EL1E BERGER
juges compétents \ le prince auquel s'adresse cette prière est Philippe-le-Hardi, et quoique le fait ne soit pas absolument certain, rien n'oblige à croire qu'il soit ici question de Philippe-le-Bel, d'autant qu'on voit intervenir en faveur du requérant, comme représentant du roi, le bouteiller de France Jean d'Acre, qui joua, sous le fils de saint Louis, un rôle des plus importants.
Incarcéré par ordre de Guillaume Savouré, prévôt de Beaumont, Pierre Pillart comparaît devant le bailli de Senlis, sous l'inculpation d'avoir battu un clerc, et de lui avoir volé deux chevaux, dont l'un a été trouvé en sa possession. Vainement le prévenu cherche à expliquer la présence de ce cheval dans sa maison ; ses raisons ne sont pas écoutées. Des amis interviennent en sa faveur, et, s'adressant au Parlement, demandent d'abord qu'il soit mis en liberté, ou du moins relâché sur caution ; leur requête ayant été repoussée, ils insistent pour que justice soit faite au chevalier « en prison tenant ». En réponse à cette démarche, messire Jean d'Acre, « qui estoit ou liu des mestres », mande au bailli d'ajourner les parties plaidantes et de faire droit « par les chevaliers 2 » ; expression fort claire : Pierre Pillart, étant chevalier, devait être absous ou condamné par le dit de ses pairs. Quant aux « mestres » dont Jean d'Acre tenait la place, c'étaient, selon toute vraisemblance, les maîtres des requêtes, ou, si Ton veut, des requêtes du palais 3 .
Jean d'Acre ou de Brienne, sur l'ordre duquel le pauvre chevalier devait désormais compter pour obtenir un traitement équitable, était un fort grand seigneur, apparenté à tout ce qu'il y avait de plus noble dans le monde chrétien. Fils du roi de Jérusalem Jean de Brienne, qui avait, à la fin de sa vie, gouverné l'empire d'Orient, il fut, par sa mère Bérengère, petit-neveu de Blanche de Castille, cousin d'Alphonse X, roi de Castille, de saint Louis et de Philippe III, des rois d'Angleterre Henri III et Edouard I c r. Sa sœur aînée, Yolande de Brienne, avait été la seconde femme de l'empereur Frédéric II ; son autre sœur, Marie, avait épousé Baudouin II de Courtenay, empereur de Constantinople. Élevé, ainsi que ses frères, les autres « enfants d'Acre », à la cour de France, on le retrouve à Chypre, au moment où Louis IX préparait dans cette île l'invasion de l'Egypte ; il en part avec l'impératrice d'Orient, par l'influence de
i. M. Ch.~V. Langlois, Le règne de Philippe III le Hardi, p. 3 18. Cf. Boutaric, Actes du Parlement, I, 3547 e.
2. Nous ne voudrions pas affirmer que Jean d'Acre fût alors à Paris; peut-être était-il en tournée.