‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 3)Chapitre 3 sur 46 · IIiiv«iLi\i>, |). SI-S · texte numérisé non relu

IIiiv«iLi\i>, |). SI-S

*. JievMe ita clergé franrai3,U XV(I80B), p.i\ Dkliomairc de (Moto|ï(c,an. AucAME.

luulistcs qui l'exploitent, if y a place pour une vue plus modérée el plus exacte.

Iae faul chorclier dans la religion romaine rien qui îmble à des mystères. De théologie, elle n'en avait poiat; ses prêtres étaient des fonctionnaires publics; ses divers cultes étaient des services publics ; la religion tout entière aurait pu être prise pour une administration publique, si le culte domestique n'avait maintenu des sacra privnta à côte des sacra publica. Mais orfïcielle ou domestique, la religion romaine était moins une mythologie qu'un rituel, et ce rituel n'avait rien de plus secret que les lois, La religion judaïque ne différait pas en cela de la religion romaine. L'Ecriture était un livre à la disposition de tous, et le Temple, tant qu'il a existé, n'était impénétrable à aucun regard. Dans les juiveriea de la dispersion, le culte n'avait non plus rien de secret : le judaïsme était prt^ehé ouvertement et la circoncision n'était un myslère pour personne. Ni le judaïsme, ni la religion romaine n'auraient donc induit le christianisme h s'envelopper dans Tarcane.

Mais celte publicité n'était pas le propre de tous lea cultes contemporains. Au formalisme vide de la religion romaine, comme aussi bien au pur intellectualisme juif, s'opposaient les cultes sensibles el symboliques dont Tcxpansion fut prodigieuse et dont I'liLtrait fut avivé par leur mystère.

^jM Éleusinies étaient un cuile local, mais aussi

l'iiietitulioi] la plus religieuse, la plus vénérée de la Grèce, et elles restèrent telles jusqu'à la (in du paganisme. Comme il avait fallu la ruine de Jérusalem pour venir à bout du Temple et du Sacrifice, il fallut l'invasion des Gotha en 396 pour ruiner Eleusis à jamais. L'initiation aux Eleusinies, après avoir été un privilège des citoyens d'Atliènes, s'était plus tard étendue à tous les Grecs, puis à tous les étrangers qui n'étaient point des barbares : « Eleusinam sanctam illam et nnguslam, disait Cicéron, iibi iniCianlur génies orariim ultimae' h. L'initiation était à deux degrés. On pouvait être initié aux petits mystères dès l'enfance : le rite consistait en une purification accomplie aux bords de l'ilisaus et en un enseignement élémentaire du mj'the de Déméter. Mais les grands mystères exîgeaientau moins une année d'attente préalable : les barbares, les homicides, les impies n'avaient point le droit d'y participer : les mystes devaient avoir las mains et l'âme pures et ils étaient tenus au secret absolu. Clément d'Alexandrie écrit : « Dansles mystères desGrecs ont lieu d'abord les purifications. Viennent ensuite les petits mystères, qui renferment un certain fondement d'instruction et une préparation k ce qui doit suivre. Quant aux grands mystères dans toute leur teneur, il ne reste plus rien à apprendre, il n'y a qu'à contempler (ÎTroiu£ij£iv)et à concevoir^, a Cette ^TtoTTTEÎa était le spectacle des nuits mystiques, tableaux muets, coupés de chants, où prêtres et prêtresses représentaient la légende de Déméf er. L'initié devait se taire sur ce qu'il avait vu, comme sur le sens donné par l'hiérophante

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à chaque scène. Jadis quiconque eût Iralii le secret des Eleusinies eût encouru la peine capitale et la confiscation, comme qui les eût profanés. Quand ces sanctions terribles eurent disparu, le secret se maintint religieusement encore, et aux auteurs chrétiens nous devons les indiscrétions qui expliquent les façons énigmatiques et voilées qu'avaient les auteurs païens d'en parler. Au vi" siècle de notre ère, le rhéteur Sopater donnait ce sujet de développement à ses élèves : u La loi punit de mort quiconque aura révélé les mystères : quelqu'un à qui l'initiation s'est montrée dans un riîve demande à l'un des initiés si ce qu'il avuestconforme à la réalité; l'initiéacquiesce par un signe de tête, et c'est pour cela qu'il est accusé d'impiété '. »

Le culte d'Isis, au contraire des Eleusinies, fut un culte émigrant et missionnaire : d'Egypte, oii il était né, il avait gagné Antiochc, Smyrne, la Macédoine, Athènes, la Sicile, et 11 avait pénétré à Rome sur la fin du second siècle avant l'cre chrétienne. Poursuivi et prohibé à maintes reprises, sous la république, sous Auguste, sous Tibère, il demeura toujours un culte privé, desservi par des confréries privées ; mais la plus haute société de Rome et la cour impériale même lui fournirent des initiés. Les Caltores sacrorum Isidis, formés en collèges, eurent des temples, un clergé, une liturgie : ils eurent surtout des mystères '. Plus jeune, le culte de Mithra venait de plus loin, puisqu'il venait de Perse; mais il ne se propagea point dans le monde grec, et, répandu surtout parmi les soldats orientaux, il fut

porlé par eux dans l'Occident latÎD, en Pannonie, en Germanie, en Bretagne, en Espagne, en ATrique. A Rome même, vétérans et esclaves orientaux concoururent à racclîmater sur la fin du i" siècle et b. le propager dans la société la plus haute. Jamais prohibé, le culte mithriaque futau contraire favorisé par lesempereurs depuis Commode, toléré par Constantin, restauré par Julien, et à grand'peine supprimé par Théodose. Comme les isiaques, les Cultores solis invicli Milhrae eurent leurs sodalilia, des sanctuaires, un clergé, une liturgie, des mystères'.

Le christianisme ne put se propager sans rencontrer presque partout, et notamment à Rome, les cultores d'Isis ou de Mitlira, sans avoir à vaincre la concurrence de leur propagande et de leur succès, et sans subir la fâcheuse fortune d'avoir plus d'un point de ressemblance avec eux.

Le mithriacisme était une religion d'initiés : il ne comptait pas moins de sept degrés d'initiation, car rinîtié devait acquérir successivement les litres de corbeau, d'occulte {crnphius), de soldat, de lion, de perse, do courrier du soleil, de père. Mais ni les corbeaux, ni les occultes, ni les soldats ne participaient aux mystères : il fallait être lion pour y participer. L'initiation s'appelait sacramenlum, parce que l'initié y jurait de ne divulguer pas les secrets et les rites qu'on lui révélait. Les initiations avaient lieu de préférence au printemps, vers le temps de Pâques : les hommes seuls pouvaient être initiés, car de cette maçonnerie militaire les femmes étaient exclues.

Apulée, à la fin du ii' siècle de notre ère, dans

le roman de la Métamorphose, a (iécril une scène (l'initiation isiaquo, dont liis traits sont bien connus. On y voit le héros du roman, Lucius, décidé à entrer dans la confrérie isiaque [dare nomen sanciae militiae), à Cenclirée, prés de Corinthe, solliciter le prêtre souverain {primarium sacerdotem) de l'admettre à l'initiation des arcanes de la nuit sainte {noctis sacratae arcanis initiait). Le prêtre lui remontre l'auguste gravité de sa demande : la déesse ne confiait les grands secrets de sa religion {magna religionis silentia] qu'à des hommes tout pénétrés de piété : il fallait que Lucius se préparât par l'abstinence à recevoir dignement les arcanes cachés de la plus pure religion [arcana purissimae religionis sécréta). Passons sur les cérémonies de cette aorte de catéchuménat pour ne retenir que la cérémonie finale, qui est proprement l'initiation, dans le plus profond du sanctuaire, k Lecteur attentif, poursuit alors Apulée, tu me demanderas peut-être avec émoi ce qui s'est dit là, ce qui s'est fait. Je le dirais, s'il était permis de le dire; tu l'apprendrais, s'il t'était permis de l'entendre. Mais le péché serait égal pour les oreilles et pour la langue coupables d'une telle témérité. » 11 est vrai qu'aussitôt Apulée nous révèle ce qu'a vu Lucius, et il n'est pas moins vrai que sa confidence est une mystification, encore qu'elle se termine par ce mot solennel : « Voilà, je t'ai rapporté [ce que tu voulais savoir], tu as entendu, mais il est nécessaire que tu ignores '. u Nous sommes ici en plein arcane.

De cet uxposé se dégage bien la nature du secret

imposé à rinitié Jes cultes de Démêler, d'Isis, de Mithra : ce secret est absolu comme un germent et le plus religieux de tous les serments. Dans Apulée', une femme qui demande le secret à son confident. entend que ce secret soit rigoureux comme celui des mystères : nous dirions aujourd'hui ■ secret de confession !>. Elle dit à son confident : n Sacris pluribus initialus, profeclo iiosti sanctam silenlu fidem.» Ainsi l'entendent les mœurs dans la société romaine de la seconde moite du n' siècle. Cent ans plus tard et à Rome encore, Porphyre, le philosophe néoplatonicien, écrivant n sur la philosophie des oracles a, témoigne que les secrets des dieux ne peuvent (•Ire I trahis : il jure de les tenir cachés, il rappelle qu'on doit les cacher, et mi^me, ce qu'il va dire, il veut qu'on ne le publie pas indifféremment'. A ces traits nous devrons reconnaître l'arcane chrétien, s'il en est un.

Mais rien d'analogue dans le chrisliai d'abord, du dehors, il apparaît bien comme une religion prohibée, poursuivie, clandestine, mais nullement comme un culte secret. Un contemporain d'Apulée, Minucius Félix, met en scène dans son Octapius un païen qui fait le procès des chrétiens : il Jes dénonce comme des gens ténébreux et muets, qui ne parlent que dans les ténèbres : " Lucifiiga natio, inpublicum muta, inangitlisgarritla u. Encore

i. Id. m.

s. Praep. euana. V, s.

ib ÉTUDES D'HISTOIIIE

parlent-ils, tandis que les isiaques ou les milbriaqueB ne parlaient pas môme o inangulis ». Le païen a ouï raconter des horreurs du culle fermé et nocturne des chrétiens : « ...occiiltis ac noclurnis sacris apposita suapicio ». Ce qu'on en raconte est-il vrai ou faux? n l'ignore, ou plutôt tout doit être vrai, étant, donné l'ombre où s'enferme ce cuite, " pravae religio' nis obsciiritas », Pourquoi se cacherait-on? « Car etenim occultare et abscondere.-' "Mais, pour nous, calomnies ou soupçons s'expliquent par la seule clandestinité du christianisme, dont les réunions sont, en droit, un délit : rien n'exprime qu'elles soient un mystère'.

On a pu dire de Celse, un contemporain de Minucius Félix et d'Apulée, qu'il avait connu mieux qu'aucun autre écrivain paten le christianisme et les livres clirétiens : un païen avait donc la faculté de faire une telle enquête? Clément d'Alexandrie connaissait les mystères d'Eleusis, dira-t-on : sans doute, raaisl'enquète de Celse n'est pas comparable aux choses produites par Clément. Celse sait que le christianisme est prêché dans les plus modestes boutiques : n Ceux qui tiennent à savoir la vérité, dit-il, n'ont qu'à venir avec les femmes etleurs nourrissons dans le gynécée, ou chez le cordonnier, ou chez le foulon ; ils y apprendront tout, Tb Tsleiov iâSiooi. » Il n'en était sûrement pas do mt'me à Eleusis! Et c'est ce qu'Origène oppose à Celse : « Non, dit Origène, nous ne cachons pas la sainteté de notre principe, ainsi que l'affirme Celse ; nous enseignons les premiers venus, et noua confions les Evangiles et les écrits apostoliques à qui

peat les entendre '. n Ofi esl l'arciine chrétien ?

Le nombre fut grand, dès le premiei- siècle, de cevix qui, après avoir embrassé le christianisme, l'abandonnèrent. Dans son enquête sur le christianisme en Bilhynie [ca. 112), Pline, sur la liste des citoyens dénoncés comme chrétiens, en rencontre qui ne font aucune didiculté de tout dire au légat des usages de cette religion dont ils se sont retirés, les uns depuis trois ans, d'autres depuis plus de vingt ans. Pline consigne leurs aveux. Ils confessent que toute leur faute ou leur erreur n'a jamais consisté qu'en ceci : s'assembler k jour marqué avant l'aurore; clianler ensemble un carmen au Christ comme à un Dieu ; s'engager par serment à ne commettre ni adultère, ni brigandage, ni vol, ni manque de foi ; après cela ils se séparaient et se réunissaient à nouveau pour prendre ensemble une nourriture ordinaire et innocente. Pline, pour plus de sûreté, a fait mettre à la torture deux servantes ou diaconesses {ministrae) : il n'a rien constaté de répréhensiblo, sinon une superstition grossière, immodérée '. Laissons de côté les aveux de ces deux diaconesses mises à la torture et dont le témoignage est arraché par la violence, mais les autres dépositions sont des témoignages d'apostats, qui n'ont rien à craindre du légat : ils révèlent tout, spontanément, même l'eucharislie. Aucun serment ne leur interdisait donc pareil aveu.

On peut raisonner de même et mieux encore sur la littérature chrétienne des deux premiers siècles. Ni les livres canoniques, ni les apocryphes les plus luB, n'étaient des livres secrets, ce qu'ils auraient dû

être dans l'hypothèse d'une loi de secret. Les apologies de siiintJuslÎD ne dissimulent rien, soit de la doctrine, soit du culte de l'Eglise, leucharialie notamment est dévoilée dans son rite matériel et dans sa signification dogmatique : or l'apologie où tout cela est écrit est une apologie adressée à l'empereur Antonin, à ses fils, " au sacré sénat n et au ■ peuple romain tout entier ». Où estl'arcane?

Saint Irénée, dans un fragment conservé par Œcumenius, parle d'esclaves qui avaient pour maitres des n chrétiens catéchumènes n. Peut-être le mot d catéchumènes n'a-t-il pas ici le sens spécial qu'il aura plus tard, et désigne-t-il moins des catéchumènes qu& des fidèles : mais ces chrétiens ne seraient que catéchumènes, l'argument à tirer de leur cas n'en seraitque plus probant. Les esclaves de ces chrétiens fu-' rent arrêtés et interrogés : on voulait savoir d'eux quelque chose du christianisme et vérifier par leurS' aveux les horreurs que la renommée répandait s ce culte clandestin. Mais ces esclaves n'avaient rii à révéler qui pût satisfaire les magistrats, n sinon, ce qu'ils avaient entendu dire à leurs maîtres, savoir que la divine chose qu'ils prenaient était le sang et le »CorpB du Christ, et, persuadés qu'il s'agissait réelleit de sang et de chair, ils le dirent h ceux qui les lestionnaient ". Ce fut, dit saint Irénée, une décou- S pour ces magistrats païensi Ils crurent u t que c'était là le rite que les chrétiens accomiient en cachette, et ils se' le communiquaient, 3 voulaient le faire avouer aux deux martyrs fenctus et Blandine, Mais Blandine répondait ; t Comment les chrétiens pourraient- ils commettre 'eilles horreurs, eux qui par ascétisme ne tou-

ET DE TUEOLOGIE POSITIVE. la

chent même pas aux viandes permises ' » ? Nous avons ici le témoignage d'esclaves qui, n'étant point chrétiens, savent du christianisme seulement ce que leurs mallresenont dit devant eux : leurs maîtres n'avaient donc point de secret à garder, pour avoir parlé devant ces esclaves païens du corps et du sang du Christ reçus dans l'eucharistie ? Si le secret ne porte pas sur l'eucharistie, sur quoi portera-t-il?De tontes façons, où est ici rarcane?

Saint Irénée et saint Justin, en s'exprimant niiisi, témoignent qu'ils n'ont aucune idée de la loi de larcane, Autanton peutendire de TertuUien, quand. — faisant allusion au passage des Actes îles api^tres où saint Paul est représenté sur le navire qui le mène vers l'Italie, au milieu des matelots, prenant le pain, le rompant, et, après avoir rendu grâces à Dieu, le mangeantdevant tout l'équipage, — TertuUien conclut que tout lieu peut se prêter à la prière : « Les apôtres n'ont donc point agi contre le précepte, eux qui eu prison priaient et chantaient devant leurs gardiens, et Paul pas davantage, qui in navi coram omnibus eucharistiam fecit *. » Littéralement, il n'est pas si sur que saint Paul a rompu le pain eucharistique et célébré l'eucharistie, plutôt que pris une collation, sur le pont du navire. Mais TertuUien, du moins, ne doutait pas qu'O eût célébré là l'eucharistie devant tout l'équipage. Que faisait donc TertuUien du précepte de Tarcane?

Cependant TertuUien est souvent donné comme ayant affirmé l'existence de ce précepte, Dans son Apologetiius TertuUien réfute les calomnies atroces

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