‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 4)Chapitre 11 sur 118 · De oral. -il · texte numérisé non relu

De oral. -il

20 ETUDES DHISTOIRE

que les païens répandent sur les réunions fermées et clandestines des chrétiens : sacramentum infanticidii! Alors pourquoi, demande le vigoureux polémiste carthaginois, ne nous prenez-vous pas en flagrant délit? Pourquoi vos magistrats et vos bourreaux ne demandent-ils point aux chrétiens ce qui se pratique dans leurs réunions? « biiperatis non ut dicant quae faciiint... » Tertullien suppose donc que les fidèles pouvaient répondre, tout aussi bien que répondaient les apostats interrogés par Pline. — Il continue : Si nous nous cachons persévéramment {semper latemus) , comme on nous en fait un grief, comment nos ennemis connaissent- ils le crime que nous cachons? Par qui notre crime a-t-il été dénoncé ? Sera-ce par nous? Mais vous ne pouvez le donner à croire, vous païens, qui n'admettez pas que le silence dû aux mystères puisse être violé. Et si les mystères d'Eleusis ne sont révélés par personne, combien moins supposera-t-on que nos prétendus mystères le seraient par nous, si notre révélation devait dévoiler des crimes capables de provoquer la vindicte des lois? « Eleusinia reticentur : quanto magis talia quae prodita intérim etiam humanam animad<^ersioneni provocahunt? » Sera-ce par des personnes étrangères à notre culte, que notre secret aura été trahi? Mais alors comment ces étrangers le connaissaient-ils? « Cum semper etiam piae iniliationes arceant profanos. » — L'argumentation de Tertullien se décompose en deux arguments. Avez-vous constaté, avez-vous fait avouer par quelqu'un des nôtres le crime rituel que vous prétendez que cache notre culte eucharistique? Non. Alors comment l'affirmez-vous? Car s'il y a crime, s'il y a immolation d'un enfant et tout le reste, et si ce crime

est un secret religieux, comment le pourriez-vous connaître? En juriste cpi'il est, Tertullien raisonne sur la supposition de ses adversaires, mais cette supposition, il n'en admet pas le bien-fondé, il la convainc même d'incohérence : il n'admet pas que les chrétiens soient liés par aucune ^cfes sileiitii : on n'a qu'à les interroger, ils parleront, ils n'ont rien à cacher ^ En d'autres termes, ce passage de l'Apologeticus, qui a si souvent servi à prouver l'existence de l'arcane, établit, au contraire et clairement, que l'arcane est une imputation contre laquelle Tertullien défend le christianisme.

C'est une imputation, et Tertullien va l'articuler contre certaines sectes hérétiques, pour les combattre. Il raille l'arcane profond où les valentiniens s'enferment. Ils n'ont rien de plus à cœur que de cacher ce qu'ils prêchent. Ils font du secret un devoir de conscience. Et en cela ils ressemblent aux initiés des mystères d'Eleusis, encore que les valentiniens soientpires : « Eléusinia valentiniani fecerunt lenocinia^ sancta silentio magno, sola taciturnitate caelestia ». N'essayez pas de demander des explications à un valentinien : vous l'interrogez avec candeur, il vous répond d'une mine austère : « Altum est». Si vous tentez de pénétrer cette profondeur, si vous le sollicitez subtilement, il vous répondra par des équivoques qui semblent affirmer la foi commune. Si vous montrez que vous savez tout, il nie tout. Les valentiniens ne confient leur doctrine à leurs disciples que quand ces disciples sont absolument à eux. Aussi nous traitent-ils, nous catholiques, de simples :

1» ApoloQel.l.

fi Ideoque simplices notamur apud illos. » Sans doute, l'arcane que raille Tertullien n'est pas un arcane bien authentique, et le rappel qu'il fait des Eleusiniesest un trait mordant ou injurieux, rien de plus. Mais Tertullien aurait-il parlé ainsi, si les catholiques avaient pratiqué la loi du secret? Et pourquoi les valentiniens accusaient-ils les catholiques de simplicité, sinon parce que les catholiques n'usaient pas de tant de précautions^ ?

Un fait qui n'a jamais été relevé, croyons-nous, est précisément le reproche que les controversistes catholiques adressent aux sectes dissidentes d"avoir, elles, une façon darcane. Saint Irénée reproche aux gnostiques de son temps de se refuser à enseigner au grand jour, Iv savspcp, et de faire payer un prix très élevé la communication de leurs mystères. Ils refusent, dit-il, de laisser divulguer leurs mystères, ils veulent les renfermer dans le secret du silence : « Non oportere omnino ipsorum mysteria effari, sed in abscondito continere per silentium. » Voilà l'arcane. Puis avec l'arcane apparaissent aussitôt les livres secrets, les « apocryphes - ». Dans la prétendue épître de saint Pierre qui se lit en tête des Homélies clémentines, saint Pierre est supposé intimer à saint Jacques Tordre de ne confier à aucun païen, ni même à aucun juif, sans épreuve préalable, les livres de ses Kr,puY[j<.aTa qu'il adresse à saint Jacques. En retour, saint Jacques décide que l'épreuve en question durera dix années au moins, et que les livres de saint Pierre seront communiqués seulement après que l'initié aura juré sur la terre et les cieux de ne communiquer

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