ET DE CHARLES D'ANJOU
Par Élie BERGER
Bien que le treizième siècle ait été pour la France une époque d'organisation et de progrès, on est parfois étonné de voir combien les conditions de la vie privée étaient alors peu enviables. Les mœurs judiciaires de ce temps, en particulier, se distinguent par une âpreté qu'on a peine à s'expliquer après les grands exemples de clémence et de consciencieuse équité donnés par saint Louis. A cet égard, la requête que nous allons analyser, et qui était adressée au roi de France par un innocent, par un vieux soldat, ne peut manquer de faire impression.
Pierre Pillart, de Ménil f , était un pauvre chevalier du comté de Beaumont-sur-Oise, qui, avant les mésaventures de ses vieux jours, avait suivi dans plus d'une guerre les rois de France et les princes de leur maison. Les termes dont il se sert en rappelant ses états de service ne permettent pas de préciser l'époque à laquelle remontent les faits dénoncés par lui à la justice de son souverain : « Je vous demande de vous enquérir auprès de chevaliers et de bonnes gens qui m'ont vu et ont connu mes œuvres, là où je vous ai suivi, vous et vos devanciers, en l'expédition qu'on fit à Damiette, et quand on alla en Sicile, et au siège de Marseille, et au siège de Tunis. » Au dire de
I. Le Mesnil-Saint-Denis, à quelque distance au nord de Beaumont-sur-Oise.