Sim. IX, 2(i. Cf. / Clem. MX
ci-devant commises : à ce prix, il recevra « la guérison de ses péchés anciens » . Cette purification laborieuse, placée ainsi entre la conversion du pécheur et sa guérison, contient en germe les éléments satisfactoires de la discipline pénitentielle à venir ^ .
Cette doctrine n'est pas particulière à Hermas. Elle se retrouve dans le beau récit de Clément d'Alexandrie sur le jeune meurtrier ramené par l'apôtre Jean. Car il n'a pas suffi à l'apôtre de voir couler les larmes de repentir, ni à Clément d'ajouter que les larmes du jeune homme le baptisaient une seconde fois. L'apôtre, en effet, ramène le pécheur à lÉglise, et alors commencent les exercices de la purification laborieuse : Jean conjure Dieu par des prières persévérantes, il rivalise avec le pénitent de jeûnes continuels, il restaure sa conscience par des entretiens touchants, et il ne le quitte que quand il l'a restitué à l'Eglise. Ici toutefois s'accuse une nuance sensible déjà chez Hermas : ce travail de l'âme sur elle-même est moins une satisfaction donnée à Dieu qu'une cure méthodiquement conduite. Clément d'Alexandrie voit dans le retour du jeune homme à l'Église « un grand exemple de conversion et une grande leçon de palingénésie ».
Conversion et guérison sont les deux termes fermement posés par eux. Ilermas, qui est le plus près do la rigueur ancienne, ajoute un autre terme, une autre condition : on ne peut se convertir qu'une fois. La femme adultère doit être pardonnée si elle se
1. .Sm. IX, 23, :i; Sim. VIII, 11 ; Sim. V, 7, 3; surtout Sim. VII, i. Sur ce «Icriiicr passaRt;, MM. CF.niuKnT et Harnack mettent la note suivante : • Ifabes hic initia perx^ersae illius ecclcsiasticae disciplinae, quam poilca Fiomani lateexcoluerunt ».
convertit, car « il faut recevoir le pécheur qui se convertit, mais sans excès, puisque pour les serviteurs de Dieu il est une conversion, une seule ' ». La crainte d'excéder dans l'indulgence a suggéré cette restriction arbitraire, d'autant plus arbitraire qu'elle est attribuée à Dieu. Elle n'implique pas une disposition juridique de l'Église, une discipline. Non, la guérison du converti est, pour Dieu même, conditionnelle : « Garde-toi, dit le Pasteur, et le Seigneur miséricordieux te guérira, à condition que désormais tu ne souilles plus ni ta chair, ni ton esprit : garde-toi pur, et tu vivras pour Dieu 2. » On comprend dès lors que le pécheur, converti de ses fautes, vive désormais dans une expiation de tous les instants. Irénée parle de femmes qui, après être tombées dans l'hérésie et dans la fornication, sont revenues à l'Église, mais ont passé tout le reste de leur vie dans les gémissements et les larmes ^.
En dépit de ces restrictions, le principe est afTirmé du droit au pardon pour le chrétien failli. Hermas laffirme au nom du presbytérat romain et de la conscience chrétienne. Mais l'encratisme est encore trop répandu, il s'accorde trop bien avec le pharisaïs"me qui est l'ivraie de toute forte vertu, pour ne pas faire échec longtemps à la doctrine indulgente et pour ne l'obliger pas à des restrictions, nous venons de le voir, et aussi à des controverses. Parmi les lettres de
d. .l/a)K/. IV, 1, 8. Cf. IV, 3, 6.