De paenit. VI
traîne une diiTérence de publicité dans la prédication, dans le culte. Cela n'avait rien de nécessaire, et, de même qu'on n'y avait pas eu recours pendant les deux premiers siècles, on y renoncera au vi" siècle et depuis. Cette diiTérence de publicité s'établit d'elle-même. Terlullien on fournit la plus ancienne attestation quand il reproche aux hérétiques de ne la pratiquer pas : « Pariter audiunt! » Elle est un fait accompli au temps d'Origène, qui l'exprime bien, lorsque, préchant devant toute l'église assemblée, il suspend son développement au moment où il serait amené à parler de l'eucharistie. Saint Justin s'adressant au sacré sénat et à tout le peuple romain, avait parlé sans réticence de ce qu'Origène traite maintenant par prétérition en prêchant dans une église. Le Christ, vrai pontife, dit Origène, vous a réconciliés par son sang à son Père, non pas un sang matériel, mais le sang du Verbe, le sang de celui qui disait : « Ce sang est le mien qui sera répandu pour vous en rémission des péchés. )) Et Origène, comme s'il en avait déjà trop dit, s'arrête : « Quiconque parmi vous a été initié aux mystères connaît la chair t't le sang du Verbe de Dieu : n'insistons pas sur ces choses qui sont claires pour qui les connaît et doivent rester obscures pour qui les ignore : Novit qui mijsteriis inihutiis est et carneni etsanguincm Vcrhi Dei : non immoremnr in his quae scientibiis nota sunt, et ignorantibus potere non possunt '. »
Ainsi s'exprime Origène dans une homélie prêchée devant toute l'église, devant les fidèles et les catéchumènes. Observez comme ses réticences ont
\. In Levit. homil. IX, iO. Cf. \U\, 3 clin Gcn. ftomil. XVH, 8; In ^'um. honiil. V, 3; In ludic. homil. V, G, elc.
Tapparence d'un artifice. Car si, devant les catéchumènes, il doit se taire de tout ce qui concerne Teucharistie, il ne laisse pas de donner à entendre qu'les mystères auxquels ont été initiés les fidèles ont pour objet le corps et le sang du Verbe de Dieu immolé sur la croix pour la rémission des péchés, d voilà déjà plusieurs articles du symbole joints à une indication assez claire sur l'eucharistie. Si donc désormais dans la prédication ecclésiastique on réserve le programme propre de la catéchèse, c'est par une convention bien factice. De plus, et ceci est capital, cette réserve affecte la prédication ecclésiastique, mais non l'enseignement écrit, car en tel autre passage, non plus de ses homélies, mais de ses commentaires, Origène expliquera longuement et dans tous les détails, le mystère qu'il déclarait réserver quand il prêchait ' . Or ces commentaires n'ont rien d'ésotérique et d'arcane. Origène même en tirera un argument contre Celse, qui reprochait au christianisme d'être secret : « Notre doctrine est secrète, allons donc ! Tout l'univers connaît la prédication (xr^puyact) des chrétiens mieux que les opinions des philosophes. Qui donc ignore la conception virginale de Jésus? Sa crucifixion, sa résurrection, le jugement à venir qui punira les pécheurs et récompensera les justes? Le mystère de la résurrection est connu, et même il est tourné en ridicule par les infidèles. Après cela, dire que notre doctrine est secrète, c'est dire une absurdité ^. » Mais que dans le christianisme tout ne
\. \o\ez In Mat. comment, ser. 85-86, où Origène traite de l'institution de l'eucharislie.
2. Contra Cels. I, 7. et. Clem. Al. Paedagog. I, G (P. G. VKI, 289 B.) et Cuis dives, 23 (IX, 628 D).
soit pas exotcrique, que certaines choses ne soient point liAtivement répandues dans le public, cela est commun aux clirétiens et aux philosophes ^
La mise à part des catéchumènes, attestée au m*' siècle, pour Carthage, par Tertullien, pour Césarée et Alexandrie, par Origène, pour Rome, par les Canons d*Hippofyle, a introduit dans la prédication ecclésiastique cette convention, qui veut qu'on ne parle point des « saints mystères » devant eux, et dans la liturgie cette règle qui veut qu'on ne la célèbre pas eux présents. Cette convention et cette règle constituent un usage établi, dont on exagérerait la portée en le traitant de loi. De fait, aucun concile ne la formulée. Plus encore, elle n'est exprimée par aucun des documents qui expriment les institutions morales et liturgiques de l'ancienne Eglise, comme la Didachèy comme les Canons dllippolyte, comme la Constitution ecclésiastique apostolique^ comme la Constitution ecclésiastique égyptienne, comme le Testament du Seigneur, comme la Didascalie des apôtres jCOxnuiQles Constitutions apostoliques j comme les Canons apostoliques.
L'institution du catéchuménat a donc donné naissance à cette discipline observée désormais dans la liturgie et dans l'homilétique vis-à-vis des catéchumènes. Combien il y a loin de cette discipline au secret des mystères païens comme à Tarcane ima-
i.Ibid.a. Strom. V. 10.
giné par les scolastiques du xvii' et du xviii* siècle! Les textes et les faits sont là pour le dire. On n'aurait jamais mis par écrit les formules sacramcntaires, assurait-on. Mais la littérature chrétienne, contemporaine du temps où la discipline du catéchuménat a été en vigueur, antérieure à l'apparition des plus anciens sacramcntaires, ne manifeste aucune réserve. Pour ne citer qu'un exemple, l'euchologe de saint Sérapion de Thmuis, retrouvé tout récemment, nous a donné le texte de Tanaphore de la messe avec le texte même des paroles de la consécration, et aussi bien la formule de l'ordination des diacres, des prêtres, des évêques^. La discipline du catéchuménat n'interdisait donc pas d'écrire et de transcrire toute la liturgie. Car ce même euchologe atteste que le catéchuménat existait, il donne le texte de la bénédiction que révoque prononçait sur les catéchumènes au moment de les congédier, après l'homélie, avant l'anaphore : « Qu'ils soient gardés par toi. Seigneur. dans la science de ce qu'ils apprennent et dans la pureté de l'intelligence, qu'ils soient estimés dignes du bain de la nouvelle naissance et des saints mystères (xcov àyioiv (j-uaTrjpiojv), » c'est-à-dire de l'eucharistie.
Les ennemis de saint Athanase lui reprochent le sacrilège qu'aurait commis un de ses prêtres, Macaire, qui, chargé d'interdire toute fonction sacerdotale à un arien, Ischyras, — lequel n'avait reçu aucune ordination et se prétendait le prêtre de son village, — aurait fait violence à cet Ischyras, brisé le calice dont il se servait, et jeté à terre les espèces par