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AVANT-PROPOS DE LA SIXIÈME ÉDITIOiN

Cette première série d'Études d'histoire a paru en 1902, la cinquième édition porte la date de 1907 : il y a bien des chances pour que la, sixième édition que voici ne soit suivie d'aucune autre. Je me suis donc appliqué à la réviser comme si elle devait être l'édition ne varietur^ sans caresser (tant s'en faut) l'illusion d'avoir dit le dernier mot sur aucun des problèmes abordés.

Le premier est celui de la discipline de Tarcane. Je m'étais appliqué, non à nier l'existence de la discipline de l'arcane, mais à en délimiter l'extension : elle est, en effet, une économie qui joue un rôle dans l'organisation du catécliuménat, au V*, au IV* siècle, déjà même au m» : elle est une règle concernant l'assistance aux saints mystères et affectant la prédication. Saint Augustin dit dans un de ses sermons : « Quid est quod occultum est et non publicum in Ecclesia? Sacramentum baptismi, sacramentum eucha»

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ristiae. Opéra enini nostra bona vident et pagani, sacramcnta vero occultanlur illis. » (Enarr. in ps. CIII, I, 14.) Voilà la définition de l'arcane.

Réduite à cela, c'est-à-dire à une convention catéchétique et liturgique, l'arcane n'est plus la loi de silence que certains modernes imaginaient, moins encore un secret imité de celui des mystères païens. Il nous a paru que depuis quinze ans personne en apologétique n'invoque plus la discipline de l'arcane, j'entends personne parmi les écrivains avertis^, et peut-être notre élude et celle de Funk qui l'a suivie (1903) n'ontelles pas été sans contribuer à ce résultat.

Le second problème était celui de l'agape^.

La solution proposée revient à distinguer l'agape que l'on prétendait conjointe à la célébration de l'eucharistie, de l'agape consistant en un repas charitable offert aux pauvres à l'occasion

1. Nous ne comptons pas parmi ces derniers les écrivains qui, pour défendre la vieille conception de l'arcane, invoquent des textes inauthentiques, et, par exemple, citent sous le nom de saint Justin des morceaux exégéliques que personne n'accepte comme de lui. Tel est le mauvais cas où se met le P. Sixte, Notiones archeologiae christianae {Rome 1910), l. II, p. 168.

2. J'ai rompu quelques lances à l'occasion de cette élude dans « La controverse sur l'agape », article donné au Bulletin de littérature ecclésiastique, 1904, p. 185-206, et reproduit dans les dernières éditions du présent volume, p. 350- 370. Je l'ai supprimé de cette sixième édition.

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d'un anniversaire ou d'une quelconque occurrence privée. Cette forme de l'agape est celle qui s'est perpétuée dans la liturgie jusqu'à l'époque carolingienne : aux textes cités dans mon étude, on pourra joindre ces deux Orationes pro kis qui agape faciunt du sacramentaire gelasien (vil® siècle) :

Oremus, dilectissimi nobis, omnipotenti Deo pro filio nostro Illo, qui, recolens divina mandata, de iustis laboribus suis \ictum. indigentibus subministrat, quatenus haec devotio ipsius, sicut nobis est necessaria, ita sit Deo semper accepta. Per.

Oremus. Sanctum ac venerabilem retributorem bonorum operum Dominum deprecamur pro filio nostro Illo, qui de suis iustis laboribus victum indigentibus administrât, ut Dominus caelestis sua misericordia terrenam eleemosynam compenset, et spiritales divitias largiatur : tribuat ei magna pro parvis, pro terrenis caelestia, pro temporalibus sempiterna. Fer.

On rapprochera de même VOratio ad agapem paupermn du sacramentaire grégorien, laquelle ne parle plus que d'aumônes (viii® siècle) :

Da, Domine, famulo tuo /Zh'sperata sufTragia obtinere, ut qui tuos paupero^ [vel tuas ecclesias) memoravit, sanctorum omnium simul et beati martyris tui Laurentil mereatur consortia, cuius nunc est exempla secutus. Per.

Faire l'agape, au sens de faire Taumône et plus spécialement l'aumône d'aliments, est un usage attesté avec ce nom même d'agape dès le m® siècle. Il sera décrit ainsi par saint Augustin :

X AVANT PROPOS DK LA SIXI^.ME ÉDITIOÎf.

a Agapes nostrae pauperes pascunt, sive frugibus ^ sive carnibus... quoniam plerumque in agapibusetiani carnes pauperibus erogantur^.n L'autre agape, c'est-à-dire le prétendu usage d'unir l'eucharistie à un repas de communauté, je l'ai traitée de mythe. Ai-je été trop radical? M. Funk me Ta reproché 2. Une douzaine d'années ayant passé sur cette petite polémique, le feu de mon radicalisme a eu le temps de s'amortir, la position de la question de se déplacer.

La dernière cène du Sauveur a été un repas de la fin de la journée (Sîîrvov, cena) : l'eucharistie célébrée à Corinthe et décrite par saint Paul sous le nom de csîrvsv xypiay.ov, était unie à un repas de la fin de la journée, pareil c£î::vo» pouvant commencer à trois heures de l'aprèsmidi, selon les mœurs de la société grecque et romaine. Il arriva que l'eucharistie, au lieu d'être célébrée comme la cène du Sauveur le soir, fut célébrée le matin, voire au point du jour.

1. Auo. Contra Faustam, XX, 20. Cf. Sermo CLXXVIII, 4 : « Sed ait mihi raptor rerum alienarum : Ego similis illius dlvilis non sum : agapes facio, vinctis in carcere victum milto, nujos vestio, peregrinos suscipio. » Ibid. CCLIX, 5, et CGLXXIII, 8.

2. F. X. Funk, « L'agape », Revae d'hisi. ecol. (Louvain^ janvier 1903. a Tertullien et l'agape », ibid. janvier 1904. Kirchengesch, Abhandlangen, t. III (1907).

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Il est vraisemblable qu'on n'ait plus songé à unir l'eucharistie à un repas, dès que l'eucharistie fut célébrée ante lucem. Où et quand prit naissance l'usage de célébrer l'eucharistie au point du jour? Il est impossible de le savoir. Tertuliien a écrit en 211 dans son De corona^ 3 :

Eucharistiae sacramentum , et in tempore victus et omnibus mandatum a Domino, etiam antelucanis coetibus nec de aiiorum manu quam praesidentium sumimus.

Ce qui revient à dire que des règles posées par le Seigneur en personne ont été amendées par l'usage ecclésiastique : l'eucharistie avait été instituée « in tempore victus » et tous les chrétiens avaient mission de la célébrer (idée du sacerdoce des laïques chère à Tertuliien), tandis que les chrétiens ne la reçoivent plus que des mains de ceux qui les président, et qu'elle est célébrée « etiam antelucanis coetibus », aussi dans des assemblées tenues avant l'aurore. D'où l'on peut inférer que Tertuliien connaît encore la pratique de célébrer l'eucharistie « in tempore victus ». Dans ce cas, la synaxe eucharistique étant terminée, la cena suivait, peutêtre une cena collective. Et ce serait une eucharistie à la mode archaïque, une eucharistie de la fin de la journée, une eucharistie suivie d'un repas du soir en commun, qui serait décrite par Tertuliien dans le chapitre 39 de VApologeticum,

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