‹ Etudes d'histoire du moyen ageChapitre 242 sur 326 · E - JORDAN · texte numérisé non relu

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rager. Le 7 juin 1267, Clément IV écrit à Angelo Capocci pour protester contre ces accusations, et accréditer auprès de lui l'archevêque de Cosenza et l'évèque de Spolète, chargés de rétablir la paix \ C'est sans doute à la même affaire que se rapporte : 12 (fol. 175 v°); le pape exhorte les Romains à la paix et annonce l'envoi de deux évêques, dont les noms manquent.

Vers ce moment entre en scène un homme qui devait jouer en Italie, durant les année» 1267 et 1268, un rôle aussi brillant que court: Henri de Castille, frère d'Alfonse le Sage 2 , et proche parent de Charles d'Anjou. Ce personnage avait des droits à la reconnaissance du pape et du roi; il avait prêté à ce dernier, avant la bataille de Bénévent, une forte somme d'argent. On songea à l'en récompenser en lui faisant épouser Hélène, fille de Michel, despote d'Epire, veuve de Manfred et prisonnière de Charles d'Anjou, qui lui aurait apporté comme dot Corfou et quelques places d'Epire. Je serais tenté de croire que c'est à cette négociation que fait allusion 13 (fol. 233 v°) ; une exhortation adressée par le pape à un inconnu, ut derelinquat errores scismaticos. La lettre est conçue en termes aussi vagues que possible et qui ne permettent aucune conjecture ; mais elle se termine par la phrase suivante : Ceterum de negotio filie tue locuti sumus cum nunciis régis, ci nichilominus juxta tuarum precum continentiam nostras litteras direct uri. S'agirait-il d'Hélène et de Charles d'Anjou, et le destinataire de cette lettre serait-il le despote d'Epire? Mais ce n'est là qu'une pure hypothèse.

Ce projet de mariage échoua d'ailleurs, par suite, affirment tous les historiens (sans en donner du reste aucune preuve), de la mauvaise volonté de Charles d'Anjou. Quelques mois après, vers la fin de juin 1267, Henri de Castille était sénateur de Rome. A l'exemple de tous ses prédécesseurs (y compris le vicaire de Charles d'Anjou), il s'empressa de chercher à faire reconnaître la suprématie de Rome par toutes les communes du voisinage. M. Pinzi 3 a publié une bulle du 2 juillet 1 267, par laquelle le pape défend aux villes du Patrimoine d'obéir à certains ordres que leur avait adressés le sénateur.- Le formulaire de Richard de Pofi nous a conservé : 14 (fol. 227 v°) la lettre de reproches adressée à la même occasion à Henri de Castille. Elle contient un passage intéressant. Après avoir dit que les traditions de famille de Henri de Castille lui avaient fait espérer de trouver en lui un défenseur des droits de l'Eglise, le pape ajoute : « Ad id quidem

2. Cf. sur lui : Del Giudtce, Arrlgo ai Castiglia ; et Hampe, op. cit., 146-157. ' 3. Storia di Vittrbo, p. 200.

ante assumptum Urbis regimen te paternis exortati fuimus affectibus } tuquc nostras exortationes dévote suscipiens ad Mas tanquam vir catholicus respondisti. » C'est la preuve que le pape (comme Pont déjà conjecturé Hampe et del Giudice, contrairement à Schirrmacher 1 ), n'avait nullement vu d'un mauvais œil l'élection de Henri de Castille, en qui il n'avait pas de raison de redouter d'avance un ennemi.

Mais le sénateur, entraîné par les nécessités de sa situation, ne tint aucun compte des ordres du pape. Il renouvela au contraire ses tentatives, non seulement dans le Patrimoine et la Sabine, mais en Campanie ; il essaya de faire revivre un ancien traité par lequel les habitants d'Anagni s'étaient engagés à faire juger leurs procès au Capitole, et à fournir des vivres aux Romains toutes les fois qu'ils feraient une chevauchée en Campanie. Ce fait est rapporté dans une bulle de Clément IV, du 6 août 1267 2 , par laquelle ce pape relève les habitants d'Anagni de leurs engagements ; une autre bulle, adressée sur le même sujet à Henri de Castille, se trouve dans notre formulaire : 15 (fol. 227 v°).

Vers le même moment, le pape écrivit au sénateur (16 ; fol. 228 v°) pour lui demander de châtier des traîtres au roi [de Sicile], alors occupé au service de l'Église en Toscane, qui, avec le concours de quelques Romains, avaient occupé deux châteaux sur la frontière du royaume. Cette lettre est évidemment celle à laquelle Clément IV fait allusion dans une bulle du i3 août 1267 3 , ce qui fournit une date approximative. « Non levé tuam decet ferre prudentiam, écrit le pape, sed moleste, cum rex offendatur, vel aliquibus injuriis provocatur, cujus offensas et injurias tant ratione sanguinis quam amoris qui vos duos unum efficiunt teneris proprias reputare. » Il n'est pas indifférent de voir, à cette date encore, Clément IV parler dans ces termes de l'étroite union des deux cousins. Il est clair que la brouille entre Henri de Castille et Charles d'Anjou, qui devait les mettre face à face à Tagliacozzo, n'était pas encore un fait accompli 4 . Les historiens en ont jusqu'ici recherché l'origine très haut, pour en attribuer toute la responsabilité à Charles d'Anjou. Les documents conservés par Richard de Pofi donnent une impression un peu contraire. De même

!. Die Ittzttn Hohtnstaufen, p. 356.

2. Insérée dans une bulle de confirmation d'Urbain VI (Arch. Vaticanes, Reg. 2$-], fol. 3i).

4. H me semble évident qu'on a tiré des conclusions très exagérées de P. 20109 ; on voulait y voir ce qui n'y est pas, la preuve que Charles d'Anjou aurait dès le commencement d'août 1267, sollicité du pape des mesures énergiques contre le sénateur. Quant à la bulle peu claire du 26 juillet (P. 20091), elle se rapporte peut-être à la même affaire.

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