‹ Etudes d'histoire et de théologie positive (volume 2)Chapitre 63 sur 118 · Holl, p · texte numérisé non relu

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vraisembliiblomcnt iiitiniidéu au momcnl d'avouer sa faute la plus grave, elle n'en dit pas davantage. Le pr«Mre, tromp*' par cette réticence, lui impose une pénitence médiocre, comme il convient défaire quand il s'agit de fautes sans doute médiocres. Elle jeûnera et priera le temps de montrer une œuvre de satisfaction proportionnée à ses fautes : tva aùv t^ biioko-^iot xai fpYovTi Jeixvusiv l/ri t9)ç ucTavoiaç àçiov. Valois observe en note avec à propos qu'il ne saurait s'agir ici de pénitence publiijue, car ces prières et ces jeûnes n'ont nécessairement en soi rien de public, et les expressions de Socrates ne donnent pas à penser que la pénitente ait été obligée de se mettre dans les rangs dos pénitents qui sont exclus de l'Eglise. Les fautes médiocres par elles confessées n'avaient d'ailleurs, semble-t-il, aucun caractère de publicité. Mais Socrates dit qu'elle devra montrer quelque œuvre de repentance : si ce ne sont pas les fidèles qu'elle prend comme témoins de ses œuvres de repentance, ce ne pourra être que le prêtre pénitencier, le même qu'elle a pris à témoin de son aveu, aov xr, ouoXoyia xai Epyov. 11 n'est point parlé dès lors d'î^otxoXoYr.oK;, mais d'ôijioXo- Yi«, deux mots qui ne sont pas exactement synonymes, l'exomologèse comprenant les deux actes distincts désignés le premier par le terme ôaoXoYÎa, le second par le terme epYov, l'aveu et la satisfaction, et impli- <]uant en outre une publicité qui manque ici.

L'entretien de la pénitente et du pénitencier en était àce point, quand la pénitente, « allant plus loin » , avoua une faute bien autrement grave, c'est à savoir qu'elle s'était donnée à un diacre de l'église à laquelle appartenait le prêtre pénitencier. Valois s'est inscrit en faux contre linlorprétation de Cbristophorson, éditeur an-

térieurde Socrates (Cologne 1612), qui traduit en paraphrasant : Mulier lonf^ins in confitendo progressa; et lui-même veut qu'on traduise :,.. progressa temporis. Socrates dit simplement : 'H oî. -rrrr, TrpoÇatvoua» xa\ aXXo TTTaîcfxa lauTV); xaTy^yopei ! la traduction de Christophorson est plus logique et plus exacte ^ . La pénitente n'est pas venue se confessera deux reprises séparées, en deux audiences : il n'y a qu'une seule audience, où elle commence par révéler une partie de ses fautes, les fautes médiocres; puis, allant subitement jusqu'au bout, elle accuse la faute capitale qu'elle avait d'abord cachée. La scène est exprimée par Socrates en raccourci, mais les péripéties en sont bien marquées.

Socrates ne nous dit pas ce qu'il advint de la dame de qualité : rien ne dit que sa faute ait été publiée et sa réputation compromise. Mais on cherche alors où est le scandale qui va émouvoir toute l'Église de Constantinople. Valois, fort embarrassé, ne veut pas admettre que, infidèle au sceau de la confession, le prêtre pénitencier ait révélé à Nectaire le nom du diacre incontinent : il suppose bien gratuitement, en vérité, que le pénitencier aura réuni en sa présence le diacre et la dame, et aura fait avouer au diacre son péché; puis il aura dénoncé le diacre à Nectaire ; et le secret de la confession sera sauf, puisque c'est en dehors de la confession et sans doute avec l'autorisation de la dame que le pénitencier aura fait avouer au diacre son péché. C'est raisonner là avec des préoc-

1. w; e'.Yi ffUY"/ca6eu6:Qaa; aÙT^ ty;ç èxx)vr,<7ia; oiàxovc; : notons que Socrates ne suppose pas que la pénitente se plaigne d'avoir subi aucune violence de la part du diacre : la pénitente n'accuse qu'elle même, TixatcrtJLa lauTri; xaxriYÔpsi.

cupatioiis (juc le bon pénitoncîer n'a probabloment pas eues. 11 y a ou un scandale. Ce scandale n'est pas lincontincnce du diacre, car le cas n'était pas inouï, puisipiil était dès lors prévu par les canons. On peut ajouter, avec M. Holl, que, à supposer que le scandale vînt du diacre, l'indijj^nation publique aurait dû retomber sur le clergé en général, mais non sur le prêtre pénitencier. M. Holl suppose que le prôtre pénitencier a été mis en cause et sa fonction supprimée, parce que sa fonction même a été cause occasionnelle du scandale : oui, et par là nous serrons le problème de plus près.

Miiis pour(|uoi M. IIoU recourt-il à l'explication de cet amplilicatour qu'est Sozomène? Xous avons à interpréter Socrates par Socrates et à n'ajouter aucune donnée à celles qu'il fournit. Le scandale est exprimé dans ces quelques mots de Socrates : Toùto XiyOèv Tov |ji.èv Siâxovov tt^ç ÉxxXr,aia(; ix7T£(T£Tv TrapEaxeuaae. La femme qui s'accusait n'eut aucun dommage, mais ce qu'elle avait dit sullit à provoquer la déposition du diacre de cette église. Le scandale consista en ce qu'un diacre avait été déposé sur la dénonciation d'un témoin unique, qui par surcroît était sa complice. Or rien de tout cela ne se serait produit, si la femme coupable n'avait pas été obligée d'ouvrir sa conscience à un pénitencier : l'indignation rejaillit ainsi sur l'institution du prêtre pénitencier, c'est-à-dire sur l'instruction préalable à la réconciliation.

Notons enfin que Socrates tient le récit du prôtre tudémon, qui avait été en cetteoccurrence le conseiller écouté de Nectaire. On était, en 440. à cinquante ans de l'événement, et, à Conslanlinople, l'ofTice du pénitencier n'avait pas été rétabli. Car Socrates

avait dit jadis à Eudémon : « Dieu fera voir si TÉg-lise doit ou non de ton conseil tirer quelque bien ! » Vers 440, toutes les appréhensions qu'on avait pu avoir au début de ce régime n'étaient que trop justifiées, au dire de Socrates même, puisqu'il constate que les pécheurs ont pris prétexte de ce régime pour ne plus se reprocher leurs péchés.

Nous n'avons plus à demander à Sozomène comment il a interprété le récit de Socrates, mais seulement à étudier les éléments qu'il y ajoute.

Socrates affirmait que les catholiques avaient supprimé l'organisation pénitentielle existante : c'est dire que l'état des choses était tel à Constantinoplc vers 440, car l'horizon de Socrates, quand il s'agit des choses dont il témoigne personnellement, comme c'est ici le cas, ne s'étend guère au delà de Constantinoplc même. L'horizon de Sozomène est plus étendu. « Presque partout, dit-il, les évêques suivirent l'exemple de Nectaire. » Ce « presque partout » doit s'entendre de l'Orient grec, et, en effet, Sozomène dit plus loin que l'organisation pénitentielle « est soigneusement gardée dans les églises d'Occident, et surtout à Rome * ». Valois s'est mal rendu compte du caractère composite du récit de Sozomène, quand il a opposé telle phrase à telle autre, pour conclure de ces contradictions de détail que Sozomène disait le contraire de Socrates. En réalité, Sozomène affirme qu'en Occident et particulièrement à Rome l'institution subsiste que Nectaire a supprimée à Constantinoplc.

1. SozoM. \ii, 16 : £7ri[j.e'/.w; es xai âv rai; xaTa Suffiv £y.x).y]<rtai; çuXàTTExai, xai [ià).'.(TTa èv ty- 'Pcotxattov. Nous continuons d'entendre qu'il s'agit, non de l'office du pénitencier, mais de toute l'organisation pénitentielle que va décrire Sozomène.

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Sozomrno. (jui a hoaucoiip voyap^r et (jui j)Oiit-ètre même a visité Homo, ajoute au récit de Socratcs une description de la procédure pénitentielle en usage à Rome au milieu du v* siècle.

La partie secrète est constituée par l'aveu des péchés par le pécheur. L'impeccahilité, dit Sozomène, étant le fait d'une nature plus divine que riiumanilé. Dieu veut que l'on pardonne à ceux qui pèchent, même à ceux qui ont maintes fois péché. Mais comme pour demander son pardon, il faut avouer son péché, depuis l'origine, il a paru, avec raison, pénible de divulguer ses fautes aux pontifes comme dans un théAtre, devant toute rassemblée de l'Eglise. Voilà pour(}Uoi les pontifes ont institué un prêtre, choisi parmi les plus excellents par leurs mœurs, leur discrétion et leur sagesse, afin que les pécheurs Tallassent trouver et lui fissent l'aveu de leurs fautes. Et lui, sclonla faute de chacun, intime l'œuvre qu'il faut faire comme satisfaction ; puis il congédie le pénitent * , qui exigera de soi-même la satisfaction prescrite.

La partie publique de la pénitence s'ouvre alors s'il y a lieu. A Rome, dans les églises une place est réservée aux pénitents : ils s'y tiennent debout dans

^. Nous ne pouvons conct^der à M. Unix, op. cit. p. i5l, que le prêlre pénitencier ahsolve séance tenante le pénitent : le verbe àïio),C£iv employé par Sozomène dans celte circonstance n'a pas ce •cns technique. Sozomène dira des pcnitent3 : ÊxaTco;, côanep Ti 6çXr,(ia StaXO<ya; -if.v tipirop'lav, -rf,; àfjLapTio; ivteToi (col. 1461 A). Binons ne pouvons ilavantagc conctMcr :i IIinsciiu-^, t. IV, p. 7à4, que le pn'tie pj^nitencicr renvoie le prnilent à Dieu jiour être absous, et ne Soit qu'un simple consultant: le pénitent sera absous solennellement par l'evétjue. Hinschu «: aurait mieux lait de vérifierce pointdans les textes, que d'écrire, en note : • Fine nàliere Erûrteruns ist hier fruchtlo^, da die kaUiolischor Schriflsteller ihre Ansichten niclit aufgabon diirfen. und immer wieder von Neuem Irolz aller NViederlegungen verlheidiijen mùsscn » !

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Fatlitude de la tristesse et du deuil. Là, lorsque s'achève la liturgie de la messe \ les pénitents se prosternent à genoux. L'évoque vient vers eux, et comme eux se prosterne, le front dans la poussière, pendant que toute l'assemblée des fidèles verse des larmes. Puis l'évêque se lève seul et ordonne aux péninitents de se lever : il prononce alors sur eux l'oraison pour les pécheurs qui font pénitence ; après quoi il les congédie. Les pénitents accomplissent leurs jeûnes et les autres mortifications prescrites, chacun en son particulier. Puis quand le jour fixé est arrivé, la dette étant payée, la satisfaction due pour le péché étant accomplie, le pénitent rentre dans l'assemblée des fidèles. Voilà, conclut Sozomène, ce qu'observent les pontifes romains aujourd'hui encore. Et, à son tour, comme Socrates, il déplore que pareille sévérité, c'est à-dire cette probation rigoureuse par l'Eglise de la conscience et de la satisfaction du pénitent, ait disparu des Églises d'Orient.

Cette organisation romaine et occidentale de la pénitence, nous allons essayer d'en pénétrer plus à fond l'économie.

Et d'abord au iv® et au v® siècle, la distinction très ancienne subsistait qui, au m® siècle, distinguait les péchés en granoi^a et leviora. A tous ces péchés, — abstraction faite des relaps et des clercs, — l'Eglise accordait la réconciliation après

1. Sur la missa paetiitentium, voyez notre étude publiée dans le Bulletin de litt. eccl. 1902, p. 5 et s.

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une pénitence variable. Certains comporteront une pénitence perpétuelle : telle est la pénitence que réclame des apostats et des moines fornicateursle pape Sirice écrivant à Tévéque de Tarrapfone (10 février 385) '. Encore le pape Innocent, dans sa lettre à Tévéque de Toulouse, a-t-il soin de marquer que les chrétiens tombés après leur baptême dans la fornication et Timpudicité et cpii in extremis sollicitent la pénitence et la réconciliation, ont droit à Tune et à l'autre. Autrefois, ajoute le pape, la discipline était plus sévère : l'Eglise accordait bien la pénitence, c'està-dire qu'elle prenait acte de la conversion, mais elle refusait la communion. Notons bien la nuance indiquée par le pape : on ne veut pas, on no peut pas décourager le pécheur qui se convertit, car on croit à la faculté qu'il a de conquérir la rémission de son péché ; mais on craint que trop de facilité à réadmettre à la communion, n'induise les fidèles à croire que la réconciliation est aisée après la chute, et le danger eût été grand en temps de persécution, « cum illis temporibus crebrae persccutiones essent ». Ne dirait-on pas une allusion aux difficultés soulevées à Rome au temps du pape Marcel et du pape Eusèbe? On craint d'amener le relâchement des consciences, mais on craint aussi de donner des gages aux Novaliens. Sitôt que la paix est rendue aux Eglises, la première de ces craintes se dissipe, et alors on décide de donner la communion à ces pénitents in extremis : « Sed postquam Dominas noster pacem ecclesiis suis rcddidit, iam, dopulso terrorc, communionem dari abcuntibus piacuity ne No^mtiani haeretici, negantis vcniamyas-

peritatem et durltiam snbsequi çideamiir. » Le pap Innocent donne l'explication de ce changement quanij il exprime qu'en cela l'indulgence a inspiré l'H^lise : « ...obserçalio prior darior : posteî'ior intervenlenle misericordia inclinatior est ^ ». Le même esprit suggérera toutesles mitigations prochaines. Nous ne rtenons pour l'instant que ceci : toute trace de réserv a disparu, tous les péchés sont remis par l'Eglismais le traitement n'est pas uniforme.

Saint Léon, pour citer en première ligne des témoignages romains, distingue en effet deux trait» ments : pour des fautes très graves, — et il énumère l'idolâtrie, l'homicide et la fornication, — il pose en règle générale qu'on doit leur infliger la pénitence plénière : a Ad communionem eos ^ nisiper paeniteri' tiam publicam, non oportet admitti )^. Cette pénitence plénière est celle qui est imposée à Fabiola en quête de la rémission de son adultère.

Voici la description que saint Jérôme fait de la pénitence de Fabiola :

Quis hoc crederet ut post mortem secundi viri in semetipsam reversa... saccum indueret, ut errorem publiée fateretur, et tota Urbe spectante romana ante diem paschae inbasilica quondam Laterani... staretin ordine paenitentium, episcopo presbyteris et omni populo collacrimantibus, sparsum crinem, ora lurida, squahdas manus, sordida colla submitteret? Quae peccata fletus iste non purget?... Aperuit cunctis vulnus suum, et decolorem in corpore cicatricem flens Roma conspexit. Non est ingressa ecclesiam Domini, sed extra castra cum Maria sorore

i. Jaffk n» 203.

Moysi separata consedit, ut (iiiam sacerdos eiecerat ipse revocarot... Recepta snb oculis ornnis ecclesiac coramunione, quid fecit? ' etc.

Ce traitement que nous appelons, pour plus de clarté, celui de la pénitence plénière, est différent du traitement infli^T^é à des fautes p^raves mais moindres.

Le même saint Léon, résolvant le cas de fidèles qui ont longtemps vécu au milieu dos païens et qui, revenant au milieu des chrétiens, demandent la communion, impose la pénitence plénière à ceux qui se sont rendus coupables d'idolûtrie, d'homicide ou de fornication; mais à ceux qui se reprochent seulement d'avoir mangé des viandes provenant de sacrifices païens, il impose une satisfaction privée et le recours à l'imposition des mains de l'évéque : « Possuntieiuniis et maniis impositione piirgari, iit, deinceps ab idolothytis abstinentes, sacramentorum Christi possint esse participes '. »

Nous retrouvons là deux classes de pécheurs nettement entrevues déjà, ceux qui revêtent le sac et sont consignés à la porte de l'église, et ceux qui assistent au service divin confondus avec les fidèles, jeûnent, expient en leur particulier, mais doivent passer par l'imposition des mains avant d'être réadmis à la communion.

La réconciliation des pénitents de lune et de l'autre classe, a lieu le jeudi saint. Le pape Innocent le définit dans les termes les plus explicites : « Qui sive ex grai'ioribus commissis sive ex levioribus paenitentiam

i. Hirnnx. Epistul. lxxiii, t. Jafik n'" .VU.

IGi ÉTUDES D'HISTOIRE

gérant^ si nulla interveniat aegritudoy quinta feria antepaschaeis remitlendum Romanae ecclesiae consuetudo demonstrat '. » C'est la cérémonie solennelle de la réconciliation. Mais il ne faut pas la confondre avec l'imposition des mains dont il vient d'être fait mention, et qui est une sorte de coulpe publique, pratiquée à l'issue du service divin : cette coulpe est tout ce que retient encore de publicité la pénitence pro leviorihus commissis.

La réconciliation est une fonction épiscopale, comme le baptême solennel du samedi saint, comme la consécration du chrême le jeudi saint : saint Jérôme le dit à propos de Fabiola, et le concile de Carthage de 418 (can. 3), interdit aux simples prêtres de consacrer le chrême aussi bien que de réconcilier personne solennellement : « Reconciliare quemquam publica missa presbytero non licere ». Quanta l'imposition des mains, même quand elle est seulement le signe et le rite de la coulpe publique, elle est aussi réservée à l'évêque : saint Léon, traitant de chrétiens qui par crainte ou par ignorance se sont laissé rebaptiser, exige qu'ils fassent une pénitence et passent par l'imposition des mains épiscopales, « non nisi per paenitentiae remedium et per impositionem episcopalis manus ^ ». Saint Léon ne dit pas si la faute de ces chrétiens était légère ou grave : il est permis de conjecturer que des fidèles, coupables de fautes très minces, s'abstenaient de la communion et recouraient à Timposition des mains, par scrupule et par dévotion.

Cette différence existait aussi entre les pénitents

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