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i:t de théologie positive. 321
le sacrifice, 2° servir un repas, si bien le sens du mot agape a changé ^ Des conciles du iV^ siècle interviennent pour régler l'usage de ces repas de charité. Le xxviii^ canon de Laodicée interdit de faire ces agapes dans les églises et de manger dans la maison de Dieu -. Le xxvii" canon du même concile interdit aux clercs et même aux laïques qu'on a invités à assister à des agapes de prélever des parts pour eux. Ce canon représente un usage conforme à celui de la Constitution ecclésiastique égyptienrie, contraire à celui des Constitutions apostoliques et de la Didascalia : et ce canon donne pour raison de l'interdiction quïl prononce la dignité du clergé exposée à être outragée à cette occasion ^.
On rapprochera utilement du xxvine canon de Laodicée quelques indications jusqu'ici assez obscures des Canons dits d'IIippolyte''. On y voit en
1. Smyrn. Vin : ... o'j-t paTtriÇsiv, oûtî TïpoayÉpîiv, oûte B^jffCav iïpoaxo(i..!;£iv, oCtsSoxi^jV zT.\-zlt'.'i . Flsk, PP. aposl. t. Il, p. VM.
I. Canon Laodicen. 28 : ôxi o'j Ocî èv toï; •/.•jp'.ay.oï; r, âv xat; £//).r,icai; rà; ÎEvouÉva; àyà-a; Tioieïv xai èv tw otxw to'j Ôîoû ÈiOiî'.v v.oi ày.ovê'.Ta ijTpwAÛî'.v.
3. Cation Laodicen. 27: ôxi où Ziï UsaT'.y.où; f, fjrfiv/.'yj; \ )a'.xoù; y.aXovaî'/o'j; eî; àviariV, \i.i'jr^ alpsiv, ô-.i tô t/;v ûSpiv tt) Ta^î' TTpO'îTpioï'j^ai T^ iy.y.)Y]'7ta<7Tiy.f,.
♦. Ces canons sont- ils des environs de l'an 200, comme nous l'avons cru avec .M. Aclielis, ou doivent-ils être datés d'une épo(|ue plus liasse que le iv« siècle, comme le veut .M. Funii? .Nous coiilcssons que la réponse à cette question nous semble moins assurée (|u"elle ne nous a semblé l'être jadis dans le sens de la date la plus anrienne. Voyez Revue biblir/tte, t. X (mot), p. SW-i'.!», notre note »ur • Les canons d'Ilippolyic d'après des travaux récents ».
Les Canons d'Hippolyle contiennent une autre description de repas, description qui leur est commune .ivcc la Conslilution eccléai'istique é'jyptienne : M. Keatiiig, p. 1)1 il», a eu la bonne pensée d'imprimer les deux textes parallelenieiit. Cette description clicnii-me peut se subdiviser en deux sections. — Première section : 'i 18;-ia'; (canon xxxv»*) : si quili|u'iin veut offrir un repas aux veuves, qu'il veille à ce que tout soit achevé avant le coucher du
vigueur l'usage des repas donnés aux pauvres dans l'église et auxquels Tévêque est présent. Le diacre allume les lumina : lévéque prononce une prière sur les pauvres et sur le fidèle riche qui les a invités. Le repas commence alors. Il doit être achevé avant que la nuit soit venue. Au moment de se séparer, les convives chantent un psaume. Ainsi s'expriment les § 164-168 (canon xxxii^). Nous avons ici un repas de charité, sans que ce repas s'appelle du nom d'agape. Ce repas est donné dans l'église : a Wenn es ein xupiaxo'v ist », traduit Riedel^ qui a bien compris qu'il ne s'agissait pas là du dimanche (xupiaxri), mais qui a eu le tort de vouloir reconnaître là le xupiaxov Seîttvov de / Cor. xi, 20, tandis que xupia/.ov a ici le même sens que dans le xxviii® canon de Laodicée, Le repas a commencé par la prière prononcée par l'évêque. Pourquoi? Parce que, dit le texte, l'action de grâce s'impose aux
soleil : que chacun ait sa portion, et que tontes les vieilles soient rentrées avant la nuit. Tout ceci a trait à la même agape que nous avons rencontrée aux S 164-108.— Deuxième section :§ 170-d82 (canons xxxui-xxxv'). Il s'agit ii.:i des agapes offertes sur la tombe des morts, après la messe, en semaine. Cette agape est offerte par la tamille du dcfunt. On recommande aux chrétiens de ne pas s'enivrer, de ne pas crier, de peur de couvrir de confusion la famille qui a invité. Si l'évêque e.^t là, il préside le repas; à défaut de l'évêque, un prêtre; à défaut d'un prêtre, un diacre. Soit l'évêque, soit celui qui Ment sa place, prêtre ou diacre, prononce la prière, rompt le pain et le distribue aux invités. Si aucun clerc n'est présent, un laïque rompra et distribuera le pain, mais sans le bénir. Chacun mangera sa portion en remerciant Dieu.— M.Riedel, op. cil. p. 221, rappelle avec à propos ce que Wansleben dit des Coptes: «Ils ont encore la coutume de faire des agapes ou des repas de cliariié, après les baptêmes, et les enterrements, pour tous ceux qui veulent s'y trouver; donnant à un chacun un plat de bouillie, avec un morceau de viande dedans, et <iu pain autant qu'il en peut manger; et ces repas se l'ont ou dans l'cplise même ou sur le toit de l'église, qui est, selon la coutume des Levantins, toujours ))lat, et capable de contenir un grand nombre d'hommes ».
i. Kirchenrechtsquellen, p. 2-21.
Hi
pauvres au commencement du « sacrement ». Ces mots sont difficiles. Haneberg a traduit ainsi Tarabe : « Et necessaria est pauperibus eù/aptcxia quae est in inilio missae ». Et Riedel : « Den Arjnen gebahrt die Eucharistie bei Beginn des Saki-amenis ». Que viendrait faire ici la messe, le soir? et que viendrait faire l'eucharistie au commencement de la messe? Il est naturel, au contraire, que des pauvres rendent grâce à Dieu au commencement du repas qui leur est servi en son nom.
Passé le iv® siècle, ces repas de charité disparaissent de l'usage grec^.
Notre enquête est achevée. Et il est temps de résumer ce qu'elle nous a appris sur les agapes.
Le Nouveau Testament est muet : saint Paul réprouve comme un désordre l'essai tenté par les Corinthiens de joindre un repas à la célébration de rcucharistie. Le second siècle est muet pareillement. Avec saint Ignace, avec Tertullien, le mot à^cx-Kt^ ou
1. A noter le canon lxxiv du concile in Trullo (U92) qui reproduit le xxvni* canon de Laodicée. Quant au fait signalé par l'historien Sotrale, H. E. v, 2-2 (P. G. lxvii, 636 A), de ces Éjfyptleiis qui, le samedi se réunissent, mangent et boivent, et flnalemeut « participent aux mystères « le soir venu, il faut noter que ce fait est une anomalie : o'i/ w; èOo; yfi^'yiwiol;,, tûv tA'JîTrjpi'wv |ji£Ta).a!J.êivoy(Tiv. L'anomalie consiste en ce (|ue ces Égyptiens se réunissent pour les saints mystères le samedi, alors (jue à Alexandrie non plus qu'à Home jamais il n'y a du messe le samedi. De plus, ces Égyptiens celèbienl la messe le samedi soirl Eniin ils la celibrciil après avoir mang<^ et bu tout leur contcnl, alors (|ue partout ailleurs on est à jeun. Nous ne Noyons d'ailleurs pas que Socratc parle là de manger et de boire à l'église.
324 ÉTUDES D'HISTOIUE
dilectio désigne la célébration de reucliaristie. Clément d'Alexandrie proteste contre l'essai tenté de son temps d'étendre lenomd'àyotTrr, à d'honnêtes banquets de chrétiens : àyaTtr) oeïttvov oùx Iîtiv. Toutefois. Tertullien donne déjà le nom d'agape, à la colloct ■ qui se fait dans les synaxes chrétiennes pour le soulagement des pauvres ou des confesseurs. Nous verrons ainsi le mot agape, en latin, devenir synonyme d'aumône : cette acception est reçue à la fin du iv* siècle, saint Jérôme en a témoigné. En Orient, on constate une évolution autre : àyaTTr, en vient à désigner une distribution faite aux pauvres, puis plus particulièrement un repas donné par quelque laïque riche aux vieilles femmes secourues par l'Eglise, repas sur lequel une part est prélevéj pour le clergé. Encore cet usage, qui se manifeste vers le m* siècle, disparaît-il auv'. C'est là tout ce que les textes nous apprennent.
Quant aux distributions de vivres faites chez les Latins sur les tombes des défunts, ce sont des quasi parentalia^ d'origine païenne. Et les réjouissances parfois désordonnées auxquelles donnent lieu les anniversaires de martyrs, aussi bien chez les Grecs que chez les Latins, sont des réjouissances de l'ordre le plus bourgeois.
Nous voilà loin du grand rôle que théologiens et archéologues attribuaient aux agapes ! Reproduction de la dernière cène, l'agape aurait été le rite primitif de l'eucharistie. Puis, à un moment impossible à déterminer, l'agape aurait été dissociée de la fraction du pain : la fraction du pain dûment stylisée, serait devenue la messe, et l'agape aurait disparu diversement. De Bingham à Renan, de Suicer à Zahn, l'affirmation était unanime. Peut-être les protestants
afTîrmaient-ils avec celte belle humeur, en gens qui voyaient là un fait capable d'infirmer la conception sacrificielle de la messe. Les catholiques sans se soucier de cet aspect de la question, affirmaient avec autant de confiance. Ne nous flattons pas : on affirmera longtemps encore.