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3. Spitta, Die urchristlichen Traditionen ûber Ursprung und Sinn des Abendmahls dans ses Zur Geschichte und LUI. de» Urchr. (Gôl-
Uiigen 18î>3), p. 2SS--2!tO,
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jndaïsantes aussi de sa phrase, veut exprimer, d'abord, que les nouveaux convertis, en devenant chrétiens, sont demeurés fidèles à la loi juive. En efTet, clinqii'' jour ils se rendent au Temple, et ils rompent le pain dans leurs demeures. L'écrivain oppose fortement Σpov à olxo;, la dévotion au Temple à la fraction du pain, la dévotion au Temple par quoi les nouveaux convertis sont encore juifs, la fraction du pain, semble-t-il, par quoi ils sont chrétiens. Il veut exprimer, en second lieu, que cet état d'âme est pour les nouveaux convertis accompagné dune grande paix : il l'exprime par une tournure biblique bien connue, en disant qu'ils prennent leur nourriture en liesse. Notez qu'il ne dit pas qu'ils la prennent ensemble. Ils sont en paix, en joie, sans inquiétude : ils glorifient Dieu, et leur foi nouvelle ne leur suscite aucune animosité de la part des juifs, ils trouvent grâce auprès du peuple de Dieu, auprès du peuple tout entier.
Ainsi analysé, le texte judéo-chrétien s'éclaire vraiment et l'intention judaïsante de son auteur se manifeste : mais l'agape s'évanouit.
Peut-être le fait de manger en liesse implique-t-il une intention encore, qui nous est suggérée par un fragment, judéo-chrétien au premier chef, de VEvangile selon les Bébreux.
Saint Jérôme a lu dans V Evangile selon les Hébreux que le Seigneur, ressuscitant, donna son linceul au serviteur du grand prêtre, et, sen étant allé, apparut à saint Jacques. Or Jacques avait juré de ne plus manger de pain depuis l'heure où ii avait bu le calice du Seigneur jusqu'à ce qu'il vît le Seigneur ressusciter des morts. Le Christ ap-
parut donc à Jacques et lui dit : Qu'on apporte une table et du pain. Puis il prit le pain, le bénit, le rompit et le donna à Jacques en disant : Mon frère, mange ton pain, car le fils de riiomme est ressuscité des morts ^
On voit, à ce trait, l'importance que pouvait prendre aux yeux des disciples de la première heure le fait de manger joyeusement, et pourquoi le récit judaïsant des Actes l'a souligné ainsi. Mais ce môme récit n'a pas, pour autant, confondu la fraction du pain avec ce repas, et sur ce point précis la source paulinienne (B) ne dit pas plus que la source judéo-chrétienne (^4). Ce que Ton doit concéder, cependant, c'est que nous avons plus d'une fois quelque peine à ne pas confondre, ainsi au repas d'Kmmaûs, le geste familier du convive qui rompt le pain avec ses compagnons de table et le geste auguste de la fraction eucharistique du pain. La dilférence de Tun à l'autre est le fait de la foi, non du signe. Or la foi judéo-chrétienne avait tendance, bien évidemment, à amoindrir la signification du signe. Tandis que la source paulinienne [B] parle de la fraction du pain comme d'un acte purement religieux et la place sur le même rang que la Ôi5a/r, et la 7rpoj»u/r', la source judéo-chrétienne (/l), qui voit d'abord le culte du Temple, subordonne la fraction du pain, en la réduisant à une observance privée, en en faisant une sorte de rappel intime du Christ, un acte journalier et domestique, qui ne se distingue i)lus de la
1. Hier. Vir. inl. i. — Nestlé, A. T. gr. iiupplem. (Lci|)zig 1890) I». 79.
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fraction familière du pain à tabhi que par l'acte (le foi qui laccompagne.
La tradition des églises qui n'étaient point judaïsantes fut, au contraire, d'entourer la fraction Viturgique du pain d'une solennité croissante, dont témoigne le récit du séjour de saint Paul à Troas. On y peut constater que les fidèles se réunissent pour la fraction du pain « le premier jour des sabbats », c'est à dire le dimanche; ils se réunissent dans une chambre haute, le soir à la clarté de « beaucoup de lampes », en dehors de tout repas. Paul, qui est présent, parle, jusqu'au milieu de la nuit. Puis il rompt le pain. Et quand le pain a été mangé, Paul parle encore jusqu'au lever du jour^ Ce récit est d'acord avec le petit schéma de Act. II, 42 : Paul donne aux fidèles de Troas la prédication (5iSa/>i) des apôtres ; les fidèles assemblés, font éminemment acte de xoivwvia; leur assemblée, étant religieuse, ne pouvait être qu'une forme de îrpoceu/r^; ils célèbrent ainsi assemblés la fraction du pain. Peut-être, à cet égard, l'éloignement du Temple contribua-t-il à donner une valeur liturgique plus sensible à ces réunions chrétiennes imitées des réunions des synagogues de la Dispersion, et à en effacer toute trace de la familiarité primitive.
La scène de Troas nous a préparés à aborder une église paulinienne. Qui croirait que c'est précisément dans une pareille église que nous allons trouver l'eucharistie pratiquée tout autrement qu'à