‹ Etudes d'histoire du moyen ageChapitre 324 sur 326 · Tamquam hospitalia honesia · texte numérisé non relu

Tamquam hospitalia honesia

4. « Sciant Majestates Vestre pro cerio, quod, quando serenissimus et christianissimus rex

le roi de Hongrie à donner son assentiment. Une « fraternité » sera fondée de la sorte, qui aura les mêmes amis et les mêmes ennemis. Le pape nommera, pour chaque province de la chrétienté, un légat et un capitaine ; les prêtres paieront la dîme, les autres chrétiens contribueront avec leur revenu d'un jour. Quand tout sera prêt, on convoquera enfin ce concile général qui raffermira l'autorité du pape et de l'empereur, pendant que les armées de la ligue chasseront les Turcs de l'Europe. Ce sont, du reste, des choses depuis longtemps prévues par les prophètes et par ce « livre des anciens Romains, » que fit voir à l'auteur « un secrétaire du pape, qui s'appelle messire Biondo,le père des histoires l ».

Viennent ensuite les « considérations » citées. Marini réclame du pape la justice, la piété, la libéralité, des connaissances encyclopédiques (théologie, droit civil et canon, histoire, cosmographie 2 ), la prudence dans la consécration des ecclésiastiques. Il doit bien diriger les paysans, les soldats pillards et corrompus, les princes, les universités, •qui répandent les sophismeset les erreurs, les artisans et les marchands, qui fournissent des armes aux Infidèles. Le pape devrait aussi ne pas s'immiscer dans toutes les affaires des États chrétiens et exiger des ambassades à Rome 3 . Réuni à l'empereur, il ferait bien de visiter, tous les sept ans, la chrétienté entière, afin de prendre des informations pour la croisade et d'observer les mœurs et les moyens de chaque nation 4 .

Marini finit en récapitulant ce qu'il a dit sur son projet. Une assemblée préliminaire, tenue à Venise, devra prendre des mesures contre les ennemis de la bonne cause. Elle comprendrait les représentants de la France, de la Bohême, de la Hongrie, de la Bourgogne, ainsi que ceux de la Bavière et de la République vénitienne.

« Francie intelligere poierît vestras bonas voluntates, immédiate et sine mora conveniet cum « Majeslatibus Vestrts. »

i. « Eciam patet in quodam libro Romanorum antiquorum, ubi mi révéla tu m est per unum « secretarium pape, qui vocatur dominus Blondus, pater historiarum. » Flavio Biondo mourut «n 1463, ce qui constitue un nouvel argument pour la date que nous avons assignée à l'opuscule.

2. « Omnia ista sunt in libertate Sanctitatis Sue; qui cognoscit Sanctitalem Suam judicare k potest si Sua Sanctitas in aliquibus defuit. »

3. • Neque débet velle Sua Sanctitas, quod per quamiibet parvam litem vel différenciant « naciones christianorum debeant mittere ad Romam. »

4. Le passage qui donne la caractéristique des nations européennes a été reproduit dans les Comptes rendus de l'Académie de Bavière, Le.

4S4 N. JORGA

Pour s'assurer des adhésions, Marini entreprit aussitôt un voyage en Occident. Le 9 août 1462, les sénateurs vénitiens répondaient à ses communications, en faisant l'éloge de son projet. Ils promirent de participer à cette œuvre sainte, et engagèrent l'ambassadeur à continuer ses efforts; cependant, malgré les arguments que présenta Marini, ils persistèrent à croire que le pape, « qui est le chef et le souverain des chrétiens », devait être averti, ce qui ne pouvait devenir, du reste, que très utile pour l'entreprise 1 . En réalité, ils n'aboutissaient ainsi qu'à repousser l'idée de Marini, dont l'originalité consistait précisément dans l'élimination des deux chefs traditionnels de la chrétienté, dont on croyait le rôle désormais fini.

Louis XI, que visita ensuite l'ambassadeur du roi Georges, était sans doute, dans les mêmes dispositions. D'enthousiasme pour la croisade, il n'en avait guère ; le rusé personnage qui écrivait à son père 2 , en 1456, pour lui exprimer son désir d'aller combattre, avec son cousin Philippe de Bourgogne, pour « la défense de la foi catholique, » ne se sentait aucun goût pour les entreprises hasardeuses. Au pape et aux Vénitiens, qui réclamaient son secours contre Mahomet II, il demandait, tout en les assurant de son dévouement à la guerre sainte, Gênes pour lui et, pour son parent René d'Anjou, le royaume de Naples 3 . D'autant moins était-il disposé à s'embarquer dans une entreprise qui lui aurait aliéné le pape, si utile en Italie, auquel il venait de sacrifier la Pragmatique Sanction 4 . IL prétexta le manque de pleins pouvoirs de la part du roi Mathias, que Marini prétendait représenter aussi 5 , et se borna à faire solliciter à Rome en faveur de l'hérétique de Prague 6 .

Le 17 mars 1463, Marini était de retour à Venise et la République, inquiète sur le sort de la Hongrie, s'empressa de remercier le roi de France pour des intentions qui avaient été toujours celles de

Page 1