TETE DE FEMME DECOUVERTE A ROME EH
ment la chevelure, sauf sur le front où deux bouclettes de cheveux apparaissent sous le fil de perles, donnant en quelque sorte un échantillon de leur teinte '. M. Visconti, en publiant ce curieux monument, l'a considéré, en s'appuyant sur la forme de cette coiffure, comme un portrait royal. Il compare ce bonnet à la couronne dite couronne impériale et pense que ces insignes commencèrent à être en usage à l'époque de Justinien (527-565) et continuèrent à êlre portés à la cour de Byzance. Puis, après l'avoir rapproché avec raison de la coiffure que porte Théodora dans la mosaïque de Ravenne, il la compare,
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assez mal à propos, aux couronnes impériales qu'on voit sur les monnaies de Justinien ou sur celles des rois Ostrogoths. Enfin il propose de reconnaître dans ce marbre le portrait d'Amalasunthe, fille de Théodoric, épousée par Théodat après la more d'Athalaric, reléguée après son mariage dans une petite île du lac de Bolsène, puis mise à mort (535). Il ouvre aussi cet avis qu'on y pourrait peut-être retrouver les traits de Théodora ou de Sophie, femme de Justin II, ou encore d'Eudoxie, femme d'Héraclius Constantin.
Je ne suivrai pas le savant italien sur un terrain aussi glissant que celui des attributions iconographiques ; j'admets toutefois avec lui que ce marbre a pu être sculpté vers le vi c siècle. Nous ne possédons, en réalité, aucune donnée certaine pour asseoir scientifiquement un jugement et déterminer de quelle reine, de quelle impératrice nous possédons le portrait. Aussi bien, dans l'espèce, n'avons-nous point à nous préoccuper de cette question, bornons-nous simplement à constater que ce qu'on a pris généralement pour une coiffure en cheveux, est simplement un bonnet, sorte d'insigne particulier aux femmes occupant un certain rang social à Byzance.
Cette constatation n'est peut-être pas aussi inutile qu'elle en a l'air; ce mince détail de costume peut avoir parfois sa valeur si on veut déterminer la nature exacte de certains monuments, si on veut aussi reconnaître le sexe des personnages représentés. Il existe dans les collections du Musée de Vienne et dans les collections du Musée du Bargello à Florence, deux feuillets d'un diptyque byzantin célèbre que Gori et d'autres ont publié, en accumulant sur son compte nombre d'erreurs. On sait que le costume de la cour byzantine peut parfois laisser planer quelques doutes sur le sexe de telle ou telle représentation de la figure humaine : sous un accoutrement aussi somptueux, surchargé de broderies et de pierres précieuses, les formes disparais sent et en mainte occasion il est permis d'hésiter. C'est ainsi que dans ce diptyque, Gori, pourtant assez bon juge en la matière, a cru reconnaître les portraits de Justinien et de Justin 1 . Plus raisonnablement on y a reconnu depuis la représentation de l'impératrice Irène et c'est à cette opinion, la plus vraisemblable, que je me suis rangé. La coiffure du personnage, bourrelet orné de perles, passant par dessus les oreilles, surmonté d'un diadème terminé par un fleuron, absolument identique aux coiffures de femme que je viens de mentionner, vient
i . Voir ce que je dis de ce diptyque dans mon Histoire générale des arts appliqués à l'Industrie, t. 1 er , p. 42, n° 57 du Catalogue des diptyques; on trouvera au même article les indications bibliographiques relatives à ce monument.
encore fournir un argument nouveau pour faire considérer le diptyque de Florence et de Vienne comme représentant une impératrice et non un empereur.
De quelle couleur était cette coiffure ? Nous avons vu que le bonnet de Théodora était noir comme celui de Juliana Anicia, tandis que les bonnets des femmes de la suite de Théodora étaient de teinte blonde. Or ces deux teintes n'étant point de celles auxquelles, à Byzance, on attribuait une signification spéciale, n'y aurait-il pas lieu de supposer qu'à l'origine ces fconne(s,ces bourrelets, pour employer un terme moderne qui rend bien compte de la forme de l'objet, n'étaient que
l imperatrice irene, d'après le feuillet de diptyque de Florence.
de vulgaires perruques? Peu à peu ces perruques en forme de couronnes, grâce à leurs ornements d'or et de pierreries, ont pu devenir une couronne, un véritable «é(*(x«. Et de la sorte cette couronne avait encore l'avantage d'être un insigne, tout en concourant à donner au visage par sa teinte noire ou blonde l'apparence de la jeunesse.
Cette coiffure, ce n'est pas seulement sur des images impériales qu'on la rencontre, on la trouve aussi, dès le vi e siècle dans des osuvres byzantines ou exécutées sous l'influence de l'art byzantin. Il n'y a guère de doute qu'on ne doive la reconnaître en particulier sur plusieurs des bas-reliefs d'ivoire qui décorent la chaire de Pévèque Maximien, au Dôme de Ravenne : elle est surtout très visible dans le bas-relief représentant la Fuite en Egypte, dans lequel la Vierge est
représentée sous les traits d'une véritable matrone romaine 1 . Parmi les monuments byzantins de date plus récente sur lesquels on peut facilement discerner ce détail, il faut citer les images de la Vierge qui figurent sur un grand nombre d'ivoires byzantins ; ces images sont trop connues pour que je doive en donner ici la liste, il me suffira d'en signaler une des plus caractéristiques, l'une de celles qui, par ses grandes proportions, permet le plus facilement de constater ce que j'avance, la belle Vierge assise portant sur ses genoux l'Enfant Jésus, qui a fait partie de la collection Bastard 2 . Sur ce monument, que son style permet d'attribuer au xi e siècle, on reconnaît parfaitement la coiffure en forme de bourrelet descendant très bas sur le front et cachant les oreilles, ornée de bandelettes verticales. Des images byzantines de la Vierge, qui, évidemment exécutées à une époque postérieure, au xiu e et au xiv e siècle, sont une imitation de types iconographiques du X e et du xi e , montrent la persistance de la même coutume ; la \ ierge figurée sur le triptyque byzantin du Musée du Vatican est dans ce cas; il n'est pas très difficile de reconnaître encore les traces de l'ancienne coiffure dans les fils de perles disposées sans grande symétrie sous le voile 3 . Dans les collections du Louvre, parmi les sculptures du moyen âge, figure un grand bas-relief de marbre grec représentant la Vierge assise portant sur ses genoux l'Enfant Jésus. Cette œuvre, acquise jadis par le baron Davillier, provient d'Italie 4 ; mais il est assez difficile de discerner si on est là en présence d'une œuvre byzantine originale ou d'une copie exécutée par un artiste vénitien, à une époque relativement récente, au xm e siècle peut-être; la nature du marbre ferait plutôt pencher pour une origine byzantine. Quoiqu'il en soit, la coiffure que j'ai tenté de décrire plus haut y est figurée dans tous ses détails et à une telle échelle qu'aucun doute ne peut être élevé sur sa nature : c'est un bonnet destiné à cacher les cheveux ou à les remplacer.
Cette mode a-t-elle eu son contre-coup en Occident? a priori il serait téméraire de l'affirmer; les monuments à figures impériales ne
i. Ce bas-relief a été jadis gravé dans Gori, Thésaurus vtterum diptychorum, planches ajoutées au tome 111, pi. XII. Ce détail de costume, très visible sur l'original et sur les reproductions photographiques, est encore reconnaissable sur la gravure de Gori, quelque défectueuse qu'elle soit.
2. Publiée par Lenormant, Trésor de numismatique et de glyptique, t. II, pi. si ; Didron, Annales archéologiques, t. XVII, p. 363 ; Bayet, L'Art byzantin, p. 191.
3. Cfr. Linas, Ancien* ivoires sculptés; les triptyques conservés au musée chrétien du Vatican tt à la Bibliothèque de la Minerve à Rome ( 1 886, ; le triptyque est reproduit en photographie dans ce mémoire.
4. Ce bas-relief est exposé dans la petite salle près de la salle dite de Michel-Ange, sous le n° 280.
sont guère de ceux qui ont inspiré nos artistes; ce sont plutôt les étoffes, les ivoires et en général les monuments religieux de petite proportion d'origine byzantine qui ont pu influer sur le style et l'ornementation en Occident. Les figures de la Vierge, en particulier, ont pu dans une certaine mesure, à l'époque romane et même avant, par exception, être copiées par des artistes du pays, en France ou en Allemagne. Néanmoins, chez nous, presque toutes les figures de ce genre sur lesquelles on peut véritablement étudier des détails très menus de l'accoutrement, montrent la Vierge les cheveux divisés sur le front et