Epistul. uin, 8. Cf. LY
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Le concile de Carthaj^c, qui s'était ouvert au doLut d'avril 251, fut clos en juin. Les résolutions qui y avaient été votées furent communiquées à tous les évéïjucs des grands sièges, à Uume, à Antioche, notamment.
Pendant ce temps, la cabale des confesseurs, matée à Clarthage, portait sur Rome tout son effort. Nous avons noté comment à Cartilage elle était ralliée autour de quelques prêtres, dont le leader s'appelait Nuvatus. Ces prêtres étaient ceux qui avaient entrepris de rendre la communion aux Icipsi sur le simple vu du billet de communion délivré par les martyrs : on sait avec quelle énergie Cyprien les avait condamnés, et le concile de Cartilage après lui. Le dossier de Novatus était fort chargé, dès avant que s'ouvrît l'affaire des la psi; son caractère, sa violence, son avarice, des faits plus graves, avaient motivé une enquête que l'ouverture de la persécution interrompit; Cyprien (lu, 2) le représente comme une sorte de Catilina ecclésiastique. Impuissant à Carlhage, il passa la mer et survint à Home pendant la vacance du siège, au moment où Xovatien était le prêtre le plus marquant et vraisemblablement le plus ambitieux du presbytérat romain.
Novatus s'attacha à Novatien comme à quelqu'un à qui le siège de Rome devait échoir. Mais l'élection s'étant faite, Cornélius en sortit évêque de Rome (5 mars 251). Novatus, pourtant, ne désespérant pas de gagner à Rome la partie perdue à Cartilage, détermina ou aida Novatien à attaquer en nullité l'élection
de Cornélius. C^inq prôtres romains (sur quarante-six) se joignirent à Novatien, et avec eux une partie du peuple et surtout des confesseurs romains. L'intrigue ainsi présentée aurait été une compétition de personnes; on lui donna plus de prise sur l'opinion, en la transformant en une question de principes, et le \ovatianisme naquit.
Le nom de TÉvangile, le mot de toutes les oppositions contre TEglise, fut le mot d'ordre du parti : les sectateurs de Novatien se proclament modestement « assertores Euangelii et Christi » (xliv, 3). Non avons marqué le sens spécial du mot évangile, ici, ' comment il est une allusion au texte évangélique qi est évidemment le plus dur contre les apostats ^ C; le parti de Novatien se donne pour doctrine de protester contre la réconciliation des lapsi. Notons bicj que, à l'origine, le Novatianisme ne pose la question que des lapsi. Saint Cyprien reproche à Novatien d' garder dans son entourage des adultères et des fornicateurs, et ce pourrait être simplement une allusion à la moralité de tel ou tel de ses partisans, Novatus par exemple ; toutefois saint Cyprien insiste trop sur le fait, il en tire un argument a fortiori; on a là une preuve que Novatien admet la discipline déjà ancienne qui permet de remettre aux adultères leur faute (lv. 26). Le point précis de l'opposition doctrinale de Novatien est dans le refus de « communier avec les idolâtres » (27). On a relevé que, à Carthage, Novatus admettait les lapsi à la communion, malgré l'évêqu
1. Sur l'usage que faisaient de ce texte Novatien et son parti, voyez le pseudo-Cyprien (est-ce le pape Sixtus II ? 25T-i>58j, Ad Novatianutn. 8 et 1-2. On lit dans ce dernier passage : « Novaliane, desine unius capituii praescriplione terrere... »
t^' DE THEOLOGIE POSITIVE. 133
et sur la seule présentation du billd d'un martyr, tandis que, à Rome, Novatien s'oppose à la réconciliation des lapsi. On en a conclu que le parti novatien avait passé du pour au contre, et qu'en cela il montrait bien que la doctrine était pour lui un simple prélt'xle politique. Cola est vrai de Novatus, un brouillon méprisable; mais on ne peut le dire sans restriction de Novatien. La lettre, qu'il écrivit à Cyprien au nom du clergé romain pendant la vacance du siège, est empreinte de rigorisme assez pour que l'on puisse faire à Novatien l'honneur de lui reconnaître une conviction profonde ^ 11 y témoigne qu'il inclinait vers la sévérité dans laquelle il voyait la vieille discipline, et qu'il entendait imposer aux lapsi une pénitence prolongée, encore que cette pénitence ne fût point sans rémission à l'article de la mort. Mais, et saint Cyprien le donne clairement à entendre, Novatien poussa ensuite la rigueur beaucoup plus loin : tout en ne cessant pas de reconnaître une valeur satisfactoire à la repentance du failli, il refusa à l'Eglise le pouvoir de le réconcilier jamais. N'y a-t-il pas quelque lien entre ce rigorisme et celui qui se manifeste à Rome avant l'élection de Cornélius?
Quelle cruauté, dit saint Cyprien, de dire à nos
frères : Lamente-toi, fonds en larmes, gémis jours
!el nuits, travaille à laver ta faute, mais après tant
d'expiation tu mourras hors de l'Église [extra eccle-
siam post omnia ista morieris) : qui ne serait jeté
i.Epistu'. XXX, 5: « Qui»! ma^'is aul in pace lam aptum aul in hcllo penecutionis tam neoessarium, quani dcbitam sovoritatom di\ini ri- ^oris tenere? quam qui roiniserit, inslabili reruui cursu orret scmpcr necesse est... Noc lioc not)is nune nupcr onsiliuin co^iiatum csl... sfd antiqua haec apuil nos seveiilas, anticiua lides, disciplina legitur aotiqua... « Cf. ibid. 4 cl G.
134 ÉTUDES DIIISTOIKE
dans 1g désespoir par un pareil langage? L'auteur anonyme du traité Ad Novalianum^ qui est un contemporain du schisme de Novatien, reproche à Novalien de refuser aux lapai ionic réconciliation'. Eusèbe, qui paraît reproduire des expressions du temps, témoigne que Novatien enseignait « qu'il n'y avait pas d'espoir de salut pour eux ^les lapsi^, quand même ils accompliraient tout ce qui constitue une pénitence sincère et une parfaite exomologèse^ ». Tous ces témoignages établissent bien que la question posée à Rome était de savoir si l'apostasie devait continuer à être un cas réservé à Dieu ou si l'Eglise pouvait relever l'apostat : la question était quelque peu différente de celle qui avait été posée à Carthage.
Mais Rome et Carthage allaient abonder dans le même sens. Le concile romain fut imposant par le nombre des évêques qui y parurent et qui fut de soixante : le nombre des prêtres et des diacres fut plus grand encore. Novatien, rapporte Eusèbe, fut rejeté de l'Eglise et avec lui tous ceux qui avaient embrassé son opinion inhumaine ; quant aux faillis, on déclara qu'il fallait les soigner et les guérir avec les remèdes de la pénitence ^. Cyprien précise, car il exprime que les résolutions de Carthage en ce qui concerne les lapsi furent adoptées par le concile d« Rome, marquant en cela l'antériorité et l'influence du concile de Carthage : « Super hac re sciipsimus ad Cojmelium collegam Jiostrum, quietipse cumpluri-
1. Ad, Novatianum, 12 : « Novatiane, nullam spem pacis ac miseri cordiae habere lapsos praedicas ». Ibid. 13 : « [dicit] quod paenitentia lapsoruni vana nec possit eis proficere ad salutem. »