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L'ARCANE

L'Arcane, la discipline de l'Arcane, est un mot par lequel on désigne une loi qui, dans les premiers siècles, aurait obligé les fidèles et le clergé à ne parler jamais ouvertement de la foi et du culte devant les catéchumènes ou les infidèles.

Si l'on en croyait certains protestants, cette prétendue loi serait une invention des controversistes catholiques du xvii^ siècle, embarrassés pour retrouver dans les premiers siècles la dogmatique et la liturgie d'époques plus modernes. Mais, en réalité, le mot de discipline de l'arcane a été créé par le protestant Daillé. Quant à la chose, des protestants ne se sont pas fait faute de l'alléguer : « Qui disciplinam arcani ignoraçerit, is çeteris Ecclesiae institutionem penitus ignoret necessarium est » , c'est un protestant qai s'exprime ainsi, et non des moindres ^ Du mo-

1. C. M. l'FÀFF, dans &QiOrigines iuriseccl. (Tubingen 1756), Vîitépar

i TÎTUDES DIlISTOinE

ment que la controverse entre protestants et catholiques portait sur la tradition, et que ni les uns ni les autres ne concevaient la tradition comme soumise à un possible d(jveloppcment, la loi de l'arcane résolvait tant bien que mal les problèmes soulevés par les indices de développement qui se révélaient dans riiistoire des dogmes et des institutions de l'Église. Mais Ton se tromperait si l'on pensait que tous les conlroversistes catholiquos aient également usé de cet argument, « validissimum argumentum, novuni et adniirabile instrumentum », comme l'appelle Bingliam avec une joyeuse ironie ' . Melcliior Cano rapproche la tradition non écrite de Tésotérisme des philosophes anciens, mais sans faire de ce secret une explication universelle 2. Bellarmin fait à peine allusion à la réserve que les Pères mettaient à parler de l'eucharistie en présence des païens et des catéchumènes '. Gabriel de l'Aubespine s'exprime de même. Il conclut qu'on « doit lire sagement les passages des Pères , auxquels il est parlé de l'eucharistie, car il est bien vraisemblable que la religion, qui les empochait de l'exposer à la vue et à la connaissance des étrangers, la même leur défendait d'en écrire ouvertement et de publier qu'elle était le vrai corps du Christ^ ». Le cardinal Duperron n'est guère plus aiïirmatif, quand il répond aux difficultés tirées de saint Augustin par les protestants, que ces textes sont pris à des « sermons populaires, où assistaient

V. Hdtsks!<s, Zur Frage ûbersog. ArkandiscipUn (Munster 1S9I), p. 4. Cf. H. Gravel. Die Arcandisciplin (Lingen 1902), p. t.

i. Origin. sivô antiquit. eccl. (Halle 17i7). t. IV, p. 121.

i. De locis theologicis {<alAma.nque 1363, Hl, 3.

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