‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 4)Chapitre 3 sur 118 · L'ARCANE · texte numérisé non relu

L'ARCANE

L'Arcane, la discipline de TArcane, est un mot par lequel on désig'nc une loi qui, dans les premiers siècles, aurait obligé les fidèles et le clergé à ne parler jamais ouvertement de la foi et du culte devant les catéchumènes ou les infidèles.

Si l'on en croyait certains protestants, cette prétendue loi serait une invention des controversistes catholiques du xvii* siècle, embarrassés pour retrouver dans les premiers siècles la dogmatique et la liturgie dépoques plus modernes. Mais, en réalité, le mot de discipline de l'arcane a été créé par le protestant Daillé. Quant à la chose, des protestants ne se sont pas- fait faute de l'alléguer : « Qui disciplinam arcani ignoraverit, is veteris Ecclesiae institutionein penitus ignoret necessarium est », c'est un protestant qui s'exprime ainsi, et non des moindres '. Du mo-

1. C. M. iTAFf, dans %eiOrigines iuriseccl. (TuLingen 175G), vile par

ment que la controverse entre protestants et catholiques portait sur la tradition, et que ni les uns ni les autres ne concevaient la tradition comme soumise à la loi d'un lent développement, la loi de Tarcane résolvait tant bien que mal les problèmes perpétuellement soulevés par les attestations de l'évolution historique des dogmes et des institutions de l'Église.

Mais l'on se tromperait si l'on pensait que tous les controversistes catholiques aient également usé de cet argument, « validissimum argumentum, novum et admirabile iiistrumentum », comme l'appelle Bingham avec une joyeuse ironie \ Melchior Cano rapproche la tradition non écrite de l'ésotérisme des philosophes anciens, mais sans faire de ce secret une explication universelle 2. Bellarmin fait à peine allusion à la réserve que les Pères mettaient à parler de l'eucharistie en présence des païens et des catéchumènes ^. Gabriel de l'Aubespine s'exprime de même. Il conclut qu'on « doit lire sagement les passages des Pères , auxquels il est parlé de l'eucharistie, car il est bien vraisemblable que la religion, qui les empêchait de l'exposer à la vue et à la connaissance des étrangers, la même leur défendait d'en écrire ouvertement et de publier qu'elle était le vrai corps du Christ"* ». Le cardinal Duperron n'est guère plus afhrmatif, quand il répond aux difficultés tirées de saint Augustin par les protestants, que ces textes sont pris à des « sermons populaires, où assistaient

V. HuYSKESS, Zur Frage ûbersog. ArkandiscipHn {Munster 1891), p. k. Cf. H. Gravel, Die Arcandisciplin (Lingen 1902), p. -î.

Page 1