Icnat. Ephes. XII
86 ÉTUDES D IIISTOinF
saint (5y*o;), initié (uuouLttvo<) . i. SfM't''nfMir est mon luLTopliante (tepo^avxiî), il consacre le mystc en l'introduisant dans la lunnicro (tVv |au9T7,v a^paylltz^i (pwTaYwyôiv) . . . Et donc, lecteur, sois initié ((luoîJ) ' . »
La phraséolog^ie éleusinienne est pour la prenriière fois appliquée au rr/yaumo de Dieu avec un manqiio de p:oût absolu par ce syncrétiste maladroit qu'ost Clément; et, par un abus plus fâcheux encore, elle est appliquée bientôt par lui à la liturgie môme.
Ce classicisme reste propre à Clément. Origène y répugne et surveille son lexique. Une fois seulement, ayant à répondre à Celse qui opposait au christianisme la pureté morale que les mystères grecs exigeaient de leurs initiés, Origène reprend les termes de Celse. Nous exigeons, dit-il, que quiconque aspire au christianisme change d'abord de vie, et quand le postulant s'est amendé, alors nous l'appelons à nos mystères (sTriTàç Ttyp :r,aTv TE/etaç). Origène développe sa pensée par allusion aux expressions de Celse : Quiconque est pur, non de crimes, mais même de fautes minimes, qu'il ait confiance, qu'il soit initié aux mystères de la religion de Jésus (fxuei^Ow xi
uuar/^pia ty;<; xari 'Ir,(JOuv OsoaeÇsiaçV Le myste de Ceîse (ô KeXcou uLuaTTi;) dit : Celui qui n'a conscience d'aucune mauvaise action, qu'il vienne! Le mystagogue selon Jésus (ô xaxà tov Irjjjoûv jjLuaTaYWYwv) dira : Celui à qui depuis un temps déjà long son âme ne reproche rien, qu'il apprenne ! Origène sent trop la différence qui dislingue l'initiation païenne et la pédagogie chrétienne, pour voir dans la première une
1. Cohort. ad gent. 12. Sur le sens païen rituel des mots ^loç, •ffçpayt;, çu)Tiff[i6;, çwxaçwYetv , voye z G. Woebermci, Religionsgtêchichtliche Studien (Berlin 1896), p. 59, 144, 154.
similitude de la seconde. Et avec quelle observation délicate des nuances il applique à la seconde les vocables de la première * !
La séduction grande alors des syncrétismes obligeait un catéchiste comme Origène à observer cette abstinence rigoureuse de termes païens. Auiv^ siècle, au contraire, ce danger n'existait plus; le paganisme n'exigeait plus cette attitude de la part des écrivains et des orateurs ecclésiastiques; peut-être aussi la langue ecclésiastique tendait-elle à se séculariser, et la « Belletristique » chrétienne à sacrifier au goût profane. Saint Athanase, saint Basile, saint Jean Chrysostome, déjà attestent cette transformation. Et comme les mots suggèrent les choses, saint Basile en vient à parler d'une « didascalie arcane gardée par nos pères dans un [religieux] silence » (aTrdppTjTo; 8iSaaxaXia). Et comment, en effet, aurait-on osé mettre par écrit et publier une doctrine que les non-initiés ne pouvaient contempler? à ouôè Ittotctêueiv £;£aTi -coîç à{jLU7iToiç ^. Saint Basile est dans la logique des mots qu'il emploie, iTco-rcTsueiv, à[jt.uir)To;, àn6p^r\xoç^ et dans, la fiction que crée cette langue décidément trop classique.
La littérature du iv° et du v® siècle abonda dans cette faiblesse d'emprunter à la langue classique ses expressions religieuses : ainsi feront les Humanistes, un jour. M. Bonwetsch a noté que les Pères eurent le tact de réserver le mot opvia au culte des païens, ou au culte des hérétiques, et de ne l'appliquer jamais aux choses de l'Église^. Mais le mot TeXsr^ fut appli-
i. Contra Cels. III, 59 et 60.