‹ Etudes d'histoire et de théologie positive (volume 2)Chapitre 94 sur 118 · P. L. XXVI, ÎWi · texte numérisé non relu

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entre le prêtre et Tévôque, consiste en ce que le prôtre ne fait point d'ordinations.

Cette théorie diiïère de celle que nous avons proposée, en ce que, à nos yeux, lepresbytérat primitif est une dignité qui a disparu et qui ne constituait qu'une notabilité de fait : dans ce collège de notables ou presbytres étaient inclus les épiscopes, c'est-à-dire les notables investis de la fonction liturgique, de la prédication, du service de la communauté : en ce sens tout épiscope est un presbytre, tout presbytre n'est pas nécessairement épiscope, mais chaque église a, à sa tête, un collège de presbytres. Quand les apôtres disparurent, un épiscope, en chaque église, fut préposé aux autres épiscopes : on eut alors l'évéque et son presbyterium. Comment se fit la transition de Tépiscopat plural au monarchique? Cette évolution capitale est pour tous obscure ^ Saint Jérôme, vraisemblablement n'avait pas d'autres sources d'informations que nous, — une donnée seule exceptée, — et nous pouvons penser qu'il conjecture, quand il parle des schismes qui ont conduit à fortifier le gouvernement de chaque église par l'institution de la monarchie épiscopale, et quand il parle avec un sensible anachronisme, des résolutions prises dans la catholicité [in toto orbe decretum est). Mais il est clair que, aux yeux de saint Jérôme, lépiscopat est une institution purement ecclésiastique^ :

1. Cf. Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Christentums (Leipzig 1902), p. 315.

2. Voyez dans le commentaire sur Tile, la fin du passage cité plus haut : « Sicut ergo presbyteri sciunt se ex consuetudine Ecclesiae ei qui sibi praepositus fuerit esse subiectos, ita episcopi noverint se magis consuetudiiie quam dispositionis dominicae veriiate, prèsbyteris esse maiores. » P. L. XXVI, oC3.

pour nous, au contraire, l'cpiscopat est antérieur au moment où il devient monarchique, et seule cette qualité de monarchique est d'initiative ecclésiastique. Le partap^c des attributions entre le sacerdoce souverain de l'évoque et le sacerdoce restreint du presbyterium qui entoure l'évéque, est pareillement d'initiative ecclésiastique. Saint Jérôme, qui était prêtre et traitait de haut les évêques, a exalté l'émincnte dignité des prêtres aux dépens de celle des évéques, et toute sa théorie est d'allure tendancieuse.

Mais il l'appuie sur un fait qui est, avons-nous dit, la seule donnée nouvelle qu'il apporte : l'usage de l'église d'Alexandrie. A en croire saint Jérôme, le presbyterium alexandrin élisait dans ses rangs un prêtre, et l'appelait évêque, sans autre forme d'ordination, semble-t-il, comme des diacres élèveraient l'un d'entre eux pour le faire archidiacre. Bonne preuve que le presbytérat et l'épiscopat ont été longtemps estimés identiques. Jérôme ne dit pas que le presbyterium ordonnait l'évêque d'Alexandrie, mais que le presbyterium élisait un prêtre, qui, par le fait de son élection, se trouvait être évêque, comme s'il n'était besoin d'aucune ordination pour faire d'un prêtre un évêque. Saint Jérôme dit que cette règle subsista jusqu'à Iléraclas (-j- 249) et Denys (-[- 265). Mais ces deux noms ne constituent pas un vrai terminus ad quem. Si, en effet, la règle a été abrogée, elle a cessé d'être appliquée à une élection, non à deux élections consécutives. Aussi peut-on conjecturer que Jérôme veut dire que, à sa connaissance, Uéraclas avait été fait évêque selon la forme ancienne, et Denys aussi : après eux, mais à une date

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ignorée de Jérôme, la règle ancienne avait été abrogée ^

Ce fait, rapporté par saint Jérôme, est confirmé par quelques témoignages indépendants de Jérôme lui-même. On a^ tout récemment signalé, dans un recueil de lettres de Sévère d'Antioche, le célèbre évoque monophysite d'Antioche (511-518), un rescrit de Sévère adressé « aux orthodoxes dÉmèse », qui était la lettre 93 du livre II des lettres écrites par Sévère après son bannissement (518-538;. Dans ce rescrit. Sévère discute le cas d'un certain Isaïe qui, ayant été consacré évêque par un seul évêque, prétendait que sa consécration était valide, et citait à l'appui de sa prétention un canon soi-disant apostolique^ permettant pareille consécration en cas de nécessité. Sévère répond qu'on n'a pas le droit d'invoquer contre l'usage ecclésiastique des règles tombées en désuétude. Ainsi, dit-il, « lévêque de la cité renommée pour son orthodoxie, la cité des xVlexandrins, était primitivement établi par les prêtres; mais plus tard, conformément au canon qui a prévalu partout, leur évêque fut institué par la main des évêques ». Sévère était un des hommes les plus

1. Peut-être saint Jérôme a-t-il pris son information dans Oriçène. L'épiscopat d'Héraclas (233-249) est le temps où Origène à Césarée compose ses homélies et ses tomes, et à la Dn de cette pt riodo appartiennent les tomes (perdus) sur l'épilre à Tite. On comprendrait quo Jérôme, se référant à ce qu'il voyait affirmé pour son temps par Origène, ait écrit : « jusqu'au temps d'Héraclas et de Denys » : autrement dit, « jusqu'au temps où Origéne écrivait sur ce sujet •. Une observation donne du poids à cette supposition : Jérôme a pris à Origène son développement sur la désignation d'Aaron. Voy. Origène. In Num. hom. XXII, 4 et Jérôme, Comment, in Tit., p. 562 B (P. L. t. XXVI).

2. E. W. Brooks, dans le Journal of theological Studies, t. II (19(M), p. G12-6i3.

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