‹ Etudes d'histoire du moyen ageChapitre 47 sur 326 · Grég. de Tours, Vit. patrum, 3 ; De gloria martyrum · texte numérisé non relu

Grég. de Tours, Vit. patrum, 3 ; De gloria martyrum

Deux causes, en résumé, me paraissent avoir égaré certains historiens. D'abord les expressions de Sidoine Apollinaire : « tantum pectori suo catholici mentio nominis acet, ut ambiguas amplius ne suae gentis an suae sectae teneat principatum \ » Ensuite la propagande arienne, qui accompagnait chaque extension territoriale des Wisigoths, en Espagne par exemple, où les Suèves sont convertis à Parianisme par un certain Ajax venu de Toulouse 2 , en Gaule, où il se forme à Bourges un parti arien assez puissant 3 . Plus politique que religieuse, cette propagande tend à briser le dernier lien qui rattache les populations indigènes à l'empire, afin de les soumettre plus étroitement à la domination wisigothique. — Les rois de Toulouse ne ressemblent guère à des fanatiques ; en toute occasion, ils témoignent de leur respect pour les évoques catholiques 4 . Les principaux collaborateurs d'Euric, Léon et Victorius sont catholiques. Mais l'attitude du clergé, conciliante et presque bienveillante durant les premières années de l'occupation, s'était transformée en une hostilité déclarée, à mesure qu'apparaissait plus clairement chez les rois de Toulouse, chez Euric en particulier, l'intention de substituer leur propre puissance à l'autorité romaine. Très marqué chez Sidoine Apollinaire, ce sentiment se traduit dans la langue courante, par l'identité de sens que prennent les mots Romani et Catholici 5 .

Aussi, tandis que quelques évèques, comme Graecus, sont assez disposés à des concessions envers les Barbares, les autres, surtout ceux qui, comme Sidoine appartiennent aux grandes familles et représentent la tradition romaine, se font les chefs de la résistance. De là, dans les actes des Conciles, à partir de 45o, les pénalités portées à la fois contre les catholiques qui se convertissent à l'arianisme et contre les citoyens qui livrent leur ville aux Barbares 6 . On s'explique donc très bien l'attitude d'Euric vis-à-vis des catholiques : il a adopté des mesures de rigueur tant qu'elles lui ont paru nécessaires pour assurer sa domination; il les a rapportées ensuite.

Cependant ces mesures ont été de grandes conséquences pour les destinées ultérieures du royaume wisigothique. Elles ont créé chez la plupart des membres du clergé Gallo-Romain, un état d'esprit que n'ont pu effacer ni la politique conciliante d'Euric (après 475), — ni les dispositions bienveillantes de son fils Alaric II. A la fin

i. Sidoine, Ep. VII, 6.

a. Isid., De rcg. Goth., 90. — Idace, C/iron., XXXI, 8.

Page 1