et à qui « la duchesse d'Aquitaine » avait fait don d'un territoire « avec tous droits, devoirs et immunités 2 . » Plus habituellement ils rattachaient l'origine de leur seigneurie à une donation faite par «Xanctius, comte dud. Bourdeaux,... avant l'année 800, » et confirmée par Charlemagne, quand celui-ci visita Saint-Seurin ? . Ils invoquaient enfin la cession du Bouscat par Arnaud d'Illac, en 1181 4 . Ces acquisitions successives auraient emporté la pleine propriété, et si divers particuliers détenaient des biens à Saint-Seurin c'est qu'ils les avaient reçus du chapitre à titre d'emphytéose.
1. Voir, par exemple, les arrêts du 3o juin 1598 (Arch. de la Gironde, G 1 117), 18 juillet 1648 (G 1119), et les lettres-patentes de janvier 177S (G 1121).
2. lbid., G 1 121. — Ce mémoire, imprimé, date de 1765. En voici un bref extrait: il n'est pas inutile de montrer ce que valent ces traditions locales auxquelles une certaine école historique attache tant d'importance : « La duchesse d'Aquitaine fut une des premières qui embrassa (sic) la religion chrétienne. Pour en favoriser les progrès, elle accorda à saint Martial tout le territoire qui est à l'entour du Palais Galien, ces lieux où étoient bâtis les Temples des faux dieux, pour y bâtir une église à l'honneur du Sauveur, pour servir d'asile à tous les chrétiens que la persécution chassait des autres provinces. . . Cette église fut augmentée et embellie en 394 par saint Seurin. »