L'AGAPE
Nous souliaiterions que quelqu'un, à rimitation do ce que M. Iluyskons a fait pour l'arcane, entreprît riiisloire do la question de l'at^ape dans la littérature théologique depuis le xvi" siècle, cette question que le dernier qui l'a traitée appelle « le plus obscur des problèmes' ». On y verrait peut-être (|ue celte question, simple et moderne question d'écolo, n'est un obscur problème que pour cette raison que Von veut tirer des textes plus que leur contenu.
A peine au début de son enquête, M. Keating est forcé de déclarer qu'une première et « sérieuse didiculté » est créée par la rareté des références que le Nouveau Toslamtmt fournit concernant Tagape. Encore serait-il à désirer que les références que l'on signale fussent aussi concluantes qu'elles sont rares!
La multiplication des pains, par exemple, n'a rien de commun avec l'agape. On en dira tout au-
1. J.-F. KcÀTiNG, The agape and the eucharist in Ihe early Church (Londres l'JOl), p. v.
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tant du fait allégué que le Sauveur a bu et mangé avec ses disciples, ou qu'il a comparé le royaume de Dieu à un festin. Sans doute le Sauveur a rompu le pain avec ses disciples maintes fois où ce geste n'avait rien de l'eucharistie; et sans doute nous pouvons constater et conjecturer que les disciples ont pratiqué dans les premiers jours une vie commune qui comportait une table commune. Mais comment conclure de là que l'eucharistie et l'agape sont « comprises toutes deux dans le vieux terme de xXocffiç Tou apTou, fraction du pain », et que, « intimement connexes à la célébration de la cène », les agapes ont dans la cène « leur justification, leur fondement, leur objet » ? Ainsi raisonnent Th. Harnack et Lightfoot\ sans paraître soupçonner que ces affirmations ont la fragilité des constructions qui ne reposent pas sur les faits. Et ainsi raisonne M. Keating, quand, relevant tous les passages des Actes des Apôtres oii est mentionnée la xXaci; to~j apTou (il, 46; XX, 7 et 11; xxvii, 35), et concédant qu'il s'agit dans ces passages de l'eucharistie, il conclut cependant qu'il est impossible d'y voir Teucharistie seule et de n'y pas inclure ce qui « fut plus tard connu sous le nom d'agape^ ».
Cette exégèse, nous le craignons fort pour elle, est une exégèse qui suppose établi toujours d'ailleurs ce qui est actuellement en question, si bien que, candidement, elle se meut dans un perpétuel cercle vicieux. Prenons donc, à notre tour, les textes classiques sur lesquels elle pense se fonder, et interrogeons-les, s'il est possible, sans parti pris.
i. Cités par Ke4ting, p. 39.