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anormale », et qu'elle ne fit pas brèche directement aux règles solennelles de la pénitence ecclésiastique, témoin les canons du concile d'Elvire [a. 306) qui refusent la réconciliation aux lapsi. A nos yeux, au contraire, le concile d'Elvire témoigne que le droit divin revendiqué par l'épiscopat de réconcilier tout pécheur une fois, était acquis et reconnu, alors même que, dans certaines circonstances, l'épiscopat décidait de priver certains pécheurs de tout recours à ce pouvoir divin de l'évêque. Il est sûr, et tous les faits que nous avons produits le montrent clairement, que l'épiscopat usait de son pouvoir de réconcilier dans une mesure qui variait selon que l'exigeait l'intérêt spirituel et moral des fidèles. Deux papes contemporains du concile d'Elvire confirment notre induction. L'épitaphe damasienne du pape Marcel (-|- 309) le représente comme ayant suspendu l'exercice de la réconciliation des lapsi, au lendemain de la persécution de Dioclétien, et comme ayant par cette mesure soulevé dans son Église la plus violente opposition :
Veridicus recto r, lapsos quia crimina flere praedixit, miseris fuit omnibus hostis amarus : hinc furor, hinc odium sequitur, discordia, liles. seditio, caedes : solvuntur faedera pacis.
Avec M. de Rossi et M^"" Duchesne, nous croyons que de ces vers de Damase il résulte que le pape Marcel eut à lutter contre une cabale de lapsi; mais rien ne dit que ces lapsi aient voulu forcer l'Eglise romaine à les réunir à la communion sans qu'ils se fussent soumis au préalable à une expiation pénitentielle, car pareille sommation en 308 eût été un ana-
chronisme, la loi qui sy opposait étant posée et acceptée depuis le pape Cornélius, Il est donc plus vraisemblable que le pape Marcel voulut imposer une satisfaction plus longue, sinon aussi sévère que celle qu'imposait le concile d'Elvire. De là Témotion et la colère des lapsi.
Leur opposition durait encore sous le pontificat du successeur de Marcel, le pape Eusèbe. L'épitaphe damasienne dEusèbe donne un nom, inconnu d'ailleurs, qui paraît être le nom du chef de ce violent parti des lapsi :
Heraclius vetuit lapsos peccata dolere.
1/épitaplie continue, en décrivant la sédition contemporaine d'Eusèbe avec les mômes termes qui avaient servi à décrire celle du temps de Marcel :
Eusebius miseros docuit sua crimina flere : scinditur in partes populus gliscente furore ; seditio, caedes, belium, discordia, lites!
Ensemble Heraclius et Eusèbe sont exilés, ce qui donne une idée de l'importance du personnage qu'était Heraclius et de la discorde soulevée par lui '.
Qu'est-ce à dire sinon que le pouvoir des clés est aux mains des évoques, mais que les évêques l'administrent comme un droit de grâce, que l'on ménage, que l'on conditionne, que Ion peut même suspendre? 11 est aux mains des évoques, comme un pouvoir souverain : l'intervention des martyrs, qui un temps avait entamé cette souveraineté, et que le pape Calliste avait pour un temps ratiliée, est depuis Corne-
1. De Rossr, Roma soit. t. II, [>. 201-203. DLciiF.sNE,Li6e/-;yon/i/. t. I, p. lOC et 107,
lius exclue. Il est souverain : la réserve qui avait interdit aux adultères d'en bénificier a été levée au temps de Calliste ; la réserve qui excluait encore les lapsi est, de même, en principe et en fait, levée au temps de Cornélius. La procédure qui conditionne l'exercice du pouvoir épiscopal des clés apparaît dans ses actes distincts : la conversion ou pénitence, l'exomologèse, l'imposition des mains. Ce geste, qui réconcilie en dernière instance le pécheur et lui rend la communicatio ecclesiastica, apparaît très nettement formé ^ : il est le geste de l'évèque; mais, sauf les cas de mort prochaine du pécheur, tout le presbyterium y est associé, comme il convient à un acte solennel de rÉglise, à un acte aussi solennel que le baptême.
\. Ce même geste estindiqué pour la réconciliation des hérétiques ; € [Eusebius] hic haereticos invenit in urbe Uoma, quos ad manum impositionis [sic] leconciliavit. » Liber pont. t. I, p. 107. Cf. la note de M^"^ DiciiESNE, in loc, qui assimile, il est vrai, cette imposition de mains à celle de la coniirmation.
PÉNITENCIERS ET PENITENTS
(iv^-ye siècle)
Un fuit ressort clairement de l'enquête que nous avons poursuivie, c'est que le ministre ordinaire de la pénitence est jusqu'ici l'évêque. Ce fait ne surprendra personne, si l'on veut bien se rappeler que l'évêque, au ii^ siècle comme au m®, est en chaque Eglise le sacerdos par excellence et quasi unique. Le mot sacerdos, qui plus tard, à dater du VI* siècle, a été appliqué aux presbyteri, a été d'abord le synonyme d'évôque et ne désigna longtemps que l'évêque. Le baptême est une fonction épiscopale, et, au témoignage de Tertullien, il n'est jamais administré par un prêtre ou par un diacre sans la délégation de l'évêque : « Dandi quidem \hap' tismurn] habet ius summus sacerdos quiestepiscopus, dehinc presbyleriet diaconi, non tamen sine episcopi auctoritate, propter Kcclesiae honorent. » L'eucharistie est pareillement une fonction épiscopale, et il fut un temps où sans l'évêque on ne devait pas plus célébrer leucharistie que le baptême : « Valida eitcharistia habeatur illa , qiiaesub episcopo peragitur, et sub eo cui ipse concesserit. » Ainsi s'exprimait
saint Ignace. A Rome, au début du iv® siècle, quand un prêtre célèbre la messe en dehors de la présence de l'évêque, il mêle aux espèces qu'il consacre une portion de pain consacré antérieurement par l'évêque, « ut oblationes ex consecratu episcopi dirigerentur^ ». Si les pouvoirs liturgiques sont ainsi concentrés dans les mains de l'évêque, il n'en saurait aller autrement du pouvoir des clés.
Cette constatation faite et ce jalon posé, nous nous demanderons à quelle époque et dans quelles conditions de simples prêtres ont été associés au ministère proprement épiscopal du pouvoir des clés. La question a une importance grande, parce que, dans la transition de l'ancienne discipline à la discipline des pénitentiels, la création des prêtres pénitenciers détermine l'évolution.
Nous avions abordé cette question déjà dans un mémoire publié en 1894 ; nous la reprenons ici plus à fond, et sans qu'il soit besoin de noter les corrections que nous apportons à notre étude d'il y a huit ans.
Un premier fait à constater est que, à Rome, à la fin du v® siècle, il existait auprès de certaines basiliques des prêtres chargés des personnes qui sollicitaient le baptême et de celles qui sollicitaient la pénitence. On lit, en effet, dans la notice du pape Simplicius (468-483) , au Liber ponlificalis, que ce pape institua dans les trois basiliques de Saint-Pierre, de Saint-Paul et de Saint-Laurent, un rôle grâce au-
1. Tf.rtl'll. De èapasmo, 1". Iosat. S/rti/r/i. mu, \..Lih ponlificalis t. I, p. 168.
quel chaque semaine des prêtres se relayaient pour le service des pénitents : « ... constituit ... ebclomadas ut presbiteri marièrent propter paenitentes et baptismum » . Ainsi s'exprime ce que l'on a appelé la seconde édition du Liber pontifie alis.V,^ première édition, un peu plus explicite, portait ceci: « ... constituit... ebdomadas ut presbiteri manerent propter baptismuni et paenitentiam petentibus ^ ».
Les trois basiliques susnommées, Saint-Pierre, Saint-Paul, Saint-Laurent, sont des basiliques hors les murs. La nouveauté de l'institution du pape Simplicius consiste en ceci qu'il attache des prêtres chargés du ministère des catéchumènes et des pénitents à des basiliques, qui jusque-là, n'étant point dans l'intérieur de la ville de Rome, pouvaient être considérées comme nous considérerions aujourd'hui des sanctuaires sans paroissiens. C'est dire que les églises situées dans l'intérieur de Rome devaient avoir à poste fixe antérieurement au pape Simplicius des prêtres chargés du ministère des catéchumènes et des pénitents.
Et, en effet, toutes les églises qui portaient à Rome le nom de titres, — elles étaient au nombre de vingt-cinq, — avaient ceci de distinctif, qu'elles étaient desservies par un clergé attaché à chacune d'elles; ce clergé lui-même avait pour fonction distinctive le soin des catéchumènes et des pénitents. L'institution de cette répartition du clergé entre les vingt-cinq titres est attribuée par le Liber poiitifîcalis au pape Marcel (304-309) : le Liber marque que l'organisation de ces titres équivalait à démembrer