SAINTE FOI, IMAGE D OR DU TRESOR DE CONQUES
descendant en bandeaux sur les joues. Il y a toutefois un monument d'un style bien particulier, très connu et qui me paraît au point de vue de l'ajustement des cheveux déceler une influence byzantine. C'est la figure d'or de sainte Foi, au trésor de Conques. Je n'ai pas à faire ici l'histoire de cette figure maintes fois publiée ' et sur laquelle il y aurait cependant encore beaucoup à dire ; il me suffira de rappeler sa date, la fin du x e siècle. On a toujours mis sur le compte de la barbarie de l'artiste la forme bizarre donnée par lui à la chevelure de la sainte : c'est un bourrelet qui fait le tour de la tête sur le front et sur la nuque
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en passant au-dessus des oreilles : des filigranes strient de distance en distance, régulièrement, ce bourrelet sur lequel est fixé une pierre audessus du front; une couronne fermée composée d'un bandeau articulé, de deux demi-cercles se coupant et de quatre fleurons surmonte cet arrangement bizarre, dont l'aspect très original, très byzantin, est complété par la paire de boucles suspendues aux oreilles de la sainte. Je ne voudrais pas que l'on pensât cependant que je considère la figure de sainte Foi comme une œuvre byzantine; ce monument a vu le jour en France et très vraisemblablement dans l'atelier monastique de Conques; mais bien des détails d'exécution trahissent une influence étrangère ; j'avoue que quelque inhabileté qu'on puisse supposer chez un artiste du X e siècle, j'ai quelque peine à croire que, livré à lui-même, il eût conçu une coiffure telle que celle de la sainte ; et j'admettrais volontiers qu'il s'est inspiré d'une œuvre byzantine, de bas ou de haut relief. Que lui-même ait pris pour un arrangement de cheveux ce qu'il voyait sur un monument byzantin, cela n'est guère douteux, puisque nous autres, modernes, nous nous y sommes souvent trompés; mais la coiffure de sainte Foi présente tant de ressemblance avec le bourrelet byzantin qu'il est permis d'admettre que c'est dans une œuvre byzantine que le moine de Conques a cherché son inspiration. C'est là une origine que, du reste, les boucles d'oreilles avaient déjà fait soupçonner.
En résumé un certain nombre de monuments byzantins, examinés de près, nous montrent l'usage en Orient d'un genre de coiffure jusqu'ici pris pour un arrangement particulier des cheveux et qui n'est qu'une espèce de bonnet ou de couronne suivant les cas, et cet arrangement paraît, dans certaines circonstances, avoir été imité en Occident.
Quant au nom qu'on donnait à Byzance à cette coiffure, j'avoue ne pas l'avoir découvert ; ni Codinus, ni Constantin Porphyrogénète ne nous l'ont révélé ; du moins je n'ai pas eu le bonheur de le rencontrer dans leurs œuvres si riches en renseignements archéologiques. Provisoirement on pourrait la nommer crré^a, puisque dans certains cas elle fait corps avec la couronne. Mais je ne doute pas que ceux qui étudient l'archéologie byzantine ne nous puissent révéler quelque jour son véritable nom, comme ils pourront augmenter la liste fort courte des exemples que j'ai signalés. Il me suffira d'avoir cherché à distinguer le vrai du faux et montré que ce que nous prenions pour des cheveux n'était qu'une vulgaire perruque.