‹ Etudes d'histoire du moyen ageChapitre 99 sur 326 · Lettre a · texte numérisé non relu

Lettre a

a. Lettre 40 : « consensu fratrum nostrorum X. Kl. decembris coenobium Ferrariense mih » commissum est, dominusque noster Karolus mira me dignatione fovens gratia sua donavit.» Remarquer l'habile équivoque de la phrase ; il est difficile d'y voir s'il y a eu élection canonique ou si les moines ont seulement accepté l'abbé que le roi avait désigné. — Plus tard, écrivant à Hincmar (Lettre 42, fin 845 ou commencement 846), il n'hésitera pas à parler de son élection : « a fratribus electus sum »; et de même en s'adressant au roi (Lettre 45, du même temps) : « Monachi, quos ad eorum votum electionemque michi commisistis. »

3. C'est l'opinion de Baluze, B. Lupi... Opéra, ed, 1710, pp. 337, 3S6, 385, répétée depuis par tous ceux qui ont eu à parler de Loup de Ferrières. Cf. notamment Fr. Sprotte, Biographie des Abtes Lupu% von Ferrières, Ratisbonne, 1880, p. 38, et E. Marcwald, Beitrmgexu Servatus Lupus Abt v. Ferrièret, Strasbourg, 1894, p. 61.

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formellement contredite par un document depuis longtemps publié.

Devenu abbé de Ferrières, Loup, se montrant aussitôt dévoué aux intérêts de son abbaye, comme il ne cessa de l'être dans la suite, s'empressa de solliciter de la faveur royale, la confirmation des anciens privilèges, et ne tarda pas à l'obtenir. Un diplôme de Charies-le- Chauve, considérant * que le vénérable Loup, abbé du monastère de Bethléem, vulgairement Ferrières, s'est présenté devant la majesté royale et a produit entre autres privilèges octroyés par les anciens rois, ceux qui ont été concédés à l'abbaye par l'empereur Louis »>, confirme à la prière dudit abbé ces privilèges et notamment l'immunité, la concession du monastère de Saint-Josse-sur-Mer due à Louis-le- Pieux, et enfin le droit, déjà reconnu aux moines, d'élire leur abbé selon les prescriptions de la règle bénédictine. C'était en quelque sorte la rançon de l'usurpation du nouvel abbé.

Ce diplôme, publié dès 1610 par D. Morin, est ainsi daté :

Datum VI. idus m ai as, anno primo Christo propitio regni domini Karoli gloriosissimi régis, indictione [un.] Actum Atiniaco palatio. [In Dei nomine] féliciter [Amen].

Ce qui revient au 10 mai 841.

Ce document, d'une authenticité incontestable, et dont l'original, à l'abri de tout reproche, est conservé aujourd'hui aux archives départementales du Loiret ', a échappé jusqu'ici aux recherches des éditeurs et des biographes de Loup de Ferrières dont il ruine complètement tout le système.

Si Loup, abbé de Ferrières, obtenait du roi dès le 10 mai 841 unprivilège en faveur de son abbaye, il faut nécessairement placer au 22 novembre 840 la date de sa nomination, admettre que la disgrâce de l'abbé Odon, remonte aux premières phases de la lutte entre les fils de Louis-le-Pieux, et qu'elle fut probablement la conséquence des relations qu'il eut avec Lothaire lorsque celui-ci, au milieu d'octobre 840, occupa la région où est située l'abbaye de Ferrières 3 . Par suite la lettre à Jonas d'Orléans a dû être écrite par Loup peu de temps après son installation (i3 décembre 840), aussitôt qu'il éprouva le

1. Orig. scellé, Arch. du Loiret, fonds de l'abbaye de Ferrières. Publ. par D. Morin, La naissance miraculeuse de la chapelle de Bethléem en France, fondée en l'abbaye royalle de Sainct-Pierre et Sainct-Paul de Ferrières en Gastinoys au dioceze de Sens. A Paris, chez Gilles Blaisot, MDCX,in-8°, p. 141. L'original retrouvé a la cure de Ferrières a été signalé en 1871 par F. Maupré dans le Bulletin de la société archéol.de l'Orléanais, t.V, p. 261, mais avec la date fautive de 840. Le diplôme a été publié d'après l'original par les nouveaui éditeurs de V Histoire du Gastinois de D. Morin, t. III (1889), p. 176.

a. Voy. Bœbmer-Mûblbacher, Die Regesten der Kaiserreichs unter den Karolingern, t. I, pp. 394, 395.

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besoin de justifier sa conduite, c'est-à-dire à la fin de décembre 840 ou en janvier 841 ; celle au contraire qui est adressée à Hraban Maur ne fût écrite que plus de deux ans après, lorsque les circonstances permirent à l'abbé de Ferrières de correspondre avec un partisan de Lothaire, sans risquer de devenir suspect, c'est-à-dire à la fin de Tannée 842, après la conclusion de la paix.

Il est facile de concevoir combien ce seul changement de date doit apporter de modifications à la chronologie des lettres de Loup de Ferrières. Je me bornerai à en montrer l'importance par un seul exemple.

Avant de remplacer Odon sur le siège abbatial, Loup lui prêtait le secours de sa plume. Parmi les lettres qu'il écrivit ainsi au nom de son abbé, l'une (lettre 24), adressée au chancelier Louis, lui rappelle qu'avec sa permission Odon a dû, pour cause de maladie, abandonner l'expédition d'Aquitaine, explique qu'il n'est pas encore rétabli, l'excuse de ne pas s'être rendu à la convocation de rassemblée où il a envoyé ses hommes sous la conduite du comte, afin qu'ils s'acquittent de leurs obligations militaires. Une autre (lettre 2S), adressée au même personnage, expose que depuis deux années, les hommes de l'abbaye, seuls ou sous la conduite de leur abbé, n'ont pas cessé de supporter les charges et les fatigues d'une expédition militaire, qu'ils ont à ce service épuisé leurs ressources et sont accablés par la misère ; Odon sollicite pour eux la faveur de regagner leurs foyers où ils pourront respirer un peu et amasser de quoi faire face à une nouvelle campagne. Il exprime ensuite des craintes, que l'avenir devait bientôt justifier, sur l'ambition des clercs du palais qui jettent leur dévolu sur les abbayes pour satisfaire leurs appétits, rappelle que l'abbaye de Ferrières n'est pas une proie de nature à satisfaire un ambitieux, et termine en exprimant toute sa confiance dans le chancelier pour garantir sa sécurité.

Ces deux lettres ont été généralement datées de 842, et les allusions qu'elles contiennent appliquées à l'expédition d'Aquitaine qui eut lieu en cette année. Maintenant que nous savons qu'Odon avait cessé d'être abbé depuis le 22 novembre 840, nous devons les entendre au contraire de la guerre commencée quatre ans plus tôt, lorsque Louisle-Pieux, pour réprimer la révolte des fils de Pépin I er privés de l'héritage de leur père, réunit à Châlons,le i er septembre 83c, une armée qu'il emmena en Aquitaine, où, après avoir été décimée par la fièvre, elle hiverna à Poitiers ' . L'état de guerre se perpétua en Aquitaine

1. Nithard, Historiae, lib. I, 8; Annales Berlin., a. 839 ; Annales Fuld., a. 839.

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après la mort de Louis-le-Pieux : c'est à ce moment que furent écrites les deux lettres qui nous occupent, probablement au mois de juillet et dans tous les cas entre le 2 1 juin et le n août, car elles sont en relation avec la lettre 28, adressée à l'évêque Jonas d'Orléans, dans laquelle, à cette date du 1 1 août 840, le même abbé Odon annonce que ses hommes sont revenus la veille de l'expédition d'Aquitaine, et raconte les nouvelles qu'ils ont rapportées : l'organisation du protectorat (tutela), l'attribution des commandements et la distribution des garnisons. Ainsi groupées, ces trois lettres s'éclairent réciproquement, prennent une importance nouvelle et d'autant plus grande que ce sont, avec quelques mots de Nithard ', les seuls documents qui nous renseignent sur les événements d'Aquitaine à ce moment.

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