Ces titres sont en rouge dans le manuscrit
2. G. Saignet fait, par distraction, intervenir ici le témoignage de Varron, alors que celui-ci n'est cité, dans la chronique, qu'au paragraphe suivant.
3. La chronique donne ensuite des détails sur des changements d'hommes en bêtes qui n'ont pas été traduits. Ces détails ne se trouvent, d'ailleurs, que dans les manuscrits de la seconde rédaction.
4. C'est le passage que nous avons rapporté, plus haut, et dont nous nous sommes servi pour fixer la date de composition de la chronique. On voit que G. Saignet n'a pas traduit la fin de la phrase qui d'ailleurs ne lui apprenait rien.
5. 178, si on tient compte de la table qui occupe les feuillets 1-20. t . A
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des papes que contiennent les manuscrits de la seconde rédaction. Disons enfin que le manuscrit latin 5042 a tous les caractères d'un manuscrit original et qu'on doit le considérer comme ayant été écrit par Guillaume Saignet lui-même. La vue de l'explicit, que nous avons rapporté, et de la signature, que Ton trouve au folio 1 20, ne laissent aucun doute à cet égard. On pourrait encore faire remarquer, s'il en était besoin, pour confirmer cette opinion, que Guillaume Saignet a plus d'une fois illustré son manuscrit de dessins grossiers qui font penser à l'étudiant encore assis sur les bancs de l'Université '.
Qu'était-ce donc que ce Guillelmus Sanheti et pourquoi l'appelonsnous Guillaume Saignet ?
L'abbé Chevalier a fait figurer son nom, sous la forme Sanheti dans son Répertoire des sources historiques du Moyen Age, mais il n'a pu 7 joindre ni notice biographique ni renvoi bibliographique \ Il a probablement pris son renseignement dans le catalogue des manuscrits de la Bibliothèque du Roi. C'est pourtant un personnage connu.
Notre intention ne saurait être de nous arrêter longuement à sa biographie, bien qu'elle n'ait encore tenté, à notre connaissance, aucun des érudits qui s'occupent de l'histoire du commencement du xv e siècle, mais il nous a semblé indispensable de signaler les principales étapes de sa vie, afin que la valeur de son témoignage soit mieux appréciée.
Comme la forme de son nom trahit une origine méridionale nous avons cru le reconnaître dans un certain Guillermus Sanheti, originaire du diocèse d'Uzès, qui figure, en ^94, dans une liste des bacheliers es lois de l'Université d'Avignon 3 . Nous avons ensuite identifié cet étudiant avec un Guillaume Saignet qu'on trouve, quelques années après, au service de Louis II d'Anjou, roi de Sicile. Il semble bien, en effet, que le Guillermus Sanheti d'Avignon, soit le même que le Guillaume Saignet employé par ce prince, en 1 409, dans ses négociations avec le duc de Savoie au sujet de Nice 4 . Ce Guillaume Saignet
• 1. Ces dessins représentent le bœuf que porta Milon de Crotone (fol. 17™), le tonneau de Diogène (fol. a 3), le serpent de Reguius (fol. 27™), la mouche d'airain de Virgile, dans le passage rapporté plus haut (fol. 3a T0 ), la sainte ampoule de Reims d'où sort une fleur de lis (fol. 5a To ), etc., etc.
a. Il y a cependant, dans son Répertoire, un article Saignet (Guillaume), mais il n'est pas certain que ce personnage qualifié de « chevalier français, v. 1420,» dont il sera question un peu plus loin, en note, doive être identifié avec notre Guillaume Sanheti.
3. M. Fournier, Statuts et privilèges des Universités françaises, t. H (1891), p. 349 : « Guillermo Sanheti, cierico Uticensis diocesis, bacallario in legibus , in decimo anno sui « studii existente, recto re capelle S. Pauli Montispessulani et S. Genesii de Claysse, Magalo- « nensis et Uticensis diocesium. »
4. Lecoy de La Marche, le roi René, t. I, p. 3So. Guillaume Saignet fut avocat puis juge dans la sénéchaussée de Beaucaire avant d'en devenir le sénéchal. Cf. Bibl. Nat. Parlement 16. fol. 5a.
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fit partie, quatre ans plus tard, au mois de juillet 141 3, en pleine crise Càbochienne, comme délégué du roi de Sicile, de l'ambassade qui fut envoyée à Vernon et à Pontoise, par ledit roi, les ducs d'Orléans et de Bourbon, les comtes d'Alençon et d'Eu, pour négocier avec les ambassadeurs de Charles VI. Il fut, en outre, chargé de prendre la parole au nom de ses collègues et d'exposer les demandes des princes : il prononça un très long discours qui a été conservé par le Religieux de Saint-Denis et par Monstrelet f . Le roi de Sicile s'employa dans les années qui suivirent 2 , probablement pour le récompenser de son dévouement, à le faire nommer sénéchal de Beaucaire. L'empereur Sigismond fut même intéressé à sa cause et commit, en sa faveur, un véritable abus de pouvoir 3 . Un certain Guy Pestel contestait à Guillaume Saignet sa charge de sénéchal et lui faisait un procès. L'empereur vint au Parlement, le 16 mars 14 16, pour entendre plaider l'affaire; et, comme l'avocat de Guy Pestel tirait en faveur de son client un argument de ce fait que Guillaume Saignet n'était pas chevalier, Sigismond, qui était assis au-dessus des présidents a et au plushault », fit approcher ledit Saignet « en disant que a lui appartenoit bien de faire chevaliers », et l'arma chevalier, séance tenante, au grand étonnement de l'assistance 4 . Une protection aussi haute et aussi fermement exprimée ne pouvait manquer de produire son effet. Guillaume Saignet fut maintenu dans ses fonctions. Chose curieuse, le procureur du roi avait, quelques jours auparavant, dans la séance du 12 mars, parlé contre lui ; il lui avait reproché de n'avoir pas, depuis sa nomination, résidé dans sa sénéchaussée, au mépris du serment de résidence qui lui avait été demandé comme à tous les officiers royaux. Guillaume Saignet possédait encore cette charge en 1420 5 . On le voit qualifié, en outre, dans des pièces de cette date de « chevalier » et de « chambellan » du Dauphin, le futur Charles VII 6 . En 1424
1. A. Coville, les Cabochiens et l'ordonnance de 141$, Paris, 1888, p. $43-345. — Chronique du Religieux de Saint-Denis, t. V, p. 97-115.
2. G. Saignet était déjà sénéchal de Beaucaire en février 1414 (n. s.). Cf. Nicolas de Baye, Journal, éd. Tuetey, t. 11, p. 169.
3. L. Douel-D'Arcq, Choix de pièces inédites du règne de Charles VI, t. I, p. 382- 383; Nicolas de Baye, Journal, éd. Tuetey, t. II, p. 243-246. On trouve un résumé des plaidoiries, dans le vol. 16 de la collection du Parlement a la Bibl. Nat., fol. 48-52.
4. Charles VI et son Conseil goûtèrent médiocrement cette usurpation de l'autorité souveraine mais n'en laissèrent rien paraître.
5. VHistoire du Languedoc (nouv. éd., t. IX (188 5), p. 1041) l'appelle à tort Guillaume de Saquet.
6. Bibl., Nat. P. O. 260 5 (Ms. fr. 29089), dossier Saignet : Deux de ces quittances portent la signature autographe de Guillaume « Saignet ». Telle est donc, et non pas « Seignet », la forme française de son nom. Ces deux signatures paraissent de la même main que celles qui sont dans le ms. lat. 5042, fol. 109 et 120, Guillelmus Sanheti n'est que la traduction latine de Guillaume Saignet, on y remarquera, en particulier, la forme des g de Guillelmus et de Saignet.
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et 1425, il fut employé par ce roi dans deux missions diplomatiques. Il fit partie, en 1424, d'une ambassade qui fut envoyée à l'empereur Sigismond, son ancien protecteur, et, Tannée suivante d'une ambassade qui se rendit auprès du pape 1 . Guillaume Saignet fut donc l'un des hommes de confiance de Charles VII a .
Si l'on veut bien se souvenir maintenant que Charles VII fut fiancé, le 18 décembre 1413, alors qu'il n'était encore que comte de Ponthieu, à Marie d'Anjou, fille de Louis II, roi de Sicile, et de Yolande d'Aragon, et qu'à partir de cette date jusqu'au moment (avril 1417) où la mort du duc de Touraine le rendit Dauphin de France, il passa la plus grande partie de son temps avec £a future femme et sa future belle-mère, tant en Anjou qu'en Provence, on comprendra que Guillaume Saignet, conseiller du roi de Sicile, ait pu être connu et apprécié de lui. Charles VII, né le 22 février 1403, était entré dans sa quinzième année le 22 février 141 7.
Nous voudrions pouvoir ajouter que Guillaume Saignet a été, pendant cette période de plus de trois ans 3 , mêlé à l'éducation de ce roi, et qu'il s'est servi du résumé d'histoire universelle qu'il avait rédigé, probablement pendant son séjour à Avignon, mais ce serait tirer une conclusion qui, dans l'état actuel des connaissances acquises sur ce point, dépasserait les prémisses, et on pourrait justement nous accuser de prendre des désirs pour des réalités.
Quel que soit le cas que l'on fasse de cette hypothèse 4 , le témoignage de Guillaume Saignet n'en conserve pas moins sa valeur. Il a dû avoir entre ses mains un exemplaire, aujourd'hui perdu, de notre chronique, l'exemplaire de dédicace probablement, dans lequel se trouvaient
1. G. de Beau court, Hist. de Charles VII, t. II, p. 343-344; M. Perret, V ambassade de Vabbé de Saint- Antoine à Venise, dans Revue historique, t. XLV (1891).
2. G. Saignet semble être rentré, vers la fin de sa vie, au service de la maison d'Anjou. En 1436, il fait partie du Conseil royal en Provence et est qualifié de seigneur de Vaucluse. Cf. Lecoy de La Marche, Le roi René, t. I, p. 1 5 1 .
3. On se souvient que le procureur du roi lui reprocha, en 1416, de n'avoir pas résidé dans sa sénéchaussée de Beaucaire, dont il était sénéchal au moins depuis les premiers mots de 1414.
4. Elle nous paraît encore appuyée, par le détail suivant : Guillaume Saignet a fait suivre sa chronique (fol. 1 1 3- 120) d'extraits du Liber de regimine principum,et il déclare que ces extraits ont été faits par Lui non pour satisfaire une vaine curiosité temporaire mais pour mieux fixer dans sa mémoire les principes exposés dans ce livre : « Expliciunt conclusions notabiliores libri nuncupati de regimine principium quas, causa memorie, hic redegi. G. Sanheti. » N'a-t-il fait ce travail qu'en vue de son instruction personnelle et de ses discours ? — Faut-il lui attribuer un ouvrage contre le célibat des prêttes (Lamentatio ob cxlibatum sacerdotum) qui est conservé à la bibliothèque de Bàle (A VII, 37) ? Cf. Montlaucon; Bibl. bibl., t, I, p. 61 5, et Haenel, Catalogi librorum manuscriptorum, col. 648. Fabricius qui l'appelle j d'après Oudin (De script, ccclesiast., t. III, p. 2326), « Wilhelmus Sagineti gai lice Saignet » (Bibl. med. et inf. lat., t. VI, éd. Mansi, p. 142 et 324) le dit chevalier et le fait vivre vers 1420. C'est l'indication que l'abbé Chevalier a reproduite, dans son Répertoire, a l'art. Saignet, Cet ouvrage de Saignet eut les honneurs d'une réfutation par J. Gerson.
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consignés les renseignements qu'il a rapportés. Et, après ce que nous avons dit, on ne saurait hésiter sur le nom du roi de France pour lequel a été faite la chronique qu'il a résumée et traduite : on ne peut penser ' qu'à Philippe de Valois. Ainsi se trouve confirmée l'hypothèse à laquelle nous nous étions d'abord timidement arrêté.
Comment se fait-il, peut-on se demander, que le nom de Philippe de Valois ne soit sur aucun manuscrit ? Cela est évidemment surprenant, mais pas autant qu'on serait tenté de le croire au premier abord. Nous avons montré, croyons-nous, que la première rédaction avait dû être terminée avant l'avènement de Philippe VI. Il n'y a, par conséquent, rien d'étonnant à ce que le premier prologue n'ait subi aucune correction. L'exemplaire original de cette rédaction semble, d'ailleurs, perdu.
D'un autre côté, la seconde rédaction ne comportait guère un remaniement de ce genre, étant donné l'esprit dans lequel elle a été faite. L'exemplaire offert au roi a dû seul contenir une dédicace.
De plus, tout nous porte à croire — nous en donnerons tout à l'heure les raisons — que l'auteur de cette chronique est un religieux de Saint-Denis. Or, on sait quelle a été la modestie de ces moines. Ils ont travaillé pendant tout le cours du xiv e siècle, avec une activité prodigieuse, et c'est à peine si on connaît les noms de deux ou trois d'entre eux. Ils exécutaient laborieusement leur tâche, qu'ils l'eussent acceptée d'un grand personnage, comme c'est le cas de notre religieux, ou qu'ils l'eussent reçue de leur abbé, comme cet Yves, dont M. L. Delisle a étudié la compilation, et se préoccupaient aussi peu que possible de se faire connaître et de transmettre à la postérité les noms de ceux pour lesquels ils écrivaient.
Quelles sont donc les raisons qu'on peut avoir d'attribuer ce manuel d'histoire à un religieux de Saint-Denis ? Elles ne sont ni très nombreuses ni peut-être très probantes ; il nous a paru néanmoins nécessaire de les donner, parce qu'elles établiront une possibilité si elles ne produisent pas une conviction.
Nous ferons d'abord remarquer que notre chroniqueur a noté, avec
tant de soin, tout ce qui pouvait intéresser l'histoire ecclésiastique et
l'histoire de la liturgie qu'il est difficile de ne pas le supposer dans les
ordres et plus particulièrement dans le clergé régulier. De plus, il
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donne sur Paris des renseignements d'une telle précision qu'ils ont tout l'air d'être personnels. Ainsi, à propos du « moustier de N.-D. » fondé par Maurice de Sully, il dit que cet évêque fit abattre, pour donner de l'air audit « moustier », des maisons « qui estoient ou est orendroit rue Nueve 1 . » Ce qu'il a rapporté également du prix du blé et du vin, à la mesure de Paris, en i3i8, du froid de l'hiver de 1 325 et des conséquences désastreuses de la débâcle de la Seine — deux ponts de Paris furent emportés parles glaces — paraît sortir de la plume d'un témoin oculaire 2 . Si nous ne le croyions pas à l'abbaye de Saint-Denis, il faudrait le supposer habitant de Paris.
Mais il paraît avoir recueilli, avec un soin encore plus grand, tout ce qui pouvait intéresser cette abbaye. Il raconte assez longuement comment le corps de S. Pèlerin fut miraculeusement conduit à Saint- Denis et mis par les moines dans une châsse d'argent. « Et yci appert, ajoute- t-il, que il [y] avoit des lors moynes à Saint-Denis et que Dagobert, qui fu aprez lonc temps, ne fu pas le premier fondeur 3 . » Plus loin, il ne manque pas de dire que Dagobert avait une « moult grant devocion a l'église de Saint-Denis, en France », et il fait complaisamment le récit d'un miracle auquel donna lieu la dédicace de cette église. Cette dévotion de Dagobert à Saint-Denis lui valut d'être, au moment de sa mort, défendu par ce saint, qu'il avait comblé de présents, et arraché à l'enfer où des diables le conduisaient 4 . Charlemagne vint lui-même porter à Saint-Denis des témoignages d'actions de grâce pour les victoires qu'il avait remportées, etc., etc. Ce qui affaiblit un peu la signification de ces passages c'est qu'ils sont tous, à l'exception peut-être du premier, tirés de Vincent de Beauvais.
Si l'on considère cependant les relations que Philippe de Valois dut avoir, à cause de son château et de ses propriétés de Saint-Ouen 5 , avec ses voisins les religieux de Saint-Denis, on comprendra aisément qu'il se soit, en pareille circonstance, adressé à l'un d'eux. Cela paraîtrait tout naturel, s'il ne l'avait fait qu'après son arrivée au trône.
On sait, en outre, que les continuations de Guillaume de Nangis ont été rédigées à Saint-Denis. Or, quatre des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, dont trois de la seconde rédaction, sont accompagnés de continuations qui ne sont autres que ces continuations de Nangis. On peut donc supposer que le ou les manuscrits d'après les-
i. Fol. i63 yo .