Ibid. m
vernement familial ; elle est aussi une charge d'instruction. La description des Pastorales n'a pas la rigueur des formules ignatiennes, mais elle les fait pressentir, en donnant l'évêque comme le curateur, comme Tépimélète de l'Eglise, £xxXyia(aç Ôeoïï Eirifxs- XiiffSTai. La première épître à Timothée n'est pas le manuel de l'instruction ou didascalie, elle est plutôt le manuel de l'administration temporelle de l'Eglise.
La troisième Pastorale, l'épître à Tite, est adressée par l'apôtre Paul à un de ses disciples établi dans l'île de Crète. Elle est identique de ton et de sujet à la première épître à Timothée. Chaque ville a une église; chaque église, des presbytres. Tite est un oiSasxaXoç (ii, 1). L'épiscopat est une charge qui demande un chrétien désintéressé de l'argent, hospitalier, capable d'enseigner et de controverser : l'épiscope est comme l'économe de Dieu (i, 7-9).
On peut rapprocher de l'épître à Tite l'épître dite aux Hébreux. Ce n'est pas la place de dire quelles raisons permettent de voir dans cette épître un texte contemporain de la persécution néronienne et de la Prima Pétri, et pourquoi nous inclinons à y voir une épître d'origine romaine. Cette opinion importe peu, du moment que l'on est unanime à tenir l'épître aux Hébreux pour antérieure à la Prima Clementis. Pour l'auteur, le mot de npEaêuTîpoi ne semble pas avoir de sens hiérarchique, et désigne les anciens littéralement (xi, 2). Mais notre auteur emploie un terme bien autrement expressif, cher à la langue romaine, le terme de yiYou(jievoi(xiii, 7 et 24). C'est le mot qui, dans l'armée, désigne les officiers généraux. « Souvenez-vous de vos higoumènes qui vous ont
parlé la parole de Dieu... » Ces higoumènes ont le ministère delà parole, ils sont des StoxdxaXot. « Obéissez à vos higoumènes, soyez-leur soumis, ils veillent sur vos âmes comme [des gardiens qui] en doivent rendre compte. » Ces higoumènes ont donc le ministère de riTriffxoTCy-^. Et l'auteur termine sa lettre par ces mots : « Saluez tous vos higoumènes, » d'abord, puis « saluez tous les saints », c'est-à-dire les fidèles.
Un quatrième et dernier groupe de textes sera le groupe que nous appellerons syro-palestinien.
« Frères aimés, lisons-nous dans l'épître de saint Jacques, ne sont-ce pas les riches qui vous tyrannisent, et qui vous traînent devant les tribunaux, ces mêmes riches qui blasphèment le beau nom dont nous avons tiré le nôtre » , c'est-à-dire le nom du Christ (il, 6-7)? Les chrétiens auxquels s'adresse l'épître de Jacques sont des pauvres, des gens de métier, moissonneurs à gage auxquels le riche propriétaire ne paie pas toujours leur salaire (v, 4), petits marchands qui vont de ville en ville, s'établissant ici, puis poussant plus loin (iv, 13), Juifs, car ils sont Juifs comme le rédacteur de l'épître (ii, 21), répandus dans les villes d'un littoral où abordent les grands navires (m, 4) et ces flots que le vent de la mer soulève et retourne (i, 6). Ces pauvres sont facilement éblouis par la richesse : si dans leur synagogue ' en-
i. SuvaywY^v uu.wv. Le mot de synasoguc est pris ici dans son sens littéraire et veut dire simplement votre assemblée, — euro Versammlung (Soden) — convenlum vcslrum (Vulgate). Sur l'emploi de ffuvaYwy^ dans la littérature apostolique, voyez la note de llarnack sur Ucrni. Mund. xt, t).
tre un homme portant bague d'or au doigt et robe blanche, en même temps qu'un homme en haillons, ils offriront au riche une place d'honneur et au misérable l'escabeau de leurs pieds, comme si Dieu, « mes frères aimés, n'avait pas choisi les pauvres de ce monde pour en faire les riches de la foi et les héritiers du royaume qu'il a annoncé à ceux qui l'aiment » (il, 5)? L'auteur de ce petit traité, d'une grécité si pure, d'un moralisme imagé qui rappelle l'Ecclésiastique et la Sagesse, pratique les Septante comme il convient à un Juif helléniste. Toutefois ce n'est pas à Alexandrie, et moins encore à Jérusalem ou en Galilée, qu'il convient de chercher la « synagogue » de ses pauvres, mais bien plutôt dans quelqu'une de ces villes de la côte syrienne, vers Césarée, vers Tyr, où les Juifs étaient déjà dans la dispersion (i, 1), et ces pauvres, c'est dans la première génération des chrétiens pour qui le retour du Christ était imminent (v, 7), que l'on pourrait penser les rencontrer.
Un opuscule d'édification de cent versets à peine ne saurait nous donner grands détails sur l'organisation hiérarchique. L'épitre de saint Jacques cependant n'est sans nous apprendre que les communautés forment chacune une Église. Chaque Église a ses presbytres. « Quelqu'un parmi vous est-il affligé? Qu'il prie. Quelqu'un est-il content? Qu'il psalmodie. Quelqu'un est-il malade? Qu'il appelle les presbytres de l'Église;... la prière de la foi sauvera le malade; s'il a commis des fautes, elles lui seront remises... Puissante est la prière du juste » (v, 12-16). Le presbytre est comparé à Élie, sa dignité est en même temps un charisme. C'est un charisme aussi que celui
(le linstruction : « Mes frères, que peu d'entre vous deviennent oi5âcxaXot , sachant que plus grave est le jugement qu' [en cette fonction] on encourt » (m, 1).
Les communautés de chrétiens de race juive auxquelles s'adressait l'épître de Jacques étaient des communautés très simplifiées, et le livre des Actes (xxi, 4-11) ne les décrit pas différemment. Paul arrivant à Tyr, « y trouve les disciples », et ceux-ci conjurent Paul a par l'Esprit » de ne monter point à Jérusalem : les fidèles avec leurs femmes et leurs enfants accompagnent l'apôtre « hors de la ville », et sur le rivage même, tous à genoux, « nous priâmes ». A Ptolémaïs, Paul salue « les frères ». Des disciples, des frères, rien d'autre. Ces groupes de Tyr et de Ptolémaïs ne rappellent en rien le solennel collège des presbytres d'Éphèse. Paul arrive à Césarée, il reçoit l'hospitalité dans la maison de Philippe : mais les Actes ne donnent à Philippe d'autre titre que celui « d'évangéliste » et de « diacre ». Avec Philippe sont ses quatre filles, toutes quatre « vierges prophétisantes ». Et comme Paul et ses compagnons étaient encore dans la maison de Philippe, arrive de Judée un « prophète », qui s'adresse à l'apôtre : « Voici ce que dit le Saint-Esprit... » Dans ces communautés de la côte syrienne, les prophètes tiennent une place qu'à pareille époque les Eglises de chrétiens helléniques ne connaissent plus.
Un état social très voisin de celui que décrivent soit les Actes, soit l'épître de Jacques, nous a été révélé par la Didachè. La Didachè ignore les épîtres paulines; elle parle d'un « évangile du Seigneur », sans qu'on puisse déduire de ses évangélismes que son évangile est aucun de nos trois
synoptiques. Par ailleurs, des textes de la première moitié du second siècle, comme l'épître dite de Barnabe et le Pasteur d'Hermas, dépendent de la Didache. Il faut conclure, avec Zahn, avec Funk, avec Schaff, que la Didachè date des ^àngt dernières années du premier siècle. A nos yeux, elle pourrait être plus ancienne encore : il n'y est fait allusion à aucun g'nosticisme, ni à aucune persécution; pour elle la venue du Seigneur est imminente *. Certains traits de mœurs rappellent le monde de l'épître de saint Jacques. Ainsi la Didachè connaît, elle aussi, les artisans qui passent de ville en ville : « Quiconque vient au nom du Seigneur, qu'on le reçoive; s'il ne fait que passer, assistez-le de votre mieux ; s'il veut s'établir et qu'il soit artisan, qu'il travaille et qu'il mange; s'il n'a aucun métier, veillez à ce qu'il ne vive pas au milieu de vous chrétien oisif; s'il ne veut rien faire, c'est un homme qui trafique du Christ; défiez-vous 2 ». La communauté est une œuvre de mutuel secours matériel, comme il convient à une œuvre de pauvres. Les membres en sont unis par une singulière solidarité d'amour et de confiance : ce sont des frères, unis, des quatre vents du ciel, pour se sanctifier et marcher ensemble à la rencontre du royaume de promission ^.
ik Chaque Eglise a pour l'administrer des épiscopes et des diacres, élus par elle, qui doivent être des fidèles éprouvés et désintéressés, et auxquels on doit tout respect. iSIais pourquoi ce respect et cette soumission? C'est que ces épiscopes remplissent aussi
\. Didach. xvi, i.