‹ Etudes d'histoire et de théologie positive (volume 2)Chapitre 46 sur 118 · IiutulgcnzEdict, p. lli · texte numérisé non relu

IiutulgcnzEdict, p. lli

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nous avons VU Tertullien reprocher à Callistc d'avoir invoqués dans son édit. « Si quelqu'un, constitué dans l'ordre ecclésiastique, contracte naariage, il demeurera dans la charge de son ordre comme s'il n'avait pas péché, car c'est de ce cas que l'apôtre a dit : Qui es-tu pour juger le serviteur d'autrui? A ce cas encore se rapporte la parabole de la zizanie : Laissez la zizanie grandir avec le blé, c'est-à-dire laissez le pécheur dans l'Eglise. L'arche deXoë, dans laquelle il y a des chiens, des loups, des corbeaux, tous les animaux purs ou impurs, n'est-elle pas aussi une figure de l'Église? Voilà TEglise, disait Calliste. Et il interprétait tout dans ce sens. » Il est clair que le texte Tu qiiis es qui iudices alienum servum, ne peut avoir trait aux pécheurs soumis à la pénitence publique, puisque précisément ces pécheurs se soumettent au jugement de tous : ce texte, au contraire, convient très bien aux membres de la hiérarchie que l'édit entend soustraire au jugement, à la condamnation de tous ; de même la parabole de la zizanie et la similitude de l'arche ne convient pas à des pécheurs que l'on absout, quoique la conclusion soit ici moins rigoureuse. En toute hypothèse, il reste que ces motifs rappelés par les Philosophoumena sont de ceux aussi que rappelle le De pudicitia : « Filios Dei miséricordes et pacificos esse oportebitj... non iudicantes ne iudiceniur : ... Tu quis es ut servum iudices alienum » (i, 2). Pour cette raison, M. Rolfïs n'a pas hésité à attribuer à l'édit l'interprétation du Sinite zizania et la similitude de l'arche, fournies par les Philosophoumena : pourquoi n'y pas inclure les dispositions concernant les membres de la hiérarchie ?

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Ondira : Comment alors expliquer que Tertiillien, aussi animé contre Calliste (jue peut l'C-ivc l'auleiir des P/uiusophonniena, n'ait pas combattu Callislci (le cechefr' — S'il est vrai, comme ilsemble bien, que la dernière partie du De piidicitia nous manque, on peut conjecturer que c'est sans doute dans cette dernière partie que Tertullien, après avoir attaqué les pouvoirs reconnus aux martyrs, attaquait l'exemption des évè([ues, dos prêtres et des diacres. Ouelie arme contre les catholiques pour un monlaniste! ( hicll»' occasion de critiquer ce clergé et son ministère de gouvernement, si différent de l'idéal di^ « l'homme spirituel » que le Paraclet et ses charismes se vantaiiMit de produire dans le montanisme? Quoi triomphe pour cette continence que l'T^sprit réclamait de ses fidèles? On n'a qu'à lire le De monogd/nia, où Tertuliien combat les secondes noces, pour se rendre compte des invectives qu'il aurait adressées aux Psychiques : « Prospiciebat Spiritus sanctus dii'turos qiiosdam : Oninia licent episcopis! Siciit ille vester Ltldnensis ncc Scdntifiinni linuiit. Quot enini et dif^nmi praesident apiid {>os, insultantes lUi- (jiie Apostolo '... »

Les Philosophoiimena du moins expriment quel- (pie chose des sentiments qui ont dû être ceux de Tertullien, quand ils dénoncent Calliste comme un corrupteur des mœurs. A partir de son pontiticat, disent-ils, on vit recevoir dans les ordres des évoques, des prêtres, des diacres, qui avaient été mariés deux fois, trois fois. Kt reprenant toute la controverse du Dcpudicitia^ lePhilosophouméniste écrit : « Ce fourbe

l.Dcmonognmm, 12. H esl fait allusion à IVvt^quc (catholique) d'itliina.en Alrifine. l.a loi Scanlinia esl celle qui condamne les pèdéraslcs.

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[(jirélait Callisle^ a formé contre Tli^glisc une (moIc : le premier ii a osé déclarer permises toutes les impudicités, quand il a enseigné qu'il remettait les péchés. Que quelqu'un, dans quelque secte chrétienne que ce soit, se rencontre qui ait péché, son péché ne lui sera plus imputé, pourvu qu'il vienne à l'école de Calliste. Cette doctrine fut embrassée par beaucoup : on vit des hommes dont la conscience était pleine de remords et qui même avaient été rejetés de maintes sectes, on en vit qui par nous avaient été solennellement chassés de l'Eglise, passer au parti de Calliste et remplir son école... Ses auditeurs se complaisent dans ses principes, victimes, eux et beaucoup dautres. qui en foule accourent à son école. Le parti de Calliste grandit en nombre et il s'en enorgueillit : les impudicités font son succès, des impudicités que le Christ n'a jamais permises : au mépris du Christ, aucun péché n'est plus défendu, et le Christ est censé pardonner à quiconque veut » Ces déclamations

manquent de la belle rhétorique de Tertullien I [Mais elles montrent quel triomphe menait le parti rigoriste de l'indulgence de Calliste, avec cette intransigeance des petites Églises, peu soucieuses de sadapter aux conditions universelles.

Pour en revenir au point précis qui nous occupe, Calliste, en exemptant les membres de la hiérarchie de la pénitence publique, témoigne que pour les péchés réservés à Dieu, nommément pour lincontinence, il n'existait pas de voie ordinaire conduisant à l'absolution autre que celle de la pénitence publique'. Ainsi d'un côté, et nous l'avons appris de

i. Les textes dont nous disposons ne nous apprennent rien sur la voie extraordinaire par laquelle les clercs fornicateurs se réconci-

Tcrtiillicn, le plus grand nombre des pécheurs étaient enclins à se soustraire à cette dure expiation de l'exoniologcse et à garder leur péché dans le secret de leur conscience, — premier déficit, — et d'un autre côté Calliste était amené à exempter les clercs de cette même exomologèse pour n'exposer pas la hiérarchie, — deuxième délicit. La discipline existante, mal adaptée à la réalité, appellera encore de nouvelles modifications.

Nous avons vu quelle opposition indignée Tédit de Calliste souleva chez les montanistes, et aussi chez les rigoristes romains dont l'auteur dcsP/iilosophoumena est le porte-parole. On voudrait savoir par quels sentiments la discipline consacrée par Calliste tut accueillie dans les Églises autre que l'Eglise romaine ; mais la rareté des documents est pour rendre pareille enquête bien courte.

En Afrique, lorsque, quelque trente ans plus tard, se posera la question do savoir si on doit absoudre les lapsi, saint Cyprien reproduira les mêmes arguments que Calliste, pour défendre la thèse de l'indulgence. Toutefois saint Cyprien ne fera ni mention ni usage de ledit de Calliste, et peut-être ne l'a-t-il pas connu : ce point a été mis en bonne lumière par M. Rolffs' .Mais un mot de saint Cyprien témoigne que la question de l'absolution des incontinents avait •'té soulevée en Afrique vers le même temps qu'à

llaicnl à Dieu : au v* siècle, l'cxcmpUon posée par Calliste subsistant «•ocore. nous aurons à y revenir.

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