Inter Cypiuan. E2)istul. xxx
les confesseurs étaient fort nombreux, et, s'il en était d'admirables, il en était aussi de qualité inférieure, vulgaires, glorieux, querelleurs, arrogants, et certains même de mœurs équivoques (xiii, 5). Ils refusaient d'obéir aux prêtres et aux diacres (xiv, 3). En relevant ainsi l'indignité de tels martyrs, saint Cyprien rappelait (en conformité avec saint Irénée) que le pouvoir des martyrs était un simple pouvoir d'intercession par la prière auprès de Dieu : tant valait le martyr, tant valait l'intercession. Mais cette restriction ne suffisait pas , et il était urgent de régler l'usage de cette intercession, sous peine de voir la discipline de l'Eglise échapper aux mains légitimes.
L'équilibre de l'Eglise était donc compromis à la fois par le nombre des lapsi et par l'ingérence des confessores.
A Carthage, saint Cyprien intervint avec une clairvoyante énergie \ d'abord pour limiter la /?/-aero^ativa martyrum (xviii, 1). Il interdit aux prêtres de rendre la communion aux lapsi sur le simple vu du billet de communion délivré par un martyr. Il voit dans cet acte une offense à l'épiscopat, une méconnaissance de l'extrême gravité de l'apostasie commise par les lapsi. Pour des péchés moindres les pécheurs font pénitence un temps convenable, puis ils reçoivent le droit de communier par l'imposition des mains de l'évêque et du clergé : et ces lapsi, alors que la persécution dure encore, seraient reçus à la communion, avant toute pénitence faile, avant toute imposition de mains de l'évêque et du clergé?
\. Voyez C. GoETZ, Die Dusslehre Cyprianx (Kônigsberg imi); mais c'est une œuvre de vieux cailioliquc écliauffé.
114 ETUDES DilISTOIRE
Nam ciim in minoribus peccatis agant peccatorespaenitentiam iusto tempore , et secundum disciplinae ordinem ad exomologesim reniant, et per manus impositionem episcopi et cleri ius communicationis accipiant, — nunc crudo tempore persécutions adhuc persévérante, nondum restituta ecclesiae ipsius pace, ad communicationem admittuntur, et offertur nomine eorum, et nondum paenitentia acta, nondum exoraoiogesi facta, nondum manu eis ab episcopo et clero imposita, eucharistia illis datur(xvi,2).
Ces déclarations sont très importantes, car elles décrivent Vordo disciplinae pratiqué à Cartilage au moment où la persécution a éclaté. Les pécheurs coupables de péchés moindres que l'apostasie font une pénitence dont la durée est proportionnée à leurs péchés [iusto tempore) ; concurremment ils sont astreints à l'exercice de l'exomologèse [ad exomologesim çeniunt) ; enfin l'évêque et le clergé leur imposent les mains, et cette imposition des mains, évidemment publique, puisque le clergé y est associé à l'évêque, leur rend le droit à la participation aux saints mystères [ius communicationis). Telle est la procédure normale in minoribus peccatis. Cette procédure, dans ses lignes générales, doit être identique à celle que TertuUien trente ans plus tôt, à Carthage même, appelait « paenitentiae species post fidem, quae leviorihus delictis veniam ah episcopo consequitur * ».
Saint Cyprien ne professe pas que l'apostasie soit un péché irrémissible en ce sens qu'il serait réservé à Dieu, et ceci est à noter comme un symptôme du développement de la doctrine pénitentielle depuis Calliste. Car Calliste avait soulevé des protestations
\. De pudicit. xviii, 17.
véhémentes en revendiquant pour l'Église le droit de remettre une des fautes que l'on voulait réserver à Dieu ; et Tertullien n'avait pas manqué de lui objecter que, s'il absolvait l'adultère, il devait absoudre l'apostat, croyant par là le mettre en face d'une conséquence inacceptable : « Quaecunque auctoritas , qiiaecunque ratio moechoetfornicatoripacemecclesiasticam reddit, eadein debebit et homicidae et idololatrae paenitentibus subvenire, certe negatori et utiqiie un qiiem in praelio confessionis tormentis colluctatum saevitia deiecit^ . » Saint Cyprien, sur ce point, abonde dans le sens de Calliste et ne se préoccupe pas de s'en justifier devant ses contemporains, comme si toute opposition avait cessé.
Mais saint Cyprien dépasse Calliste sur la question de l'intercession des martyrs. Cette intercession était reconnue par saint Irénée et par Calliste, qui semblent n'avoir pas douté de son efficacité auprès de Dieu. Saint Cyprien au contraire n'admet pas que cette intercession dispense un failli de la procédure normale, savoir de l'exomologèse et de l'imposition des mains, 11 condamne les prêtres qui ont réconcilié les faillis sans condition, sur le vu du billet de communion délivré par les martyrs, «... contra euangelii legem, ante actam paenitentiajn, ante exomologesim gravissimi atqne extremi delictif actam ^ ante manum ab episcopo et cleî'oin paenîtentiam impositam^ ». La prudence qui veut qu'en matière de salut nous soyons