Enarr. in. ps. Lxn
dans la guérison du malade. Augustin ne pense donc pas simplement à la confession que le pécheur fait de sa faute à Dieu ^ ; il introduit le médecin qui provoque cette confession. (Rappelez-vous les correptionum medicamenta dont parlait Augustin dans le De fîde et operibus). Le médecin appelé applique sur l'abcès qui résisteTemplâtrede ses paroles, in fomenta çerborum ». Et quelquefois il fait comme violence au pécheur, il perce l'abcès, il emploie le « medici" nale ferrum ». De quelque façon que ce soit, il faut que l'abcès crève et que la tumeur se dégorge. Mais l'aveu obtenu, le malade est sauvé, et ce qui lui reste à faire pour être guéri est peu de chose.
Supposé que la conscience de Marcellinus eût été chargée de la faute qui inquiétait Augustin, il eût fallu qu'Augustin en obtînt de Marcellinus l'aveu : Marcellinus ne pouvait pas être laissé tranquille, si sa conscience était coupable, et son ami, le sachant exposé à la mort, devait réveiller ses scrupules. On se tranquillise si aisément sur les fautes qu'on a commises, quand ces fautes ont tourné en habitude 2. Donc, un aveu de la faute, un aveu humble et repentant. Il est clair qu'il n'eut pas été question de pénitence publique pour Marcellinus, puisqu'il était en prison.
4. Dieu est en effet le médecin qui guérit le pécheur, sans préjudice du médecin visible. Sermo XX, 1 : «Ad sanandum quod peccatum laeserit, Dei medicinalem dexterarn (peccator) implorât. »
2. Enchiridion,Lx\x : « Peccata, quamvis magne et horrenda, cum in consuetudinem venerint, aut parva autnulla esse creduntur, usque adeo utnonsolum nonoccultanda, verumetiampraedicandaacdiffamanda \ideantur ». Sermo XVII, 3: t Omne peccatum consuetudine Tllescit et fit homînî quasi nullum sit : obduruit, îam dolorem perdidit... Quis non contemnat ebriositatis peccatum 7 Abundat taie peccatum et contemnitur >.
222 ElLDtS DHISTOIHE.
Il s'agirait de la pénitence publique, les textes d'Augustin ne manquant pas qui nous diraient ce qu'était Vactio pacnitentiae et ce qu'était la réconciliation par (jiioi elle prônait fin. Au contraire, les textes font défaut qui nous instruiraient de ce qu'était Vactio paenilentiae non publique et la réconciliation non publique '. Mais on ne peut supposer que, dans l'hypothèse de la non publicité, la réconciliation fût sans autre condition que l'aveu du pécheur avouant sa faute.
Sed neque de ipsis criminibus quamlibet ma^'nis remitten'dis in sancta Ecclesia Dei misericordia desperanda est agentibus paenitentiam secundum modum sui cuiusque peccati.
In actione axitem pacnitentiae ubi taie commissum ett ut is qui commisit a Christi etiam corpore separetur, non tamconsideranda est mensura temporis quam doloris. Cor enim contritum et humiliatum Deus non spernit.
Verum quia plerumque dolor alterius cordis occultus est alteri, neque in aliorum notitiara per verba vel quaecumque alia signa procedit,... recte constituuntur ab lis qui Ecclesiis praesunt tempora pacnitentiae ut fiât satis
i. Le canon 32 du concile de Carthagc de 397 nous apprend que, SI l'évéque est absent et clins le cas de nécessité, le pf-nitenl pourra être récoucilié par le [)rèlre « inconsuUo episcopo ». « Placuit; ut presbyter inconsulto episcopo non reconciliet paenitentem, nisi absentia episcopi necessitate cogente. » yue si le pèche a ét^public et notoire et s'il a scandalisé toute l'Église, on imposera les mains au pécheur à réconcilier dans la basilique au bas du degré de l'abside : • Cuiuscumque autem paenitentis publicum et vul^lissimum crimen est, quod universam Ecclesiam commoverit, anle absidam manus ei imponatur. • L'imposition des mains est donc le signe de la réconciliation. Mais la réconciliation nest publique que si le crime a éie un scindale public. On induira de là qu'il existe une réconciliation non publique. — Induction confirmée par la pratique constante de réconcilier les pénitents à leur lit de 'mort : « Nec ipsos (adulieros) ex hac vitasine arrhasuae pacis exire Telle débet mater Ecclesia >, De coniugiis adult. I, 35.
LE TÉiMOIGNAGE DE SAINT AUGUSTIN. 223
etiam Ecclesiae in qua remittuntur ipsa peccata : extra eam qiiippe non remittuntur. Ipsa namque proprie Spiritum sanctum pignus accepit (II Cor. I, 22), sine quo non remittuntur ulla peccata ita ut quitus remittuntur consequantur vitam aeternam ^
Ce texte de V Enchiridion (en 421) atteste que la rémission du péché dans l'Eglise est une opération de l'Esprit saint : le saint Esprit opère dans l'Église, et il n'opère pas hors de l'Eglise : pas de rémission pour l'hérétique, pour le schismatique, coupable de péchés qui lui ferment le royaume de Dieu. Le pécheur ne recouvre son droit à la vie éternelle que dans l'Église et par l'Eglise. Ce principe posé par Augustin implique que même dans la rémission secrète l'Esprit saint opère et par l'Église, donc par Yecclesiasticum ministerium^ . — CdJ^V actio paenitentiae publique n'est pas présentée par Augustin comme imposable à tous les péchés graves, h'actio paeni^ tentiae est accordée à tous les pécheurs « secundum
1. Enchiridion., lxv. — Rapprocher le canon 31 du concile de Carthage de 397 : « (Placuit) ut paenitentibus secundum differentiam peccatorum episcopi arbitrio paenitentiae tempera decernanlur. » Le texte « recte conslituuntur ab iis qui Ecclestis praesunt tempora paenitentiae » ne doit donc pas se traduire : des temps de pénitence (comme le carême) sont établis, mais : une pénitence est assignée à chaque pécheur, une pénitence qui durera un temps proportionné à sa faute.
2. Cf. Sermo CCCLII, 8 : « Ipsum (peccatum) confiteri, ab occulto et a tenebroso procedere est. Sed quid Dominus Ecclesiae suae : Quae solveritis, inquit, in terra solula erunt et in caelo {Mat. xviii, i8}... lam cetera implet Ecclesiae ministerium : Solvite illum et sinite abire {loa. xi, 44). » Sermo CCXCV, 2 : * Has claves non homo unus, sed unilas accepit Ecclesiae... Namut noveritis Ecclesiam accepisse cl aves regui caelorum... Et praeter hanc Ecclesiam nihil solvitur » De agone clir. 33: « Miseri, dum in Petro petram non intellegunt, et nolunt credere datas Ecclesiae claves regni caelorum, ipsi eas de manibus amiserunt. » De doctr chr. 17. Contra advers leg. et proph, I. 36. Sermo LXXI, 20.
«4 ÉTUDES niIISTOIRI.
modum sui cuiusqur. peccati »», cl dan» cnrtaing cas avec l'aggravation (Je la publicité. — Une doctrine de la pénitence s'affirme là, qui limite la publicité*, loin de faire de la publicité la condition habituelle et sinequa non^ et qui ouvre la perspective d'une pénitence où la réconciliation est aussi secrète que l'a été le péché et que l'est Taveu. Le comte Marcellinus, s'il eût été coupable d'adultère, aurait été réconcilié par Augustin ' dans la prison aussi secrètement qu'il avait été interrogé par lui sur l'état de sa conscience '.
4. Par Augustin en tant que ministre de l'Église et de se^ clés.
Voyez Epistul. CLIII, 2 : • Quanltirn facultas daiur, pro pfccalis omnibus intercedimus. quia omnia percata Tidenlur veniabiliora cora is qui reus est corrccliunem promittit. • Rapprocher le cas de conscience que résout Augustin dans VEpistul. CCXXVIII, 8 : Tinvasioa vandale excuse-telle le clergé de fuir en abandonnant ses fidèles? Non, repond l'oYéiiue d'iiippone. • Ubi siministri desunt, quantum exitium sequitur ens qui de isto saeculo ve!l non re^enerati (sans baptême) exeunt vel ligati (sans réconciliation;? Si autem ministri adsint, pm viribus quas eis Dorainus subministrat, omnibus subvenitur : alii baptizaniur, alii reconciliantur, nuUi dominici corporis communione fraudantur, omnes consolantur, aedificantur, exhortantur... » — Il va sans dire que dans la pénitence, comme dans tout sacrement, le Christ est ministre invisible. Voyez le beau texte De pecc. mcrit. et rem. II, 4, sur le caeleslis sacerdos.
2. La page a été supprimée (p. l',K)-lîH des cinq premières éditions) qui faisait état d'un témoignage du De paenitenlia du pseudo-Ambroise. Elle a été supprimée, parce que le texte cité ne m'a pas paru, vérification faite, comporter l'interprétation dont j'avais tiré parti, et pour cette raison que l'origine de ce De paenilentia n'est pas si assurée que j'avais cru. Son attribution à Victor évêque de Cartenna (en Maurétanie), au V» siècle, acceptée comme une possibilité par Bardenhewer, est rejetée par F. Goerres. Son attribution à Victor évêque de Tunnunum (en Proconsulaire^ au VI» siècle, suggérée par des manuscrits, ne paraît pas plausible à Jùlicher {Realencyklopaedie de Hauck, t. XX, p. 610-612). Une étude attentive du De paenitentia me convainc que l'auteur peut être contemporain des royaurnes barbares du v« siècle, et que sa manière est celle d'un rhéteur de tradition latine ; mais les lieux communs qu'il déyelODoe ne révèlent rien de son identité.