‹ Études d'histoire et de théologie positiveChapitre 122 sur 142 · Apologet · texte numérisé non relu

Apologet

prière, la lecture des saintes Écritures, la prédication [exhortationeSy castigalioncs), la censure des mœurs [censura dwina)^ car si quelqu'un pèche gravement il sera exclu des réunions et de tout le commerce chrétien [omnis sancti commercii^. Tertullien ne parle point de repas en commun \ il ne parle que de nourrir la foî des paroles inspirées, « fidem sanctis çocibus pascirnus ».

Nous arrivons au texte qui a créé toute l'illusion :

Et caenulas nostras, praeterquam sceleris infâmes, ut prodigas quoque sugillatis.

Les païens, dit notre apologiste, n'ont aucun reproche pour les festins soi-disant religieux de leurs cultes. Les prêtres saliens font des noces qui leur coûtent plus d'argent qu'ils n'en ont. Les Eleusinies mobilisent une armée de cuisiniers. Quand les dévots de Sérapis cuisent leur dîner, les pompiers crient au feu. Cependant, on n'en veut qu'au repas des chrétiens, et quel repas ?

De solo triclinio christianorum retractatur.

Caena nostra de nomine rationem sui ostendit : id vocatur quod dilectio pênes graecos est. Quantiscunque sumptibus constet, lucrum est pietatis nomine facere sumptum, siquidem inopes quosque refrigerio isto iuvamus...

Si honesta causa est convivii, reliquum ordinem disciplinas de causa aestimate quod sit. De religionis officio nihil vilitatis, nihil immodestiae admittit. Non prius dis-

1. De Corona, 3, même ■ilcHce. Dans ce paragraphe du De Corona^ Tertullien note que l'eucharistie a été instituée par le Cbrist« in tempore victus >, et que maintenant elle se célèbre « antelucaois coetibus ». Cf. Cyprian. Epistul. LXIII, 16.

cumbitur quam oratio ad Deiim praegiistetur ; editur quantum esurientes capiunt; bibitur quantum pudicis utile est. Ita saturantur, ut qui meminerint etiam per noctem adorandum Deum sibi esse; ita fabulantur, ut qui sciant Dominum audire. Post aquam manualem et lumina, ut quisque de scripturis sanctis vel de proprio ingénie potest, provocatur in médium Deo canere; hinc probatur quomodo biberit. Aeque oratio convivium dirimit. Inde disceditur non in... eruptiones Jasciviarum..., ut qui non tam caenam caenaverint^ quam disciplinam. Haec coitio christianorum merito sane illicita, si illicitis par.

Telle est la description de Tertullien, dont nous estimons qu'elle est une description de l'eucharistie.

Il était nécessaire, en effet, que Tertullien, écrivant une apologie, y justifiât les chrétiens des accusations dont leur culte fermé était l'objet. L'accusation principale visait la cène eucharistique, que les païens représentaient comme un infanticide rituel, « sacramentum infanticidii et pabulum inde et post connçiiim incestum » . Tertullien a réfuté cette accusation dans les chapitres VIl-IX, en montrant qu'elle était une calomnie sans fondement, incompatible avec la pureté de la conscience chrétienne. Toutefois Tertullien n'a pas dit un mot du contenu réel de la cène eucharistique, différant en cela de saint Justin qui en avait exposé au grand jour le rite et le dogme. Or nulle autre part dans V Apologétique il ne serait parlé de l'eucharistie, s'il n'en était parlé dans le passage que nous avons cité».

Cette caenula dont parle Tertullien, nous avons une seconde raison de l'identifier avec l'eucharistie,

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