Ephcs. XIII
saint (^yioç), initié ([jiuou|X£vo<;) : le Seigneur est mon hiérophante (t£po:pavT£Î), il consacre le mystc en Tintroduisant dans la lumière (tov (xu(iTy,v ccppaYi^jeTa-. îpwTaYWYwv) . . . Et donCj lecteur, sois initié ((xuou) *. »
La phraséologie éleusinienne est pour la première fois appliquée au royaume de Dieu avec un manque de goût absolu par ce syncrétiste maladroit qu'est Clément; et, par un abus plus fâcheux encore, elle est appliquée bientôt par lui à la liturgie même.
Ce classicisme reste propre à Clément. Origène y répugne et surveille son lexique. Une fois seulement, ayant à répondre à Celse qui opposait au christianisme la pureté morale que les mystères grecs exigeaient de leurs initiés, Origène reprend les termes de Celse. Nous exigeons, dit-il, que quiconque aspire au christianisme change d'abord de vie, et quand le postulant s'est amendé, alors nous l'appelons à nos mystères (Itti xàç Trap' fjuTv TeXeraç). Origène développe sa pensée par allusion aux expressions de Celse : Quiconque est pur, non de crimes, mais môme de fautes minimes, qu'il ait confiance, qu'il soit initié aux mystères de la religion de Jésus (aueiaOoj Ta (jLuarjQpia x^ç xa-rà 'I-/)aouv Ozoai^eia;). La myste de Celse (ô KsXdou (jLijGTrj;) dit : Celui qui n'a conscience d'aucune mauvaise action, qu'il vienne! Le mystagogue selon Jésus (ô xaià tgv IriGouv ti.ucrTaYWYc!jv) dira : Celui à qui depuis un temps déjà long son âme ne reproche rien^ qu'il apprenne! Origène sent trop la diflérence qui distingue l'initiation païenne et la pédagogie chrétienne, pour voir dans la première une
1. Cohort. ad gent. 12. Sur le sens païen rituel des mots ây:c>;, o-çpayiç, çwTiTfJLo; (çcoxaçîriJYetv), voyez G. AVobbermix, ReligionsoeschichtUche Studien (Berlin 189G), p. 59, 144, ioi.
siinilIUule de la seconde. VA avec quelle observation délicate des nuances il applique à la seconde les vocables de la première * !
La séduction grande alors des syncrétismes obligeait un catéchiste comme Origène à observer cette abstinence rigoureuse de termes païens. Au iv** siècle, au contraire, ce danger n'existait plus; le paganisme n'exigeait plus cette attitude de la part des écrivains et des orateurs ecclésiastiques; peut-être aussi la langue ecclésiastique tendait-elle à se séculariser, et la « Belletristique » chrétienne à sacrifier au goût profane. Saint Athanase, saint Basile, saint Jean Chrysostome, déjà attestent cette transformation. Et comme les mots suggèrent les choses, saint Basile en vient à parler dune « didascalie arcane gardée par nos pères dans un [religieux] silence » ((^TroppviTo; SiSaaxaXia). Et comment, en effet, aurait-on osé mettre par écrit et publier une doctrine que les non-initiés ne pouvaient contempler? & ooos £7ro7:T£u£iv e;£(jTi Toîç (xijLu>iToiç ^. Saint Basile est dans la logique des mots qu'il emploie, £TC07TT£ueiv, à[xur,To;, àT:oppr,To;, et dans la fiction que crée cette langue trop classique.
La littérature du iv° et du v® siècle abonda dans cette faiblesse d'emprunter à la langue classique ses expressions religieuses: ainsi feront les Humanistes, un jour. M. Bonwetsch a noté que les Pères eurent le tact de réserver le mot opyva au culte des païens, ou au culte des hérétiques, etde ne l'appliquer jamais aux rlioses de l'Eglise ^ : encore avions-nous vu Clément d'Alexandrie parler des (xetxvà opyia des bienheureux