‹ Etudes d'histoire et de théologie positive (volume 2)Chapitre 95 sur 118 · Cf. RiEDEL, Op. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. RiEDEL, Op. cit., p

réputés (le son temps pour sa doctrine : mais, de plus, c'est à Alexandrie qu'il se retira quand il eut été banni d'Antioche, et c'est à Alexandrie qu'il résida jus(iu'à sa mort. Quand il vanto l'orthodoxie d'Alexandiic, il rend hommage au monophysisme qui y régnait de son temps en maître. Nous avons donc ici un témoignage alexandrin du début du vi" siècle, qui confirme avec autorité celui de saint Jérôme.

L'autorité de Sévère s'est ajoutée à l'autorité beaucoup moindre qui jusque-là corroborait seule saint Jérôme. On citait, en elTet, un texte des Annales d'Eutycliius, qui, sous son vrai nom de Said Ibn Batrik, fut patriarche melkile d'Alexandrie de 933 à 940. Eutychius rapporte que Tévangéliste saint Marc institua x\nanias évéque d'Alexandrie, et institua avec lui douze prêtres : à la mort de l'évéque, les prêtres devaient choisir l'un d'entre eux et lui imposer les mains pour le faire évoque. Après quoi ils devaient choisir un sujet nouveau pour compléter leur collège de douze prêtres, car ils devaient être toujours douze. Cette règle par laquelle les douze prêtres instituaient leur évêque se maintint jusqu'au temps de l'évéque Alexandre, qui fut un des trois cent dix-huit pères de Nicée, et qui interdit que dorénavant les prêtres d'Alexandrie instituassent l'évéque'. — Assurément, on voudrait savoir où Eutychius a puisé cette information. Mais pour l'infirmer il ne sullit pas de rappeler quEulychius est pris sur d'autres points en llagrant délit d'ignorance, car sur ce point précis son témoignage est, au fond, d'ac-

t. p. G. CXI, 984 0. Cf. C. GoRE, The ministry of the christtati Church (^Londres 1»8l»;, p. 3o8.

cord avec celui de Sévère et celui de Jérôme. Jérôme, eu effet, ne dit pas expressément que lélection de Téveque par le presbyterium ait été abolie au temps d'IIéraclas et de Denys : nous avons montré que Jérôme n'a pas de date ferme à assigner à ce changement de régime. Quand M. Gore avance que ce changement l'ut décidé sous lléraclas et mis en pratique pour la première fois lors de lélection de Denys, en 249, il nous semble tirer du texte de Jérôme bien plus qu'il ne contient. Mais quand le même M. Gore s'étonne quOrigène, contemporain de ce changement, n'y ait jamais fait allusion, lui prêtre, pour se plaindre de voir diminuer à Alexandrie les prérogatives du presbyterium, on peut répondre à M. Gore que l'on n'a pas droit de s'étonner, si, en réalité, aucun changement ne s'est produit à Alexandrie, au temps d'Origène, dans le régime de l'élection épiscopale. — M. Gore insiste et nous renvoie à l'homélie XXII d'Origène sur les Nombres, où Origène explique pourquoi Moïse n'a pas désigné lui-même son successeur, et blâme les évêques qui dans leur testament désignent l'héritier de leur épiscopat. Origène ajoute : Si le grand Moïse n'a pas osé désigner son successeur, « quis erit qui audeaty i^el ex plèbe... ^ vel ex ipsis etiam sacerdotlbus? Quis erit qui se idoneum ad hoc iudicet, nisi si oui oranti et petenti a Domino reveletur ? ^ » M. Gore voit là trois modes d'élection épiscopale : la désignation par le prédécesseur, rélection par le peuple, rélection par « un des prêtres^ ». On peut

\ . In Num. hom. xxn, 4.

2. c. Gore, dans le Journal of theclogical Studies, t. III (1902^ p. 281.

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opposer au jugement de M. Gorc deux difficultés : la première, qu'Origène ne parle pas de faire désigner révéque par « un des prêtres », mais par le prcsbyterium, qu'il oppose ici au peuple : « (>^///.s' es plèbe P Quis ex ipsis sacerdotibus? » Et nous supposons, avec M. Gore, que le mot sacerdotes désigne les prêtres, par allusion à la distinction lévitique des prêtres et du grand prêtre ^ Si donc pour Origène le prcsbyterium comme corps intervient dans l'élection épiscopale, Origène ne fait pas échec au témoignage de saint Jérôme sur l'élection de Tévéque d'Alexandrie par le prcsbyterium, au contraire. Mais, pourra dire M. Gore, Origène blâme Télection faite par le peuple aussi bien que l'élection faite par le prcsbyterium. Sans doute, mais c'est qu'il veut que l'élu soit désigné par Dieu lui-même, ce qui est, en vérité, le régime le plus souhaitable, mais dispense-t-il de formes canoniques plus humaines? Autant de motifs pour dire que le témoignage d'Origcne, que M. Gore allègue, ne répond pas à la question posée.

Donc, ni Jérôme, ni Origène, ne nous inclinent à penser qu'au milieu du m* siècle le régime de l'élection épiscopale à Alexandrie ait été amendé. Cette première constatation donne du prix au dire d'Eutychius qui l'ait durer le régime primitif à Alexandrie jusqu'à l'épiscopat d'Alexandre, et attribue à Alexandre lui-même le changement de régime. On pourrait, sans doute, nous objecter que c'est trop dire que d'attribuer à Alexandre l'initiative de ce changement, car il semble établi, au contraire, qu'Alexandre avait désigné de sa propre autorité son

t. Cf. OuiGEN. InLevit. /jom. V, 3, où est marquée celle disliûclion.

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diacre Atliaiiase comme son successeur éventuel'. Mais celle désignation ne fut probablement qu'une inlerprélation par les contemporains de la confiance qu'Alexandre avait en son diacre Atlianase. Au surplus, ce qui confirme le dire d'Eutychius, c'est que, à la veille de la mort d'Alexandre, le concile de Nicée avait promulgué son canon IV, portant qu'il convient que l'éveque soit institué par tous les évêques de la province, ou, si la chose n'est pas réalisable, par trois évoques au moins. Ce canon n'implique pas que, antérieurement, un évéque de quelque siège que ce fût ait été élu et consacré par le presbyterium : mais ce canon ne pouvait pas ne pas supprimer le vieil usage alexandrin, si ce vieil usage subsistait encore en 325, comme nous le pensons.

Une autre considération fortifie le dire dEutychius. 11 est, en effet, curieux de constater que la charge de prêtre, à Alexandrie, était avant 325 une charge plus considérable qu'en aucune grande église du monde chrétien. « Rien n'est plus commun aujourd'hui que des curez dans les villes, écrit Tillemont : mais il n'en estoit pas de mesme en ce temps-là, puisque saint Epiphane le remarque à Alexandrie comme une chose particulière à cette ville. Dans les autres, tout le peuple s'assembloit avec l'évesque dans une mesme église... Dans Antioche mesme, quelque grande que fust la ville, il semble qu'il n'y avoit ordinairement qu'une seule assemblée, une seule prédication, un seul sacrifice, qui se faisoit tantost dans une église, tantost dans une autre... Et je ne

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