SERENA, D APRES LE DIPTYQUE DE MONZA
bourrelet on en voit un second présentant la jnême décoration de bandelettes, mais de diamètre plus petit. M. Jullian est, à ma connaissance, le seul archéologue qui décrivant ce diptyque ait soupçonné dans l'accoutrement de Serena une coiffure artificielle, une sorte de bonnet emboîtant le crâne et non un arrangement particulier de la chevelure ; il n'a pas, au reste, cherché à déterminer ce genre de coiffure, dont la connaissance exacte n'importait pas au sujet qu'il traitait. J'avoue que décrivant à mon tour ce monument 1 j'ai pensé avoir affaire à une mode particulière imparfaitement traduite par le sculp-
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que devinrent les hautes coiffures du v" siècle par la
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leau diptyque de la cathédrale de Monza, où les en
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releti superposes. » (Tome 1", i* partie, v" Corn
leur, partant devenue incompréhensible. Car, sî je me rendais bien compte qu'il était possible de relever les cheveux tout autour de la tête, puis de les nouer sur le sommet, tout en les laissant assez lâches pour qu'en retombant ils forment un bourrelet autour du visage, qu'il était aussi possible d'en former un chignon de forme hémisphérique, je ne pouvais me rendre compte comment les bandelettes étaient entremêlées à la coiffure et repliées de façon à faire en quelque sorte partie intégrante de la chevelure.
Cette coiffure n'est pas une exception. Dans un monument appartenant au vi* siècle, la fameuse mosaïque de Saint-Vital de Ravenne
JUL1ÀNA ANICIA, D'APRES UN MANUSCRIT DE LA BIBLIOTHÈQUE IMPERIALE DE VIENNE.
représentant Théodora, femme de l'empereur Justinien, entourée de sa cour, on retrouve le même accoutrement. Ici ce n'est plus un exemple unique d'une coiffure de ce genre qu'on rencontre : on compte dans cette scène jusqu'à cinq femmes dont la tête offre exactement la même disposition, puis trois autres exemples d'une mode analogue un peu plus simple cependant. Théodora porte la même coiffure en forme de bourrelet que Serena, décorée de bandelettes verticales et agrémentée de perles; mais le bourrelet est surmonté d'un diadème d'orfèvrerie gemmé posé sur un fond rouge. Ici nous avons une indication de couleur qui fait défaut dans le diptyque de Monza : le bourrelet est noir et au lieu d'être placé en arrière des oreilles, il en cache la partie supérieure. Cinq des femmes qui accompagnent Théodora portent la même coiffure, mais bien entendu elles n'ont point de diadème et sauf chez l'une d'entre elles,
pour laquelle ta partie supérieure de la coiffure est de teinte blanche et de forme côtelée, chez toutes les autres cet ajustement est entièrement de teinte blonde et couvre complètement la partie supérieure de l'oreille. Enfin, chez trois autres femmes, la coiffure, de teinte blonde également, munie de bandelettes, parait être une sorte de calotte recouvrant le crâne et descendant fort bas sur le front.
Rien en somme, sauf les bandelettes dont la disposition demeure douteuse, dans les monuments dont je viens de parler, ni la teinte noire, ni la teinte blonde, n'excluent la possibilité d'une coiffure en cheveux, interprêtée d'une façon imparfaite par les artistes. Un manuscrit grec fort célèbre conservé à la Bibliothèque impériale de Vienne, le manuscrit de Dioscoride, en tête duquel est peint le portrait de la fille d'Olibrius, Juliana Anicia, permet déjà de soupçonner qu'il ne s'agit pas d'un savant échafaudage de cheveux, mais d'une coiffure artificielle, d'un bonnet : un premier bourrelet de teinte noire, très volumineux, entoure le visage de Juliana Anicia, mais le bourrelet plus petit qui le surmonte est de teinte rouge 1 . Il est assez surprenant de rencontrer ici cette teinte noire et cette teinte rouge que nous a déjà présentées le portrait de Théodora : on peut se demander si c'étaient là des teintes consacrées pour les femmes occupant un rang particulièrement élevé dans la hiérarchie byzantine, tandis que la teinte blonde que nous observons sur la tête des femmes de la suite de l'impératrice, à Ravenne, aurait été réservée à un rang inférieur. Aucun texte ne nous autorise assurément à être affirmatif sur ce point; mais étant donnés les errements de l'étiquette byzantine, le fait n'aurait rien de surprenant.
A s'en tenir aux seuls monuments que je viens d'indiquer, la question de savoir si on doit reconnaître dans cet ajustement une coiffure en cheveux ou un bonnet pourrait passer pour une simple hypothèse, ingénieuse sans doute, mais contestable. Une tête de marbre découverte à Rome, il y a quelques années, et à propos de laquelle l'archéologue qui l'a publiée n'a pas songé à soulever cette question, doit lever tous les doutes 2 .
Je donne ici un croquis de ce portrait découvert en 1888, à Rome, sur le tracé de la Via Cavour, près de la place de S. Maria dei Monti, au quartier de Subura. Presque de grandeur naturelle, ce marbre nous est parvenu à peu près intact ; seul le bout du nez a été brisé. C'est
1 . Voyez une reproduction en couleur de cetie célèbre miniature dans Labarte, Histoire des Arts industriels, 2« édition, t. II, pi. XLIII, p. 1 63 .
2. C. L. Visconti, Trovamenti di oggetti d'arte e di antichità figura la dans le Bulletino délia commissione archeologica comunale di Roma, 3 e série, 1888, pp. 120-123, pi. VI.
l'image d'une femme qui a déjà passé la première jeunesse, ainsi que semble l'indiquer son double menton. Sa tète est recouverte d'un bonnet qui descend presque jusqu'aux sourcils et cache la majeure partie de l'oreille, dont l'extrémité du lobe apparaît seul. Ce bonnet est décoré d'un diadème de perles et de chatons, enchâssant des pierreries, puis de fils de perles disposés verticalement comme les bandelettes dans les coiffures que j'ai citées. Ces fils se réunissent sur le sommet du bonnet que terminait peut-être, suivant l'hypothèse émise par M. Visconti, une croix ou un fleuron. Cette coiffure cache complète-