DU VII« AU IX* SIÈCLE
Par IMBART DE LA TOUR
Nous connaissons assez bien les origines et la nature de l'immunité. Mais l'immunité administrative, judiciaire, fiscale, n'est pas la seule. Les évêchés ou les monastères ont également reçu des franchises commerciales. Ces privilèges se présentent sous une double forme. Les uns sont inscrits simplement dans le diplôme de l'immunité; ils la complètent. Les autres sont consignés dans un acte spécial. Cette charte confère ordinairement au couvent ou à l'église une exemption plus ou moins étendue des tonlieus et des péages, parfois le droit d'établir des foires et des marchés, ou encore la propriété de l'impôt perçu par le roi sur les ventes et la circulation. Nous voudrions analyser ces documents. On sait le rôle qu'ont joué les grandes abbayes dans l'organisation économique du Moyen Age. Il n'est pas indifférent d'examiner les titres les plus anciens qui ont servi à l'établir et d'indiquer brièvement les renseignements qu'ils nous ont laissés.
La plus ancienne de ces chartes remonte au vn e siècle. C'est un diplôme de Sigebert II pour l'abbaye de Stavelot (65 1) '. A cet acte s'a-
i. Pardessus. Diplomate, n° $19.
joutent des diplômes de Childebert III pour Saint-Denys (710) et de Chilpéric II pourCorbie (716) 1 . Viennent ensuite des diplômes carolingiens de Pépin, de Charlemagne, de Louis le Pieux, de Charles le Chauve. Ces actes sont nombreux. Quatre ont pris place dans les formules impériales : un est un don de tonlieu à une église; trois sont des exemptions de l'impôt indirect dans tout l'empire ou des régions déterminées 2 . Notons ce premier fait. Les plus anciennes chartes d'immunité, celles qui sont insérées dans les formules de Marculfe et de Sens, ne contiennent aucune clause relative aux privilèges commerciaux du couvent 3 .
De cet ensemble de documents se dégage donc cette impression, que l'immunité commerciale est surtout conférée par les Carolingiens, à l'époque même où Tévêché et l'abbaye, devenus grands propriétaires, se transforment en commerçants privilégiés. C'est au vm e siècle que leur puissance économique se constitue.
Remarquons encore que la plupart de ces chartes sont concédées à des monastères. Sur une trentaine de diplômes, six seulement concernent des évêchés : Trêves, Angers, Orléans, Nevers, Paris, Vienne 4 . Ce n'est pas que les rois aient prétendu faire un partage inégal de leurs bienfaits. Ce n'est pas non plus que les abbayes aient été mieux dotées, plus riches que les églises épiscopales. Mais par leur situation sur les fleuves ou les grandes voies, le nombre de leurs moines, leurs règles même, elles formaient des colonies de travail aussi bien que de prières. Elles devenaient des centres importants de production, de consommation ou d'échange. On comprend ainsi la part qu'elles prennent au mouvement commercial de leur temps. Un grand nombre de transactions, au ix c siècle, se font par elles et à leur profit.
Analysons maintenant ces chartes d'immunité. Leur forme et leurs concessions sont très diverses. En voici une que nous empruntons aux formules de la chancellerie de Louis le Pieux 5 .
« A tous les évêques, abbés, etc., nous faisons connaître que le » vénérable homme Adam, abbé du monastère de Jumièges, nous a » présenté un diplôme de notre seigneur et père, d'heureuse mémoire, > Charles -Auguste, dans lequel il était écrit que lui-même et notre