G ÉTUDES D'HISTOIRE
Vers la fin du xvii® siècle, et alors que les controversistes semblaient renoncer à invoquer l'arcane, on constate soudain qu'il a pénétré dans FEcole. Un chanoine d'Anvers, ancien préfet de la bibliothèque Vaticane, qui était d'ailleurs un érudit fort copieux, Schelstrate, écrit une dissertation pour démontrer que l'arcane est une discipline instituée par Jésus- Christ et pratiquée depuis le temps des Apôtres. Les dogmes, mais surtout le dogme et la liturgie sacramentaires, sont l'objet propre de l'arcane. La transsubstantiation en est le plus profond secret'. Avant lui, le théologien G. Estius [j- 1613) commentant le livre des Sentences pour expliquer comment les anciens Pères n'ont parlé ni de la matière ni de la forme des sacrements, s'avise que la chose n"a rien d'étrange, puisque c'était là une partie des secrets qui tombaient sous la loi de l'arcane, et Estius, se fondant sur l'autorité du pseudo-Aréopagite, étend le secret à toute la théologie sacramen taire'-. Quand un faux ou une erreur a pénétré dans l'École (entendez les cahiers de Sorbonnistesetles manuels de Séminaires), il ne faudrait pas moins qu'un ange du ciel pour rétablir la vérité !
Le protestant Jean Daillé y perdit sa peine. Pourtant il définit avec précision et justesse ce qu'était cette discipline de l'arcane : le mot même est de lui. Il vit très bien, comme l'avaient vu Duperron, Casau- ])on, Petau, que le langage des Pères est en certains cas tout pénétré de réticences, notamment en ce qui
aufdas Clirislenlum (Gotliiigcn 1891). G. Wodrermis , Sludien zurFrage der Beeinflussung des Urchrislentums durch das antike Mysterienwesen (Berlin 181)0).
1. Anliquitas illustrata (Anvers 1C78). Commentatio de Antiocheno concilia (Anvers -1081).
2. In liO. IV seutenliarv.7n (édit. Paris 1080), d-st. I, S 10.
a Irait aux sacrements, et que ces réticences tenaient à ce que la célébration du culte étant un service auquel on n'admettait ni les catéchumènes, ni les nonchrétiens, force était de ne parler des saints mystères qu'en termes obscurs quand on en parlait à tout le peuple. Par là l'esprit des catéchumènes devait être porté à un respect plus profond et à un désir plus ardent de ces sacrements qu'on entourait dotant de secret. C'était donc une discipline surtout pédagogique. Daillé vit aussi très bien que cette discipline n'était pas ancienne et qu'elle s'était affirmée surtout au iv^ et au v*^ siècle : il niait qu'on en trouvât aucune trace aux trois premiers siècles'. A quelques nuances près, Daillé avait mis toutes choses au point.
Mais la discussion avait pris une allure de mêlée. Le protestant W. E. Tentzel avait réfuté le chanoine Schelstrate (Wittemberg 1683). Schelstrate réfuta Tentzel par une dissertation Z)e disciplina arcani [Anvers 1685), à laquelle Tentzel répondit par des Animadçersiones (Leipzig 1692). La question de l'arcane était devenue une question décole : elle a rempli le XVIII* siècle d'une littérature, dont M. Huyskens a fait récemment l'inventaire-.
Encore M. Huyskens n'a-t-il pas tout connu. Ainsi le P. Merlin, jésuite, lui a échappé, qui est auteur d'un Traité historique et dogmatique sur les paroles ou les formes des sept sacrements de l'Eglise^ où il est dit qu'au V siècle « on ne voyait point encore ni pontificaux, ni sacramentaires », et « qu'il n'était
1. De usu Patrum ad ea defînienda religionis capita, quae sunl hodie controversa (Genève liSiî).
2. HiYSKF.Ns, p. 10-22. noxwET^cft, art. n Arkandisciplin » de la RialenryUhpiïdif. 113, gravei., p. i:M7.
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pas permis, même à un évêque écrivant à un évêque, d'énoncer les termes qui constituent la forme des sacrements ». Il est dit encore que les formes des sacrements ont été immuables « dans toutes les Églises chrétiennes du même rit » durant les sept premiers siècles, et « elles doivent encore maintenant être les mêmes ». Ces formes, continue-t-il, devaient être courtes et indicatives, et il estime que « cela suit nécessairement ». Cette nécessité déductive le dispensant d'autre preuve, il écarte sans autre forme de procès les faits qu'on pourrait objecter, et rappelle àla modestie de leur condition les « quelques critiques » coupables d'avoir « commencé à faire parade d'une érudition évidemment fausse, qui impute à toute l'antiquité d'avoir administré la plupart des sacrements avec des formes déprécatives ». Car, si les Pères taisaient les formules sacramentelles de prières, c'était pour ne point révéler ce qu'elles étaient. Et, pareillement, ils ne prononçaient pas le nombre des sacrements, si bien que « avant le xii^ siècle nul auteur ecclésiastique n'a marqué dans ses ouvrages le nombre précis des sacrements ». Au xii*= siècle seulement, sur ce point comme sur les autres, on commença « à se gêner un peu moins dans les écrits où l'on traitait de ce qui regarde les sacrements ' ».
On voit si la scolastique du xviii^ siècle avait abondé dans le sens d'Estius et de Schelstrate! L'augustin Berti, qui connaissait plus de sacramentaires que Merlin, demandait timidement au jésuite Zaccaria comment on avait bien pu consigner dans le sacramentaire grégorien l'ordo de la messe et les pa-