‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 4)Chapitre 94 sur 118 · Eph. II, -20 et III, 15. / Cor. xiv, 3. a Didach. x · texte numérisé non relu

Eph. II, -20 et III, 15. / Cor. xiv, 3. a Didach. x

•t. / Cor. XII, 28 : TipwTov àroffTÔXou;, SevTEpov npoçi^Taî.

et prophètes sont les expressions primitives de la hiérarchie de l'Église à létat de mission.

Puis voici apparaître la hiérarchie, non plus missionnaire et itinérante, mais locale, immobile, la hiérarchie des Eglises individuellement vivantes et organisées. La Prima démentis, à Rome, en 95*, parle des épiscopes et des diacres institués par les apôtres. La Didachè, d'épiscopes et de diacres élus par la communauté. L'épître aux Philippiens, en 64, d'épiscopes et de diacres institués à Philippes. — Épiscopes et diacres sont deux vocables purement helléniques ^ . Il faut concéder à Hatch et à Harnack que la fonction des épiscopes et des diacres est dans une certaine mesure une fonction d'administration matérielle; si saint Polycarpe, si les Pastorales, s\ la Didachè, si la Prima Pétri, exigent si instamment des épiscopes et des diacres des garanties de désintéressement, d à(piXapYupi'a, et la preuve qu'ils savent bien gouverner leur maison, c'est qu'ils ont à administrer le temporel de l'Eglise : aumônes à recueillir, aumônes à distribuer, tout passe par leurs mains. — Mais les épiscopes et les diacres ne sont pas seulement des trésoriers, et si on leur demande tant de vertus, et non point seulement d'avoir de l'ordre et du désintéressement, c'est sans doute qu'ils ont d'autres soins, et plus religieux : ici, avec M. Sohm et M. Harnack, il faut supposer clair ce que les textes ne disent qu'à mots enveloppés, et

1. Voyez B. Hacssoilueiî, art. Episkopf.s du Lict. des ant. Pour les diacres, Lôni>-c, p. 47, n. 2. Sur l'emploi du mot TrpeirêÛTejîo; en Egypte pour désigner des fonctionnaires civils et aussi des prêtres païens, dès l'époque des Ptolémées, voyez Revue biblique, t. VII (1898), p. 4SI.

que la liturgie sacramentelle est aux mains des diacres et des épiscopes. Ils partagent cette fonction avec les apôtres et les prophètes. Et enfin la liturgie sacramentelle suppose le ministère de la parole aussi bien que celui de la discipline. Les épiscopes et les diacres, dira la Didachè, remplissent la liturgie des prophètes et des didascales ^

Or le personnel missionnaire est destiné à disparaître : les apôtres, puisque leur privilège d'avoir vu le Christ s'éteindra avec eux; les prophètes, parce qu'un jour viendra où la source des charismes sera tarie. La Didachè ne montre-t-elle pas l'Église préoccupée déjà de se défendre contre les prophètes sans mission vraie?

Prophètes et vierges prophétisantes ne se retrouveront bientôt plus que dans les conventicules dissidents, marcionites ou montanistes. Le titre d'apôtre ne sera usurpé par personne. Qui donc alors remplacera les apôtres dans l'exercice de cette autorité personnelle et bien véritablement despotique (au sens premier du mot) qu'ils avaient sur chaque communauté^? Les textes ne disent pas comment le passage d'un régime à l'autre s'est opéré, mais ils permettent de constater que l'épiscopat monarchique s'est trouvé avoir en mains cette autorité despotique, par droit de succession. D'autre part, chaque Eglise

1. Didach. xv, i : Ciiaîv XeiTOypyoyji /ai a-jToi Tr.v )îiTO'jpY:av Tôiv îtpoyïiTtov xal 2i5a(jxi)u)v.

•2. I Cor. VII, 17 : O'jTw; ti Taî; âxxÀr.aîa'.î Ttdioti; ôiaTaTaoïiai. — XI, 31 : ta 5à ),0'.irà w; àv ilbih 6iaTà$o[jiai. — xn, 1 : w'jTtîp ôiÉtaÇa taï; £xx/T,cta'.; tt}; Fa/axia;, oûtw; xal ûjjleï; TtoiriTaTe. — Tit. i, hi); Èyû ffoi ô:iZ7.^i\Lrr/ . — Rom. xiii, -2 : f, toû Ôeoû ôiaTaYrj. — / Cor. n, 1 : 6 xûpio; 5i£Ta$£. Cf. Ioat. ad liom. iv, 3 : oJ^ w; lltTpo; /.ai IlaûÀo; ôiatàaaoïtai 0(iîv.

étant pourvue d'un comité d'épiscopes, du moment que l'un de ces épiscopes était investi de la suprématie, ses co-épiscopes voyaient leur ordre diminué d'autant. L'épiscope souverain fut aux épiscopes subordonnés ce que nous voyons l'évêque être aujourd'hui à ses prêtres, l'évêque (avec une pleine juridiction) ayant l'exercice du sacerdoce total, les prêtres ne l'ayant pas. Nous sommes, nous prêtres, les successeurs des épiscopes primitifs et non des presbytres. Que seront alors les presbytres primitifs? M, Lôning a bien établi que le titre de TrpeffguTspo; était un titre qui se trouve dans l'épigraphie grecque des Juifs, pour désigner ceux que cette même épigraphie appelle ailleurs des archontes. Seulement ces presbytres, aussi bien que ces archontes, étaient, non des chargés du culte, mais des magistrats au civil, et ni les uns ni les autres n'étaient des magistrats à vie. L'analogie entre les presbytres juifs et les presbytres chrétiens est donc purement verbale. Disons, avec le R. P. de Smedt, que le presbytérat était un titre d'honneur attribué dans les communautés primitives aux convertis de la première heure, aux « prémices » [àTzapyri], aux bienfaiteurs et patrons (7rpoiTTaTr,ç) comme Stephanas à Corinthe, aux notables qui dans leur maison donnaient l'hospitalité à l'Eglise locale, comme Nymphas à Laodicée, ou Philémon à Colosses, ou Aquilas à Ephèse, et que ce titre pouvait mettre qui le portait en tête de la communauté, sans lui conférer ni ordre ni juridiction. C'est ainsi qu'à la fin du second siècle et encore au troisième le fait d'avoir souffert le martyre donnait, au confesseur qui survivait à la comparution et à l'emprisonnement, le titre de presbytre, sans qu'on puisse dire que cette

praevQgaliva mai'tyrii, comme on l'appelait, conférât rien du sacerdoce. On pouvait donc être presbytre sans sacerdoce, et tel a dû être le cas de bien des presbytres primitifs. Mais c'était parmi ces presbytres sans sacerdoce que l'on choisissait, sinon nécessairement, au moins de fait, les membres de la communauté qu'on élevait à la charge de riTuiaxoTtvi : on eut ainsi des Trpeaéuxepoi Itticxottouvie;, ceux du discours de saint Paul à Milet; des TcpeaêÛTepot TrpoeaToneç, ceux des Épîtres pastorales ; des TipEdêu-repot qualifiés de Trotfjiéve;, ceux de la Prima Pétri; ou de riYouusvoi, ceux de l'épître aux Hébreux ; ou de TcpoïaT-ijxevoi, ceux de l'épître aux Romains et de l'épître aux Thessaloniciens. Ces divers termes supposent tous une fonction de gouvernement, qui s'ajoute au simple presbytérat, et que le presbytérat par lui-même n'impliquait pas.

Ce presbytérat primitif était l'enveloppe originelle de la hiérarchie ; il disparut comme une forme simplement préparatoire. Et le mot seul s'en conserva pour désigner les prêtres, c'est-à-dire les épiscopes subordonnés à l'évêque souverain.

Et de même ces SiSâdxaXoi, que tant de textes nous ont montrés enseignant à côté des apôtres, des prophètes, et aussi des « pasteurs », remplissaient une fonction transitoire qui s'absorba dans la hiérarchie définitive. Leur place était indécise entre le personnel missionnaire et le personnel localisé. Les didascalcs sont mis par Paul écrivant aux Corinthiens immédiatement à la suite des apôtres et des prophètes; dans l'épître aux Ephésiens, Paul les met à la suite des apôtres, des pasteurs; l'épître de Jacques n'est pas favorable à la multiplicité des didascales; la Didachè montre la fonction des didascales remplie

parles épiscopes et les diacres, concuwemment avec les didascales eux-mêmes ; les Pastorales font de la didascalie le lot aussi bien de Timothée que des presbytres. Le ministère de la parole, exercé d'abord par des mandataires des apôtres, Timothée ou Apollos, est destiné à devenir la prérogative de Tépiscopat, responsable de la préservation de la doctrine.

C'est ainsi du moins que nous croyons que l'on pourrait concevoir l'organisation primitive des Eglises : 1° des fonctions préparatoires, missionnaires, l'apostolat, la prophétie, la didascalie; — 2" un ordo local purement honorifique et ne conférant qu'une notabilité de fait, le presbytérat ; — 3° une fonction liturgique et sociale, le diaconat; — 4° une fonction liturgique, sociale et de prédication, l'épiscopat, épiscopat plural comme le diaconat; — 5° l'épiscopat plural disparaissant au moment oii les apôtres disparaissent, et se démembrant pour donner naissance à l'épiscopat souverain de l'évéque et au sacerdoce subordonné des prêtres.

EXGURSUS

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