‹ Études d'histoire et de théologie positiveChapitre 88 sur 142 · De vera religione · texte numérisé non relu

De vera religione

3. Sermo XVII, 3. Il y a aussi le pécheur, qui, menacé d'être excommunié, passe aussitôt à l'Eglise schismalique. In loa. euang. iraet. X,5: < Cum audis : Mille ilium foras de Ecclesia, dicis : Duco ■ne ad partem Donati. >

du Sermo CCCXXXII, 4 : Si dans la cité qui descend du ciel, la cité céleste, nous voulons avoir noire place, il faut que nous en soyons dignes :

Taies simus ut intremus in eam. Audistis enim quales intrent, quales non intrent. Nolite esse taies quales non intraturos audistis, maxime fornicatores.

Il se rencontre donc des fornicateurs dans l'auditoire d'Augustin. Ce qui suit va le dire plus fortement.

Nam cum Scriptura commemorasset eos qui non intrabunt, ibi etiam nominavit homicidas : non expa-

vistis.

Allusion à Apoc. xxi, 8 : Timidis autem et incre^ dulis et execratis et homicidis et fornicatorihus et veneficis et idololatris et omnibus mendacibus^ pars illorum erit in stagno ardenti igné et sulfure. Or aura lu ce texte à l'auditoire avant le sermon, et, en entendant condamner au feu de l'enfer les homicides, aucun auditeur n'a sourcillé. Il ne se trouve pas d'homicides dans l'auditoire.

Nominavit fornicatores : audivi quia pectora tutudistis. Audivi quia pectora tutudistis. Ego audivi, ego audivi, ego vidi ; et quod non vidi in cubilibus vestris, vidt in sonitu, vidi in pectoribus vestris, quando tutudistis pectora vestra. Eicite inde peccatum : nam pectora tundere, et haec eadem facere, nihil est aliud quam peccata pavimentare. Fratres mei, filii mei, estote casti, amate castitatera, amplectimini castîtatem, diligite munditiam, quia Deus auctor munditiae in templo suo quoé estis vos eam quaerit, procul a templo eipellit immundos. Sufficiant vobis uxores vestrae, quia sufficere vos vultis uxoribus vestri».

-210 ÉTUDES DHISTOinK.

Voilà bien la preuve qu'il y a parmi les chrétiens qui assistent à la grand'mcsse d'IlippoDe et aa prône d'Augustin, des maris infidèles à leur femme légitime. Je lésais de science certaine, dit Augustin, «mj)loyaril là une ruse oratoire familière aux missionnaires, je le sais, je l'ai vu, je l'ai entendu : comprenez-moi, je vous ai entendus vous frapper la poitrine ^ Allons, expulsez le péché de votre cœur! Car se frapper la poitrine, et ne pas changer de conduite, c'est enfoncer le péché dans son cœur comme on enfonce un pavé dans le sol.

Va-t-il suffire à Augustin d'avoir exhorté ces pécheurs cachés à se convertir, pour que son ministère soit rempli? Non, le devoir de l'évoque est de s'adresser individuellement au pécheur donc de le ■découvrir ou de le faire se découvrir, et do donner à son âme le remède dont elle a besoin, mais en lui assurant en tout cela le secret.

Augustin suppose un éveque qui sait et qui est seul à savoir que tel chrétien a commis un homicide. Si Tévêque le reprend en public, il se trouvera le dénoncer, le livrer au délateur tout prêt à saisir la justice. Il ne doit pas le dénoncer, il ne doit pas davantage l'abandonner. Que faire? Le reprendre en secret, lui persuader de faire pénitence.

Novit enim nescio quem homicidam episcopus, et alius illum nemo novit. Ego volo publiée corripere, et tu quae-

i. Sur l'usage des fidèles de se frapper la poitrine chaque fois que dans la leçon qui est lue de l'Écriture se rencontre un mot qui «uggère la pénitence, Yoyez Sermo LXVn, 1, cf. XIX, J.

ris inscribere. Prorsus necprodo, nec neglego : corripioin secreto, pono ante ociilos Dei iudicium,terreo cruentam conscientiam, persuadée paenitentiam^.

Remarquez bien que le coupable n'est pas venu se confesser de son crime à Tévêque. Mais l'évêque a connu le crime, et son devoir est d'amener le criminel à la pénitence. Nous pouvons déjà inférer que cette pénitence ne sera pas la pénitence publique, puisqu'il ne faut à aucun prix éveiller les soupçons de l'opinion. Un second cas supposé par Augustin confirme notre induction.

Il est des hommes qui commettent l'adultère dans leur propre demeure, ils pèchent donc en secret. Parfois ils nous sont dénoncés par leur femme légitime, qui les dénonce le plus souvent par jalousie, peut-être cependant par zèle pour le salut du coupable. Allons-nous découvrir publiquement le coupable? Non, mais le reprendre en secret et l'obliger à une pénitence secrète aussi.

Sunt homines adulteri in domibus suis, in secreto peccant. Aliquando nobis produntur ab uxoribus suis plerumque zelantibus, aliquando maritorum salutem quaerentibus. Nos non prodimus palam, sed in secreto arguimus. Ubi contigit malum, ibi moriatur malum. Non tamen vulnus illud neglegimus, ante omnia ostendentes homini in tali peccato constituto sauciamque gerenti conscientiam, illud vulnus esse mortiferum^.

Ici encore, le cou|!)able n'e.st pas venu se confesser à l'évêque, qui a connu son péché par la délation d'une tierce personne : l'évêque fait comparaître le

i, S#rrnoLXXXn,ll, 2. Ibtd.

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coupable en sa pn'îscnce et sans lémoins, il lui représente le périlleux état de son Ame, il le presse de se repentir : « Ubi contif^it mahinij ibi movidtur ma- Itirn », le péché ayant été secret, la pénitence le sera aussi. Augustin dit ailleurs : « Si peccatum in secreto est, in secreto corripc * . »

Le verbe compère ^(\\i\ sert à Augustin à désigner ce ministère de révêque, est pris à l'Évangile (Mat, XVIII, 15) : Si peccaverit in te fratur tuus, vade et corripe eurn inier te et ipsum solum. Augustin entend cette maxime, non de l'oflense du frère au frère, mais du péché, et il fait un devoir à l'évoque de reprendre en secret le pécheur, corripe eiim inter te et ipsum solum.

Corripiantur itaque a praepositis suis subditi fratres correptionibus de caritate venientibus, pro diversitate culparum diversis, vel minoribus vel amplioribus. Quia et ipsa quae damnatio nominatur, quam facit episcopale iudicium, qua poena in Ecclesia nulla maior est, potest (si Deus voluerit) in correptionem saluberrimam cedere atque proficere-.

La correptio est le ministère des praepositi, de révêque, supposerons-nous pour ne pas compliquer notre enquête présente. Cette correptio est proportionnée à la gravité de la faute, à sa publicité surtout. La correptio la plus sévère est la damnatio que révoque prononce en forme judiciaire [episcopale iudicium], « qua poena in Ecclesia nulla maior est ». De cet énoncé d'Augustin on induira

1. Sei^mo LXXXIII, 8; « Si peccatum in secreto est, in secreto corripe. Si peccatum pnl)iicum est et apertum, publiée corripe, ul llle emfindetur et ceteri tiraeant ».

t. De corrept. et grat. 46-

qa'il est des fautes graves auxquelles sont réservées des correptiones minores, en d'autres terme -, un traitement pénitentiel qui n'est pas celui de la pénitence publique ^

On en vient ainsi à établir trois degrés : — 1" les fautes qu'efface la prière personnelle du pécheur jointe à ses aumônes et à ses jeûnes ; — 2° les fautes pour lesquelles on doit imposer la pénitence publique; — 3° les fautes qui, en étant graves, et avouées par le pécheur, ne l'astreindront pas à la pénitence publique, sans le dispenser d'une pénitence. Ces trois degrés sont distingués soigneusement par Augustin lui-même dans la conclusion du De fide et operihus, en 413. La vie du baptisé, ditil, doit s'accorder à son baptême, donc être une vie chrétienne, sans avoir la présomption de croire qu'elle puisse être une vie sans péché, ce qui est la présomption des Pélagiens.

Sed nisiessentquaedam itagraviaut etiam excommunîcatione plectendasint, non diceret Apostolus : Congregatis vobis et meo spiritu tradere eiusmodi satanae in interitum carnis... (ï Cor. v, 4-5)...

Item nisî essent quaedam — non ea humilitate paenîtentiae sananda qualis in Ecclesia datur eis qui proprie paenitentes vocantur — sed quibusdam correptionum medicamentis, non diceret ipse Dominus : Corripe eum inter te et ipsum solum, et si te audieritlucratuses fratrem iuum {Mat. xviii, 15).

Postremo nisi essent quaedam sine quibus haec vita,

4. Rapprocher De div. quaest., XXVI : « Quiî)us l:ene tractatis, probabiliter iudicari potest qui non sint ad paenitentiam lucluosam et lamentabilem, quamvis peccala fateantur, et quibus nuUa omnino speranda sit salus nisi sacrificium oblulerint Deo spiritu» coniribula^um p«r paenitentiam. »

^14 ÉTL'DES DUlSlOlUli.

non agitur, non cotidianam medelam ponfret in ortiiono quam docuit utdicamus : Dimilte nobis débita n<wtra «...

Il ne serait (l(jnc pas exact de dire qne le péché relève soit de la j)éiiitcnce publique et de l'excommunication, soit de la pénitence individuelle et des XKuvrcs subjectives du pécheur : une condition intermédiaire existe, qui est celle du pécheur qui accepte les correptionuni medicamenta, c'est-à-dire Tinter- Tention de l'évoque dans sa conscience, pour le reprendre de sa conduite, pour lui persuader la pénitence, sans que cette pénitence Tastreigne à l'humiliation de la pénitence publique imposée aux pécheurs « qui proprie paenitentes vocantur '».

La doctrine de saint Augustin est très ferme et très constante sur la condition de ces pécheurs qui ne sont pas proprement des pénitents : ils sont des malades qui doh'ent être soignés et guéris, il y va <ie leur salut éternel.

Augustin savait que cette doctrine trouvait de «on temps des contradicteurs. Des pécheurs se rassuraient dès lors, comme il leur arrive de le faire encore aujourd'hui, en posant en principe que Dieu n'a cure des péchés de la chair'. Cette maxime

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