‹ Études d'histoire et de théologie positiveChapitre 35 sur 142 · EusEB. H. E. IV · texte numérisé non relu

EusEB. H. E. IV

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la riguear de la maxime prêtée au Christ; mais ii la cite, elle arait donc cours et aaioriié parmi les fidèles. Son homélie est toute pénétrée d'ascétisme. I.e chrétien doit « garder sa chair comme un temple de Dieu ». Il doit « garder pure sa chair et observer les commandements du Seigneur, pour conquérir la vie éternelle ». Il doit « garder pure sa chair et immaculé le sceau [de son baptême], pour conquérir réternelle vie ». Car ceux « qui n'auront pas gardé le sceau, leur ver ne mourra pas, leur feu ne s'éteindra pas ». Et le presbytre résume toute son homélie et sa morale, en disant : « Je ne crois pas vous avoir donné un vil conseil sur la continence ^ »

En un temps où le martyre était un sort ordinaire, il faut pardonner à la prédication populaire d avoir demandé à tout chrétien de l'héroïsme. Mais, évidemment, la distinction des préceptes et des conseils ne marquait pas dans cette prédication.

Si répandue qu'ait pu être cette morale ascétique, il est incontestable qu'à côté d'elle, moins ambitieuse, moins littéraire surtout, s'affirmait une morale sensiblement différente, qui a trouvé dans le Pasteur d'Hermas son expression la plus autorisée'.

Comme VEpitre aux Hébreux, comme la Prima Pétri, comme la Prima Clemerttis, le Pasteur d'Hermas est un document romain. A cette origine il dut

\. II Clem. 7, 8, 9, 43, 15.

2. Voyez dans lépître de saint Ignace Ad Philadelph. Mil, «, nn texte qui peut s'interpréter dans le même sens de l'indulgence pour les pcuilenls; mais je n'oserais le presser trop rigoureusemenU

de se répandre très vite et très loin. De plus, il est une apocalypse : le nom d'Hermas, qui se donne comme le voyant de cette apocalypse , rappelait un chrétien salué par saint Paul à la fin de VÉpître aux Romains : Hcrmas lui-même prétend recevoir l'ordre d'adresser son apocalypse à un Clément [Vis. II, 4, 3), que l'on devait aisément confondre avec l'auteur de la Prima Clementis. Ces rencontres ou ces artifices contribuèrent à accréditer le Pasteur. Irénée et Tertullien le citent comme une « écriture » ; le De aleatoribus et Clément d'Alexandrie, comme une « écriture divine » ; Origène, comme une « écriture reçue dans les Églises, mais non reconnue par toutes pour divine ». L'Église de Rome, qui avait un canon plus ferme et quelque raison de connaître mieux l'origine du Pasteur, déclare, dans le Canon dit de Muratori, que cette apocalypse n'a rien d'aposlolique, qu'elle est au contraire une composition toute récente, qu'elle a été publiée à Rome sous Tépiscopat de Pius [ca. 140- 150), qu'elle est l'œuvre du frère même de Pius, et qu'on doit la lire, mais qu'on ne peut pas la lire publiquement au peuple dans l'église comme si elle était à mettre au rang des écrits des prophètes ou des apôtres^. L'Église de Rome, en dissipant l'équivoque dont aurait pu s'accroître le crédit du Pasteur^ confirmait cependant l'autorité de ce livre né dans le presbytérat romain, et qui, s'il n'avait rien du caractère d'un livre pro[)hétique ou apostolique du canon, s'il n'avait pas non plus la haute dignité d'écrits, comme la Prima Clementis, lus publique-

4. MuratoTianumt ap. Preuschkh, Analecta (Freiburg 1893), p, 134*

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ment au peuple, exprimait cependant la doctrine du preshytérat romain.

La rapidité avcîc laquelle le Pnsteur se répandit, témoin Irénée, Tertullien et Clément d'Alexandrie, la persistance du crédit qu'on lui attribua, prouvent (jue la doctrine du Pasteur répondait à des sentiments réels et communs. L'exposition du Pasteur qui n'a rien d'abstrait, où l'hellénisme d'un Justin ne se montre pas plus que la spéculation gnostique, où le genre apocalyptique adopté par l'auteur n'a pas un emprunt à l'imagerie judaïque des anciennes apocalypses, où l'allégorisme, celui de YËpître aux Hébreux ou de VEpître de Barnabe^ ne marque pas, et où ne marquent pas davantage la dialectique et les concepts des épîtres de saint Paul, cette exposition dépouillée donne l'impression d'un christianisme pratique, préoccupé de conduite et de salut, d'oeuvres pies et de fins dernières. On a dit, avec justesse, que le Pasteur « nous apprend combien le christianisme de la communauté romaine primitive porte déjà clairement le cachet du catholicisme romain ultérieur », et on en a pris occasion de conclure qu'il « faut bien se garder de ne consulter que le philosophe Justin pour connaître )» la conscience chrétienne du II* siècle, « mais aussi, et plus encore peut-être », l'écrivain populaire, le prêcheur peu lettré « qui pense et sent comme la foule », et dont l'invention pauvre et sans éclat nous révèle <• plus fidèlement sans doute le sentiment populaire et la foi des simples ^».

Or il n'y a qu'une pensée dans le Pasteur^ qui est

1. J. RÉVILLE, La valeur du témoignage historique du Pasteur (THermas (Paris 1900), p. 29.

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de rendre l'espoir du salut au chrétien tombé dans le péché. Sa thèse générale est « lo pardon des péchés à la suite d'une sincère repentance » ; la mission revendiquée par Hermas est « l'annonce aux saints déchus que, même pour eux, il y a encore^cssibilité de récupérer le salut perdu, à condition que sans aucun délai ils se repentent de tout leur cœur ^».

Prenons garde toutefois que ce message dont se charge Hermas semble assez nouveau pour qu'Hermas ait senti le besoin de l'attribuer à l'Église ellemême. Une femme âgée, personnification de l'Église, est apparue à Hermas, qu'elle appelle Hermas « au grand cœur, impassible, toujours riant », Hermas « le continent » f Ep[i.a; ô syxpaTiiç) : elle lui a donné l'ordre de purifier sa maison de tout péché, car Dieu veut garder la maison d'Hermas. Pour cela, qu'Hermas ne cesse de ramener ses enfants à leur devoir, afin que Dieu puisse guérir les fautes de la maison d'Hermas et de tous les saints. Le dessein de Dieu, révélé à Hermas par l'Église, est extraordinaire comme un jubilé. Hermas, semble-t-il, n'ose présenter le pardon qu'à titre de grâce exceptionnelle et seulement en vue de la fin prochaine du monde. Toutes les fautes commises par les enfants d'Hermas et tous les saints, «jusqu'à ce présent jour » où l'apocalypse est donnée, leur seront remises si de tout cœur ils se convertissent; mais, passé ce jour fixé, si une faute est commise par eux, plus de salut, car ]a conversion pour les justes a une fin. Quant à Hermas, ce qui le sauve, c'est sa simplicité et sa continence (tcoaXy) lyxpocTcia) ; l'encratisme reste pour l'É-

i. Id. p. n.

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plise un idéal; il est l'honneur et le salut d'Hermai; mais les saints faillis se voient octroyé un droit au repentir. Un jour pst annoncé, jour de pardon, où « tous Rfront puriiiés de leurs fautes antérieures^ ».

Une tour est montrée à Hermas, qui su Làtil sur l'eau, car l'eau du bapt^*mc t?st la source unique de la vie et du salut. La tour est construite de pierres cubiques, blanches, appareillées, qui figurent les apôtres, les épiscopes, les didascales, les diacres, ceux qui ont rempli leur ministère avec pureté, et dont les uns sont morts, les autres vivent encore. Puis d autres pierres, qui figurent les martyrs et les fidèles saints. Au pied de la tour on peut voir les pierres qui sont inutiles et refusées à jamais : les faux fidèles qui ont cru hypocritement, c'est-à-dire sans rien abandonner de leur iniquité*: ceux qui ont cru, mais qui n'ont pas persévéré; ceux qui ayant la foi ont renié le Seigneur au moment de la tribulation : pas de salut pour eux. Entre les saints et les réprouvés, il y a les fidèles qui ont péché et qui veulent se convertir : qu'ils se convertissent et ils seront acceptés dans les assises de la tour. Mais si la construction de la tour est achevée avant qu'ils se soient converW», ils n'auront aucune place dans l'édifice '.

Hermas maintient l'idéal de la pureté baptismale, cette chasteté de la vérité ' ^Yvorr,; tt;!; a>.r;6£(a(:) dont les vrais chrétiens ne doivent point déchoir. Il conçoit l'Église comme une Eglise de parfaits. Mais l'indulgence le presse, et la lutte de son idéal et de son in- .dulgence, qui résume la vie morale de son temps, est au fond le vrai sujet du Pasteur. Il conçoit le salut

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